DIY : Nettoyant universel d’inspiration antique

L’année dernière à la même date sortait officiellement mon livre Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité, auquel vous avez vraiment fait bon accueil, et je vous en remercie. Les livres ouvrent souvent des perspectives pour s’enrichir, voir les choses autrement, ou – comme dans le cadre de mon ouvrage – retrouver un patrimoine cosmétique simple et naturel dont nous avons actuellement plus que besoin.

Pour ma part, mes recherches ont changé ma façon de concevoir les cosmétiques, les parfums, de par le fait que je les travaille sur bases traditionnelles et oubliées dans nos sociétés, mais aussi parce que hypersensible, je fais intolérance à de plus en plus d’ingrédients cosmétiques et de parfums chimiques.

Pour fêter l’anniversaire de mon ouvrage, j’ai décidé d’offrir à mon lectorat une base de recettes de nettoyant universel sur la base de ce qu’utilisaient les Anciens – et que les sociétés traditionnelles conservent également : un fruit oléagineux à coque, une argile, et une plante à parfum. Et c’est tout ! Un produit basique et 100% naturel dont la formule très simple, très douce et efficace peut se réaliser partout, pour très peu d’argent, et peut se conserver longtemps.

– Équipement : bol, cuillère à café, boîte cosmétique – si vous voulez conserver ce produit

– Réalisation : 2 à 3 minutes

– Temps d’application : 1 à 2 minutes

– Conservation : non, cosmétique frais si mouillé mais conservation de plusieurs mois si non mouillé.

Recette végane

– Ingrédients : 2 c.à c d’amande en poudre, 1 c. à c de kaolin en poudre, 1 c. à c d’iris en poudre, un peu d’huile d’amande ou d’olive, eau.

– Dans votre bol, mélangez la poudre d’amande, le kaolin et l’iris. Pour lier le tout, mettre quelques gouttes d’huile de votre choix qui vous permettront d’obtenir une pâte grossière. Ajoutez quelques gouttes d’eau avant de nettoyer votre visage en de petits mouvements circulaires. Rincez abondamment quand vous avez massé toutes les zones de votre visage – ce nettoyant s’utilise également pour le corps.

Vous pouvez ensuite appliquer une crème, une huile, un beurre végétal ou rien du tout si vous avez la peau qui regraisse vite. Vous pouvez aussi entreprendre un soin du visage, rendu favorable par la douce exfoliation et la qualité purifiante du kaolin. Enfin, l’iris – qui servait de nettoyant autant que de parfum – vous permet de garder une légère odeur sur la peau.

Ce nettoyant universel basique combine des ingrédients utilisés dans l’Antiquité pour nettoyer le visage et le corps, comme vous avez pu le lire dans mon livre : poudre d’amande, iris, kaolin. Dans le livre, les recettes des médecins ou botanistes les proposent seuls, mais le cosmétique de Cléopâtre – qui était aussi un nettoyant visage et corps très parfumé – consiste en le même genre de composition : un dessicant, une base végétale riche et des plantes à parfum. (Dans ce nettoyant royal, c’est la combinaison des plantes à parfum qui est très complexe, ce qui est normal pour le cosmétique d’une grande reine.)

Vous allez peut-être me dire que vous n’êtes pas Cléopâtre et que vous, vous êtes plus concernée par la culture africaine, par exemple.

Et bien, comme ma recette est conçue comme une base universelle, elle peut s’adapter à votre peau, votre ethnie, votre envie de découverte ou de voyage pour peu que vous respectiez la base des ingrédients : le fruit oléagineux à coque, l’argile, la plante à parfum.

Pour l’Africaine, j’ai donc formulé :

2 c. à c de poudre de coco, 1 c. à c de kaolin, 1 c. à c de souchet en poudre (Nagarmotha chez AZ, gowé au Mali), huile de coco (ou de votre choix)

Réalisez et employez la recette de la même manière que l’Européenne. )La légère odeur de souchet qui reste sur la peau est juste magnifique !).

Vous voulez formuler autrement que je ne l’ai fait ? Pas de problème ! Respectez la recette de base et faites la recette naturelle de votre terroir ou celle avec laquelle vous avez envie de voyager.

– Idée recette Maghreb

– 2 c. à c de poudre d’amande, 1 c. à c de rhassoul, 1 c. à c de poudre de rose. Huile d’olive ou d’argan, quelques gouttes d’eau de rose

– Idée recette Asie

– 2 c. à c de poudre d’amande amère, 1 c. à c de kaolin, 1 c. à c de poudre de santal. Huile de sésame ou huile au choix, etc.

Vous pouvez également adapter la recette en fonction de vos besoins : une argile verte pour les problèmes d’acné qui nécessitent une terre plus absorbante, des proportions qui changent selon votre qualité de peau – plus d’amande avec la peau sèche, etc.

Vous pouvez introduire des ingrédients plus surprenants dans nos sociétés mais tout à fait traditionnels ailleurs :

– des feuilles de henné – qui servent dans les soins de la peau pour leur vertu purifiante –

– du curcuma – très utilisé dans les cosmétiques en Inde où il a la vertu d’illuminer les peaux sombres (un grand classique du mariage indien !)

– les bois odorants peuvent donné une odeur magnifique : Hinoki, santal, cèdre, genèvriers…

– la fleur de lavande, rose, camomille – uniquement les fleurs parfumées inoffensives et auxquelles vous ne faites pas allergie, évidemment !

En revanche, n’utilisez ni épices ni résines. Privilégiez les ingrédients simples que vous connaissez, sur lesquels vous êtes renseignés – et que vous aimez, tout simplement !

Vous voulez adopter ce nettoyant ?

Vous pouvez en préparer d’avance et le conserver dans un pot cosmétique propre et hermétique. Étant auto-conservé, tant que vous n’y introduisez pas d’eau, il se conservera longtemps. Vous pouvez y mettre les gouttes d’huile, mais comptez qu’il se conservera peut-être moins longtemps à cause du rancissement possible. Pour le conserver plus longtemps, optez pour la poudre brute – sachant que l’amande est quand même un oléagineux et risque aussi le rancissement.

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Partagez le lien et n’oubliez pas l’auteure : Maud Kochanski-Lullien.

Vous n’avez toujours pas lu Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité, sorti chez Améthyste, des éditions Alliance Magique ?

Il est ici : https://www.alliance-magique.com/plantes-huiles-essentielles-et-cristaux/428-fabriquez-vos-soins-naturels-de-l-antiquite.html

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L’art de l’encens en Chine ancienne

En 2018 a eu lieu l’exposition Parfums de Chine au musée Cernuschi, consacrée à la culture de l’encens dans la Chine impériale.

C’était une exposition d’un grand raffinement où les objets anciens destinés aux parfums rivalisaient d’élégance – même pour les plus anciens d’entre eux. Exposition magnifique, il est vrai, mais finalement un peu hermétique, car au final, les différentes dynasties et ce qu’elles ont pu représenter restera forcément un mystère, car ce n’est pas notre culture.

Pour autant, force est de constater que la culture du parfum et de l’encens y étaient vivantes et continuaient de progresser quand nous les avions abandonnées. Non seulement cette culture était vivante, mais elle était, de plus, associée aux plus hautes classes sociales, celle des lettrés, des mandarins, des poètes et des empereurs.

Une association qui pousse évidemment au plus grand raffinement et à la technicité même dans les moindres détails : des senteurs distinguées et jamais puissantes, une fumée presque inexistante, des matières premières d’une grande finesse et des brûle-parfum ouvragés comme des œuvres d’art.

L’encens lui-même, en tant que produit, rituel et dans sa fonctionnalité, se révèle très riche de possibilités, avec l’apparition d’un premier bâton d’encens à une période que nous appelions la Renaissance, et avec une recette primitive complexe en plusieurs étapes. Un modèle pratique qui a évolué depuis pour finalement donner de l’encens un caractère si pratique qu’il semble aujourd’hui majoritaire – grâce également aux procédés chimiques et industriels.

Plus raffinée est la culture du sceau d’encens, issue de la religion bouddhiste et qui consiste à faire un dessin avec le parfum – une poudre de bois et de plantes auto-combustible qui ne nécessite de ce fait pas de charbon. Ce dessin fait à la poudre semblera mobile à mesure que progressera la combustion. Un exercice en réalité moins facile qu’il n’y parait et qui a tout de ces exercices de patience qui font parvenir à la méditation.

D’autre part, et pour ajouter à la créativité possible, des dizaines de sceaux d’encens sont réalisables car l’offre peut être vaste. En effet, l’art de l’encens est une culture toujours vivante, en Chine comme au Japon.

À la base, les sceaux d’encens servaient à mesurer le temps : temps des veilles, qui constituaient les différentes tranches horaires découpant la nuit, temps d’un rendez-vous d’affaire, temps d’un rendez-vous chez une courtisane. Une technique également pratiquée au Japon et qui peut également se faire avec les bâtons.

N’avez-vous jamais remarqué que la durée de combustion d’un bâton était toujours précisée sur un rouleau ou une boîte d’encens japonais ? Bien que d’autres techniques plus modernes soient apparues pour mesurer le temps, l’usage de l’encens, simple et évident, demeure.

C’est cette pratique que j’ai voulu vous faire découvrir avec l’encens du grenier public de Dingzhou entièrement reconstitué grâce à sa recette donnée en exemple et dont tous les ingrédients ont pu être trouvés. C’est une recette qu’on peut situer entre le XII ème siècle et XVI ème siècle européen.

Encens historique de la Chine impériale

En outre, pour vous proposer une reconstitution totale, j’ai décidé de proposer des coffrets Art chinois de l’encens. L’encens reconstitué était en effet un sceau d’encens, j’ai pensé que vous proposer l’expérience totale était forcément plus parlante.

Le coffret comprend malgré tout un minimum d’instruments là où un coffret total vous proposerait plus d’outils.

Coffret art chinois de l’encens

J’ai donc décidé d’aller à l’essentiel :

– un brûle-parfum très chinois mais uniquement adapté à cette méthode par son ouverture assez vaste pour recevoir un sceau d’encens et un fond assez plat pour recueillir le lit de cendres.

– Un paquet de cendres de paille de riz

– Une cuillère pour aplanir parfaitement le lit de cendres

– Le sceau d’encens de votre choix – à choisir parmi les options

– Un paquet d’encens santal champaka créé artisanalement au Labo par mes soins et grâce auquel vous pourrez vous entraîner à la technique du sceau d’encens.

Prêts à vous lancer ou découvrir les encens de la Chine ancienne ? Alors cliquez sur les liens mis sous les photos, ils vous mèneront aux fiches produits issues de mes recherches et de mes choix pour partager avec vous ce voyage culturel et olfactif en Chine impériale

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Le jardin romain de Nîmes

Au musée de la Romanité de Nîmes a été aménagé un jardin où ont été concentrées les espèces employées dans l’Antiquité. Une occasion pour moi de rencontrer ma palette de végétaux vivante, dans le plein épanouissement de ses parfums et de ses couleurs…

Étant allée à Nîmes pour découvrir son patrimoine antique que je savais considérable et unique en France, je dois dire que je n’ai pas été déçue. De la Maison Carrée aux Arènes – très bien conservées -, en passant par la Tour Magne, c’est un belle concentration de vestiges uniques, que j’ai ainsi pu découvrir.

Mais ce qui m’a donné le plus de plaisir, je dois bien l’avouer, c’est que le Musée de la Romanité avait aménagé un jardin organisé de façon thématique et chronologique autour des espèces utilisées dans l’Antiquité par les Gallo-romains.

Que vous ayez acheté certains produits de la boutique ou que vous ayez tenté une recette de mon livre Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité, vous avez peut-être remarqué que je travaille avec une palette de végétaux à la fois restreinte – par rapport à celle d’aujourd’hui – et plus ouverte.

Restreinte parce que dans l’Antiquité, on ne connaissait pas la réelle vastitude du monde, et même si on pouvait l’envisager, on n’allait malgré tout pas très loin.

Aujourd’hui, à l’inverse, dans un monde devenu exploré et bien connu, où le commerce mondial s’est globalisé, les espèces utiles sont non seulement bien connues, mais font aussi l’objet de transactions acharnées à des échelles industrielles.

Une situation de fausse abondance dans laquelle la quantité prodigieuse d’échanges restreint le choix autant que la connaissance. Car au final, seules quelques espèces « star » sont connues et sur-exploitées, d’autres, plus ordinaires ou mésestimées vont se retrouver négligées ou ignorées par manque de prestige ou de visibilité, et surtout parce qu’elles n’ont pas su faire rêver.

Parcourez avec moi ce jardin thématique bien pensé, qui a l’avantage d’être le pendant chronologique et rare des jardins de simples de certaines églises de France – devenus courants dans les communes, mais qui, bien bien que pédagogiques et passionnants, sont toujours plus inspirés par le capitulaire de Villis et Hildegarde de Bingen que par Diocoride, Pline ou Varron.

Dans l’Antiquité, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, les plantes locales et leurs usages étaient étroitement mêlés à la mythologie et au sacré.

L’achillée millefeuille porte le nom du héros Achille pour avoir soigné son talon blessé. Un don de la compassion d’Aphrodite.

Le figuier, dont les racines arrêtèrent la barque qui entraînait Romulus et Rémus nouveaux-nés à une mort certaine.

L’olivier d’Athéna dont elle fit cadeau aux Athéniens et qui lui valut d’être patronne de la ville grecque.

La vigne, née des larmes de Dionysos et du sang d’Ampélos. son amant mortel tué par un taureau.

Le pin, né du sang d’Atys, que la déesse Cybèle avait rendu fou en voyant qu’il lui préférait une autre.

Le laurier, issu de la nymphe Daphné, changée en arbre par échapper à Apollon.

Le myrte, qui avait caché la nudité d’Aphrodite lors de sa naissance et qui devint une de ses plantes consacrées, symbole de l’amour durable.

Le romarin, l’encens des pauvres, mais d’abord des premiers Romains et qu’on consacrait préférablement aux lares, génies très nombreux de religion romaine.

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Fous d’histoire 2021

Si vous suivez le blog ou la page FB, vous savez que je participe depuis quelques années aux marchés de l’histoire de Compiègne, avec mon stand de reconstitution des parfums historiques Le Labo de Cléopâtre.

Les 2 dernières années, malheureusement, l’événement a plutôt été le Covid, mais cette fois, c’est la bonne : novembre 2021 signe le retour de l’événement, toujours magique, grâce à la participation de tous les reconstituteurs du spectacle ou de l’artisanat.

Mon stand, évidemment, propose de l’artisanat : parfums, encens historiques, parfums huileux comme d’habitude, mais aussi, pour la première fois, des encens en bâtons, et des produits parfumés diversifiés issus du 18 ème siècle français : savonnette du Grand et Petit Albert, pastilles à brûler, poudres pour perruques et chapelets parfumés.

Dans la plupart des cas, je choisis des recettes que je peux reconstituer intégralement, car c’est tout l’intérêt de la reconstitution : découvrir les parfums qu’aimaient les Anciens et les techniques qu’ils employaient pour y arriver. C’est donc ce que vous retrouverez beaucoup sur le stand, parmi d’autres plus rares produits adaptés.

Au final, le Labo de Cléopâtre a fini par rassembler quelques beaux produits parfumés de différentes époques de l’histoire de l’humanité : du monde gréco-romain – et même mésopotamien – de l’Antiquité à la France du 19 ème siècle, que vous aurez l’occasion de découvrir sur mon stand.

Évidemment, tout ne sera pas sur le stand, mais vous pourrez sentir physiquement ce qui n’est qu’accessible par les photos des fiches produits sur la boutique Etst. Autant dire que pour un stand de parfums, c’est plus qu’important !

Enfin, dernière nouveauté et pas des moindres : le Labo de Cléopâtre étant d’abord un projet de recherche qui a commencé avec ce blog et qui a abouti à tout ce que vous en connaissez désormais, je vendrai quelques exemplaires de mon livre sorti chez Améthyste – du groupe Alliance Magique – en mai dernier : Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité.

Ce seront mes derniers exemplaires – tout étant déjà parti en boutique – mais vous le retrouvez bien entendu sur Amazon, la FNAC, Cultura, la Procure, etc. Mais aussi, bien entendu, sur Le site d’Alliance Magique, qui l’a publié.

Bref, c’est avec plaisir que je vous retrouverai sur mon stand du marché de l’histoire, pour vous rencontrer, parler avec vous de parfums et cosmétiques historiques, et surtout vous les faire découvrir en vrai.

Quelques photos de l’événement précédent :

Je vous attends donc pour cette fois le week-end du 20 et 21 novembre 2021 au Tigre de Margny-lès-Compiègne sur mon stand de reconstitution de parfums. Une occasion idéale pour rencontrer ceux qui suivent ce blog depuis des années, connaissent mon travail par les parfums artisanaux ou mes travaux écrits.

Les détails de l’événement sont sur le site de l’Association Pour l’Histoire Vivante qui l’organise depuis plus de 30 ans : Fous d’histoire 2021

Merci de suivre ce blog, la Page FB et d’une manière générale, l’aventure du Labo de Cléopâtre. A très bientôt ! ´

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Quels cosmétiques au Labo ?

Le Labo de Cléopâtre est, depuis ses débuts, un projet de reconstitution autour des parfums et cosmétiques de l’Antiquité, qui a commencé avec Cléopâtre. Mais comme dans tout domaine, il n’est pas d’objet d’étude qui ne soit, de près ou de loin, relié à son hérédité. La durée d’un cosmétique dans le temps va donc souvent du cosmétique historique au cosmétique traditionnel s’il est adopté durablement. Le cosmétique industriel, de conception moderne, a la même origine mais s’éloigne de la tradition et des croyances pour atteindre des buts plus directs.

Dans mon livre Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité, vous avez l’exemple type de ce qu’est un cosmétique historique, et ses liens avec les cosmétiques traditionnels : Il est aussi assez courant de trouver des cosmétiques de l’époque gréco-romaine – devenus historiques car plus employés dans notre société – toujours vivaces dans une autre société qui y accorde de l’importance et continue de les employer.

L’adage : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » se vérifie donc aussi beaucoup en matière de sciences, techniques et savoir-faire. Ainsi, bien que la société égyptienne ait abandonné la culture de ses anciens pharaons depuis l’Antiquité, la médecine populaire conserve et pratique toujours des recettes médicales inchangées depuis l’époque des pyramides. Un savoir qui a paru bon, utile, auquel on a crû ne disparaît jamais totalement : soit il est conservé intégralement, soit il est transformé, soit une autre société le conserve.

Sachant cela, je fais donc la distinction entre cosmétique historique, traditionnel et industriel.

– Le cosmétique historique a une recette datée – mème si elle peut se prolonger sur des millénaires durant – après laquelle il n’est plus du tout pratiqué. Bien que ce ne soit pas un cosmétique, je pense ici au kyphi, qui commence son office dans l’Egypte antique et dont on retrouve encore la recette dans les remèdes pharmaceutiques du 17-18 ème siècle.

– Le cosmétique traditionnel, toujours vivant, remonte à des temps ancestraux et continue d’être pratiqué par une ou plusieurs sociétés. Il a les caractéristiques d’un produit traditionnel : il emploie des matières premières et locales, spécifiques d’une société qui en connaît les vertus depuis des siècles. Il associe des connaissances chimiques anciennes à des savoir-faire imprégnés de culture.

– Le cosmétique industriel, conçu, testé et développé selon les dernières connaissances technologiques, vise un résultat précis à un coût fixé par la gamme de produits dans laquelle il s’inscrit et qui va déterminer le choix des matières premières et des techniques. C’est le plus rentable quand on se fixe un objectif esthétique, mais c’est le moins connecté à du culturel.

Dans la boutique du Labo de Cléopâtre, je ne vais évidemment proposer que les 2 premiers types de cosmétiques puisqu’ils ont tous 2 un lien avec la reconstitution : historiques, ils appartiennent au passé, traditionnels, ils sont toujours employés quelque part sur la Terre, et selon des critères et valeurs culturels qui nous sont étrangers mais dont les racines symboliques sont fortes.

En tant que projet de reconstitution des parfums et cosmétiques anciens, ce ne sont donc pas des produits faciles d’accès qui vous sont proposés dans le boutique du Labo, dès lors qu’il y aura écrit « historique » ou « traditionnel » – même s’il n’est évidemment pas question de vous proposer des produits toxiques comme les anciens fards au plomb qui ont sévi de l’Antiquité jusqu’au 18 ème siècle et plus !

Bien évidemment, c’est moi qui réalise les recettes, les conditionne et leur donne leur orientation dans une offre produit pas du tout calibrée pour l’industrie et l’usage cosmétique habituel. Pour autant, les recettes, issues de documents, sont suivies autant que possible à la lettre et ce d’autant plus que le produit est diffusé dans un but de connaissances et de transmission de certains savoir.

Il y aurait ainsi plein de choses à dire et découvrir en comparant un noir aux yeux du commerce avec un khôl traditionnel algérien ou bien encore avec un kajal indien noir profond; un parfum au solvant alcoolisé à 99% de molécules chimiques et un parfum huileux à 100% enfleurage. C’est une question de matières premières, de techniques, de savoir-faire et de culture qui se voit au résultat, mais à condition d’y être attentif, d’être connaisseur ou passionné. Autant dire que ce n’est pas forcément accessible au premier venu, et encore moins à quelqu’un qui cherche juste à se maquiller ou trouver un soin quelconque !

En somme, à quoi ressemble un cosmétique traditionnel ? A un plat du terroir, une recette qu’on connaît depuis des siècles, voire, des millénaires, qui ne se serait pas démodée et que toute une société approuve.

Et à quoi ressemble un cosmétique historique ? Un plat du terroir que l’usage n’a pas conservé car on a trouvé moins cher, plus efficace ou que les ingrédients dont il est composé ne se trouvent plus facilement et qu’il a fallu y renoncer.

En résumé, vous voulez acheter un cosmétique ? De bonnes boutiques agrées vous en proposent un peu partout et à tous les prix.

Vous voulez découvrir l’histoire des parfums et cosmétiques ? Bienvenue au Labo de Cléopâtre .

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Rencontre dédicace 26 juin 2021

Vous suivez le blog, vous avez lu ou souhaitez acheter mon livre ?

Je suis en rencontre-dédicace à 14 heures à la boutique paìenne Les Mists-terre d’Avalon, au 9 rue de Bailly, à Paris, ce 26 juin 2021.

Venez : on parlera cosmétiques et parfums de l’Antiquité !

Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité

Vous suivez ce blog et êtes déjà intéressés par mon travail depuis longtemps ?

Si vous voulez en apprendre plus, sachez que mon projet s’est aussi incarné dans un livre qui sortira ce 27 mai 2021 chez Améthyste, du groupe Alliance Magique. Et déjà en prévente à partir de ce jeudi, avec un marque-page offert pour les 50 premières commandes.

Qu’est-ce que vous allez retrouver dans ce livre ? Exclusivement des recettes de beauté datant authentiquement de l’Antiquité, que j’ai cherchées dans les livres anciens pendant des années. Ces recettes concernent toutes ce qu’on peut appeler la médecine ancienne de notre civilisation.

Oui, il y a dedans des recettes de Cléopâtre, la reine d’Egypte ayant aussi été une référence médicale au point que les médecins compilateurs ont conservé quelques-uns de ces écrits en les copiant et citant leur origine.

Mais il y sera surtout question de beauté, hygiène, soins et parfums. Vous vous demandez comment les Anciens nettoyaient leur visage, leurs cheveux, leurs dents, comment ils teignaient leurs cheveux ou se maquillaient et comme ils prenaient soin de leur peau ?

Je vous le raconte dans ce livre en vous , de manière très facile et accessible, vous donnant la possibilité de faire de même. C’est donc à un voyage dans le temps et en beauté que je vous invite avec cet ouvrage. Une dimension que vous connaissez bien si vous suivez le blog du Labo de Cléopâtre depuis longtemps.

Un voyage où ne sont invitées que des matières premières, principalement végétales et quelquefois dérivées d’animaux mais dont vous avez l’habitude comme la cire ou le miel.

Ce sera aussi l’occasion de comparer avec les autres cultures traditionnelles des soins de beauté : monde indien et arabo-musulman.

Alors, je vous embarque ?

Les photos et illustrations sont toutes de Céline Morange et de son équipe au sein d’Améthyste, du groupe Alliance Magique.

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Partez découvrir les secrets de beauté au temps de Cléopâtre avec Fabriquez vos soins naturels de l’Antiquité ! Avec cet ouvrage, vous apprendrez à confectionner vous-même vos propres soins naturels avec des ingrédients accessibles, le tout accompagné de nombreuses références historiques. ❤️

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👉 C’est par ici : https://www.alliance-magique.com/plantes-huiles-essentielles-et-cristaux/428-fabriquez-vos-soins-naturels-de-l-antiquite.html#info

Le pomander du Labo

Cela faisait longtemps que je projetais la reconstitution d’un parfum de pomander lorsque je tombai sur une recette du 16 ème siècle donnée par un célèbre parfumeur.

Du pomander, qui fut surtout et qui demeure un bijou – un ornement qu’on peut encore rencontrer dans des ventes d’antiquités – on connaît surtout l’aspect visuel. Tomber sur des pomander lors d’une recherche en ligne, sur Pinterest ou autre, nous permet de rencontrer des objets historiques d’une très grande beauté parfois, et d’une grande originalité.

D’ailleurs, il s’en fait toujours : certaines grandes maisons de parfums l’ayant adapté au goût du jour dans des compositions employant des techniques modernes.

Mais en réalité, ce qui caractérise le parfum du pomander, ce sont au contraire les techniques et les senteurs anciennes, à tel point qu’une fois terminé, c’est un ovni d’une puissance olfactive rarement connue auquel on se confronte. Il faut dire qu’ayant plus l’habitude du raffinement et de l’équilibre des parfums antiques, ceux issus de la Renaissance jusqu’au 18 ème siècle changent du tout au tout !

C’est surtout vrai du pomander qui concentre – dans une mode où se mêlent conceptions hygiéniques et religieuses – toutes les substances à parfums les plus puissantes découvertes en Orient à la suite des Croisades, voire, du Nouveau Monde nouvellement colonisé. Musc, ambre, civette et autre Baume de Tolu imposent leur puissance pour compenser l’absence d’hygiène dans un pomander qui devient le porteur de pureté. Car il est censé aussi bien protéger contre les épidémies que contre les esprits malfaisants. « Les plus étonnantes de ces pommes de senteur, censées protéger des miasmes et des épidémies, prenaient la forme d’une sphère inspirée de la grenade. » explique Bimbenet-Privat dans le Bain et le miroir (soins du corps et cosmétiques de l’Antiquité à la Renaissance)

Le bain et le miroir, collectif très complet sur l’histoire des cosmétiques en Occident, nous révèle aussi un usage du pomander finalement plus important et plus complexe qu’attendu, et qui cadre bien avec les objets nombreux et parfois très prestigieux objets conservés dans les musées, ou proposés sur les marchés d’antiquités.

Ainsi, le pomander était porté dans toutes les classes de la société – au cou, à la ceinture, au poignet, etc.. – n’était destiné qu’à être senti de façon brève et se portait même sans être visible, tel un talisman protecteur sous un vêtement. De fait, on en portait souvent plusieurs sur soi. Ceux destinés à être vus sont les plus artistiques et les plus ouvragés. De plus, objets ordinaires associés à des pratiques sanitaires et pieuses, il faisait partie de la dot des jeunes filles de classe marchande.

Un peu comme à toute époque, si le pomander était commun, les qualités du bijou et du parfum qu’il contenait dépendaient de la classe sociale de celui qui le portait. Oui, « celui », car le pomander était porté également par les hommes, l’usage étant plus médicinal et hygiénique qu’autre chose – selon les conceptions anciennes où on se méfiait de l’eau.

Le 17 ème siècle où il perdit sa crédibilité – en tant qu’objet prophylactique et magique apte à repousser les épidémies et influences néfastes – amorça son déclin. Le pomander passa complètement de mode au milieu du 18 ème siècle.

Pomander victorien en bois du 19 ème siècle.

Reste que le pomander, comme objet, continue de figurer au catalogue d’antiquités, dans les collections privées et dans les musées de la Renaissance et la vie traditionnelle.

Le parfum, quant à lui, est caractéristique de l’histoire de la parfumerie occidentale, à ce moment charnière où, revenant de Croisades, l’Européen redécouvre les parfums par l’influence arabe et leur goût pour les senteurs. Un goût qui, clairement, nous est passé depuis, mais qui est malgré tout inscrit dans notre histoire culturelle.

Oui, pendant quelques siècles, la France, l’Europe aimaient les muscs les plus entêtants, de ceux qu’on a du mal à supporter aujourd’hui.

Le pomander du Labo de Cléopâtre

Il se compose d’une chaîne avec un bijou cage contenant une boule de pâte dont la recette était destinée à une riche maison – par la présence des musc et ambre gris, matières premières qui ont toujours été les plus chères de la parfumerie.

La recette a été refaite à 100% – aucun ingrédient ne manquant à sa composition à l’atelier du Labo – et a demandé plus d’une semaine de réalisation avec des techniques encore jamais vues auparavant – ce qui en a fait une expérience fascinante.

Par contre, n’y cherchez pas d’odeur délicate de fleurs, il n’y en a aucune ! Cette recette semble être un concentré de tout ce qui se trouvait de plus odorant à l’époque où elle a été réalisée.

En revanche, ne contenant pas non plus d’ingrédients issus du Nouveau Monde, elle est certainement d’origine orientale : musc, ambre gris et civette étant de grands classiques de la parfumerie arabe du Moyen-Age et dont le goût perdure en Orient.

C’est une recette aux techniques archaïques, sans ajout d’huiles essentielles qu’on maîtrisait encore mal à l’époque. C’est surtout une occasion de découvrir un authentique parfum historique typique de la Renaissance, à réserver en priorité aux musées, aux amateurs de cette époque, aux historiens et reconstituteurs de costumes d’époque.

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Les bâtons du Labo : le parti-pris des plantes traditionnelles

La boutique du Labo de Cléopâtre s’est construite au fil de découvertes lors de reconstitutions minutieuses qui ont donné lieu à une vaste proposition de produits parfumés rigoureusement historiques qui vont des mélanges d’encens simples aux kyphis en passant par les parfums huileux – et depuis peu encore, de poudres parfumées du 18 ème siècle pour perruques, pastilles à brûler de la même époque et autres sachets pour le linge, aux recettes reconstituées intégralement.

C’est ce fond authentique et historique, basé sur le respect strict de recettes qui vaut à la boutique l’intérêt des musées, et la présence de son stand au marché de l’histoire de Compiègne. Une aventure historienne qui va se prolonger d’ici quelques mois avec la sortie de mon livre sur les cosmétiques de l’Antiquité chez Améthyste, du groupe Alliance Magique.

Néanmoins, le Labo de Cléopâtre, vous le savez par ce blog, c’est aussi un laboratoire de recherches autour des cultures traditionnelles dans l’utilisation des plantes pour leurs vertus et les croyances qui y sont associées dans les différentes cultures ancestrales. Un domaine si riche et si vaste qu’on peut réellement parler de patrimoines ancestraux d’utilisation des plantes selon un environnement et une histoire donnés, quitte à faire se rejoindre certaines cultures.

Des coutumes qui peuvent perdurer dans la société moderne, au travers, surtout, de l’utilisation de tisanes qu’on pratique depuis toujours. Or, verveine, camomille, valériane et autres sont des plantes utilisées par nos ancêtres depuis l’Antiquité. Ce n’est évidemment qu’un exemple connu de tous, mais dont finalement le territoire semble bien limité au regard de tout ce que les autres civilisations semblent se permettre d’utiliser comme plantes dans leurs différents rituels – de la magie à la médecine en passant par l’hygiène -.

Nous connaissons et reconnaissons ainsi un moment sacré de la spiritualité indienne aux effluves de bois de santal, un rituel amérindien aux fumées odorantes de sauge blanche…Mais le reste ?

C’est ça et le reste que je me propose de vous faire découvrir dans la collection de bâtons d’encens du Labo de Cléopâtre. 100 % naturels. Aussi faciles d’utilisation que n’importe quel autre bâton mais sans huile essentielle, charbon ou salpêtre ajoutés, ils sont formulés à l’atelier et faits à la main uniquement par mes soins. Ils ne contiennent que des plantes qui ne doivent rien au hasard mais qui ont leurs racines dans l’utilisation qu’en faisaient ou qu’en font toujours les civilisations.

  • C’est le cas de l’indienne et l’amérindienne, dont il a déjà été question et dont l’usage perdure dans les pratiques spirituelles, donc vous les connaissez bien :
  • Bâtons India, sur bois de santal
  • Bâtons Amérindiens, sur sauge blanche telle qu’on l’utilise pour la purification.
  • Moins connues, les plantes magiques et sacrées égyptiennes du kyphi – utilisés dans les rites religieux se retrouvent dans les bâtons égyptiens.
  • Quand elles appartiennent plus simplement à l’histoire de la médecine ou de la parfumerie égyptienne, on les retrouve dans les bâtons Alexandrie et bâtons Cléopâtre.
  • Plus près de notre civilisation et nos racines gréco-romaine, la botanique mythologique – et les associations divinités et plantes actives – se retrouvent à la boutique du Labo dans de nombreuses collections d’encens en bâtons servant désormais également à vos pratiques. En boutique ésotérique matérielle ou sur ma e-boutique, vous retrouvez ainsi des bâtons d’encens aux plantes seules – ou en synergies – consacrées aux divinités grecques suivantes :
  • Aphrodite ( pour l’instant uniquement dans le cadre d’un coffret)
  • Apollon
  • Hadès
  • Morphée
  • Artémis
  • Les 3 déesses Artémis, Athéna et Aphrodite

Encore plus proche, vous retrouvez les plantes du sud de la France toujours estimées dans le bâton gallo-romain

Pêle-mêle, à cheval .entre les croyances ancestrales et des pratiques qui parfois perdurent dans le monde moderne, j’ai conçu pour votre bien-être et sur des bases authentiques :

  • Et enfin, bien évidemment, certaines plantes d’Europe du Nord se retrouvent dans plusieurs civilisations et vous pouvez aussi les employer et les retrouver avec avantage dans vos pratiques vikings avec Les bâtons vikings, mais aussi vos pratiques druidiques avec :
  • Artemisia sacra, composé d’armoise, plante à rêves des anciens druides.
  • Les bâtons druidiques, aux plantes sacrées des druides pour redonner la joie comme la vraie verveine.
  • Les bâtons Protection druidique, au millepertuis chasse-démon qui amène sur vous le soleil de Litha.

Je ne vous cache pas mon envie d’agrandir encore la collection pour diffuser d’autres merveilles du patrimoine botanique des civilisations, mais j’espère avoir d’ici là mis un peu de clarté dans l’offre auto-combustible du Labo de Cléopâtre, sa logique et ce qu’elle vous propose.

Pour terminer, retrouvez toute l’offre des encens en bâtons du Labo de Cléopâtre en un seul coup d’oeil, qui de plus, sera toujours actualisée.

(Vous êtes une boutique et souhaitez distribuer les encens artisanaux en bâtons du Labo de Cléopâtre ? Envoyez-moi un mail à l’adresse en lien dans la barre de droite)

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

La cannelle, vrai parfum antique

Concernant l’Antiquité, et surtout l’Egypte ancienne, il y un fossé entre ce que nous en percevons par le biais des images idéales et donc fantasmées, et la réalité. L’Egypte rêvée des Pharaons, des pyramides monumentales, des oeuvres précieuses d’art et d’artisanat ont beaucoup de mal à s’associer avec des réalités plus prosaïques dont on a parfois hérité à travers des inventions triviales aujourd’hui, mais en réalité fondamentales pour l’histoire de l’humanité, comme le pain ou la bière – pas inventée pour s’enivrer mais pour purifier une eau impropre à la consommation.

C’est sensible aussi dans la reconstitution de parfums où finalement, lorsqu’on veut transmettre au public ce qu’il y avait de plus caractéristique et de plus précieux comme parfum de l’Antiquité, on se retrouve à décevoir ceux qui rêvent d’Egypte à l’Empire de 3000 ans, de pharaons tout d’or recouverts et de Cléopâtre, en leur désignant la simple cannelle. Alors, certes, la cannelle sous plusieurs formes, mais la cannelle reste la cannelle, avec tout l’arrière-plan culturel que nous y avons associé. Ainsi, en France, c’est une épice à dessert qui sert à parfumer les tartes aux pommes et les teurgoules.

La cannelle aromatise en effet depuis fort longtemps les desserts traditionnels les plus élémentaires – même pas ceux de la haute gastronomie ou la haute pâtisserie – mais bien les préparations plus basiques et ordinaires.

C’est bien plus simple quand on fait réellement découvrir une senteur exotique et inconnue à des gens qui attendent du rêve et du voyage spatio-temporel que lorsqu’on leur présente la cannelle, que tout le monde possède dans sa cuisine.

Et pourtant…Non seulement la cannelle était un parfum des plus répandus mais en même temps si précieux qu’il entrait souvent dans les compositions médicamenteuses – dont les recettes de parfums qui nous restent sont un exemple – que dans les plus savantes de l’époque comme le rituel d’embaumement – grâce à ses qualités anti-bactériennes. L’Egypte, première civilisation prestigieuse de l’Antiquité – dotée déjà d’une grande ancienneté quand les autres civilisations émergeaient – fut évidemment un modèle pour les Grecs, en premier lieu. C’est donc en toute logique que la cannelle devint aussi un parfum des plus classiques et prestigieux de la civilisation grecque où elle fut utilisée comme encens, comme médicament échauffant, mais aussi comme matière première mythologique dont on racontait qu’elle était gardée par des créatures fantastiques.

Cannelle et ses strates de fine écorce

La cannelle était distinguée de la casse, mais comme aujourd’hui, on les considérait comme proches. Recherchée, estimée, adorée, son prix ne cessait de varier, certainement en raison de la forte demande. Pline dit à son propos : « L’empereur Vespasien Auguste a, le premier, dédié des couronnes de cinammome enchâssées dans de l’or ciselé dans les temples du Capitole et de la Paix. » Histoire naturelle. XII. 93. On voit ainsi son caractère sacré et précieux à Rome, au premier siècle de notre ère.

En Egypte, où son usage semble avoir commencé pour notre civilisation, la cannelle fait partie des aromates qui servaient à conserver le corps du Pharaon défunt, mais il entrait aussi dans la composition du célèbre kyphi, l’encens sacré des anciens égyptiens : Le kyphi d’Edfou

La casse, aux strates épaisses.

La culture judaïque n’est pas en reste, et la casse comme la cannelle faisaient partie des matières premières entrant dans la composition de l’huile d’onction destinée à la sacralisation des objets dans le temple de Yahvé. Exode 30-23. Huile d’onction du Temple. La cannelle, vraie ou fausse, est en effet associée dans le Livre Saint, à une vie luxueuse et royale : « La myrrhe, l’aloès et la casse parfument tous tes vêtements. Dans les palais d’ivoire, les instruments à corde te réjouissent. » Psaume 45-8

Plus encore, la cannelle est tellement appréciée qu’on la trouve encore dans plusieurs recettes sous forme de feuilles – qu’on n’emploie plus guère aujourd’hui que dans la cuisine indienne. Si on en croit Diocoride et Pline, les variétés d’arbres à cannelle et à casse furent assez variées pour avoir revêtu une palette d’odeurs et de couleurs que nous ne connaissons plus.

Feuille de casse.

Pline ajoute même : « Bien plus, on la plante aussi dans notre monde, et jusqu’aux limites de notre empire, dans la région arrosée par le Rhin, j’en ai vue plantée dans les rochers. Mais elle n’a pas cette odeur brûlée due au soleil, et de ce fait, elle n’a pas non plus la même odeur. » Histoire naturelle. XII. 98.

Bien que les façons de catégoriser les plantes à l’époque de Pline aient parfois été incertaines, on voit malgré tout à ce passage le prestige que pouvait avoir un arbre exotique et normalement cantonné à des zones géographiques fort éloignées de l’Europe que l’auteur croit reconnaître comme poussant dans la région du Rhin.

Aujourd’hui, bien plus que dans la cuisine, on la redécouvre aussi pour colorer les cheveux, réaliser des parfums d’ambiance, mais attention, elle est assez allergisante sur la peau et encore plus en huile essentielle – dermo-caustique -. Les Allemands l’utilisent aussi en baies – en réalité en boutons de fleurs séchées assez semblables aux clous de girofle – mais elle est plus rares à trouver pour nous sous cette forme, même si son odeur caractéristique est très reconnaissable.

Grand classique très estimé des parfums antiques et même au-delà, la cannelle sous toutes ses formes se retrouve dans les produits historiques de ma boutique de parfums, quel que puisse être le sentiment que je nourris à son égard et la valeur que lui donne aujourd’hui la société dans laquelle je vis. Encens de Dionysos.

Ce qui m’incite à vous dire une seule chose : redécouvrez-la avec un oeil nouveau, celui de l’amateur d’histoire.

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.