Une senteur ancienne et sacrée : le cèdre

Le cèdre est un conifère dont le bois odorant est utilisé depuis l’Antiquité dans la construction comme dans la parfumerie – servant aujourd’hui principalement aux parfums masculins, ainsi que d’autres bois odorants auxquels on associe la virilité. Les mentions les plus célèbres et les plus anciennes proviennent de l’Ancien Testament, où le cèdre est le bois choisi pour recouvrir presque entièrement la Maison de Yahvé – le premier Temple de Jérusalem – construite par Salomon.

Au chapitre 6 du Livre des Rois, qui traite de la construction de la Maison, il est ainsi précisé :

  • « Salomon bâtit la Maison et l’acheva. Il revêtit les murs de la Maison, à l’intérieur de planches de cèdre, depuis le sol de la Maison jusqu’aux poutres du plafond (…) »
  • « Il revêtit les 20 coudées à partir du fond de  la Maison, avec des planches de cèdre depuis le sol jusqu’aux poutres, et il en fit l’intérieur du Débir, le Saint des Saints. »
  • « Le cèdre de la Maison, à l’intérieur, était sculpté en coloquintes et en guirlandes de fleurs; tout était en cèdre, pas une pierre n’apparaissait (…)
  • il fit un autel le cèdre et le recouvrit d’or. »

La description de la Maison mentionne l’association des bois odorants – au premier rang duquel le cèdre, même s’il n’est pas le seul – et de l’or. Dans ce lieu, l’ambiance n’était pas que visuelle, elle était aussi olfactive; ça paraît un détail, mais c’était primordial dans l’Antiquité où  les parfums avaient une si grande importance et un grand rôle à jouer dans le sacré à l’Amour. Le Cantique des cantiques le mentionne d’ailleurs souvent parmi les autres parfums de l’époque.

Mais les Hébreux n’étaient pas les seuls à utiliser le cèdre, et Hérodote évoque justement dans son Histoire, le cosmétique des femmes Scythes qui mêlait bois de cèdre et d’acacia et qui, après avoir été appliqué sur la peau, séché et rincé, rendait la peau douce, claire, et délicieusement parfumée.

Cet usage du cèdre à la fois comme bois de construction et de senteur touche diverses cultures méditerranéennes et moyen-orientales depuis des millénaires, mais plus près de nous, dans la culture japonaise réputée ultra-moderne qui nous inspire plutôt des images de villes tentaculaires et de robots, c’est toujours la conception antique du parfum qui est appréciée et cultivée. En témoignent ces encens délicats, légèrement aromatiques et boisés, aux senteurs naturelles et un peu exotiques qu’ils ont créés.

De fait, au Japon, la parfumerie occidentale séduit peu, les Japonais ayant plus l’habitude de parfumer leurs vêtements aux bois naturels et leurs cheveux aux huiles sentant les fleurs. Dans cette île à la spiritualité à la fois animiste et bouddhiste, la nature est vénérée jusque dans les objets du quotidien, qu’on préfère bruts, non peints, non polis, dont on admire la rusticité. Dans la philosophie du zen, qui imprègne toute la culture japonaise, la simplicité et la beauté naturelle sont recherchées car elles facilitent le calme, la contemplation et préparent au détachement. C’est une philosophie complexe poussant les Japonais à la recherche la beauté des choses naturelles et simples – wabi – et lorsque ce sentiment est associé à la rusticité primitive, on atteint le sabi.

Dans le livre Zen tout simplement, David Scott explique un autre aspect de la préférence des Japonais pour le bois parmi les autres matériaux naturels qu’ils utilisent préférablement dans leurs objets quotidiens :

« Le bois est aussi préféré pour l’attirance qu’il exerce sur l’odorat et le toucher, ainsi que pour la satisfaction visuelle qu’il procure. Les commodes doublées de cèdre ou de bois de santal imprègnent les vêtements d’une délicate fragrance et éloignent les insectes, alors que l’arôme de pin montant d’une baignoire remplie d’eau chaude évoque les pinèdes. »

Le premier parfum que Serge Lutens avait créé pour Shiseido, Féminité du bois, sentait d’ailleurs le cèdre dont on retrouve l’odeur dans les intérieurs japonais qui, contre toute attente, entre fragrances naturelles de cèdre, de santal ou d’acacia, nous donneraient une petite idée de ce que sentaient endroits prestigieux et peaux parfumées du monde antique.

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Cet article, cette recette et ces photos – sauf photo à la Une  qui vient de http://arbres-remarquables.univ-lille1.fr– sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

 

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