Le Labo de Cléopâtre dans Futura

Consultée par la journaliste Céline Deluzarche sur la recréation du « parfum de Cléopâtre » par deux archéologues, vous retrouverez dans cet article de Futura, mon intervention et ce que je pense dudit parfum. Un sujet que je connais bien puisque j’y travaille depuis déjà plusieurs années.  L’article, vous le trouverez ici :

Diapasmas Cléo

Ce qu’est réellement le parfum de Cléopâtre, les lecteurs de ce blog le savent s’ils le fréquentent depuis longtemps, il s’agit du Détergent, dont la recette, si elle ne peut être reproduite à 100 %, a malgré tout le mérite d’exister, d’avoir ses raisons d’être historiques d’une grande précision. J’en ai parlé il y a déjà plusieurs années ici, entre autres lieux, sur la base de recherches précises sur textes anciens, puisque je suis formée à la recherche en lettres : Du détergent au parfum de Cléopâtre

D’autre part, faisant de l’archéologie expérimentale autour des parfums anciens et ayant d’ailleurs commencé par celui de Cléopâtre, je propose cette fragrance reconstituée au mieux de ce qui est possible – c’est-à-dire pas complètement, mais de façon satisfaisante malgré tout ) sur ma boutique Etsy, dérivée en plusieurs produits :

Retrouvez d’autres articles de recherche et d’artisanat autour des parfums de l’Antiquité sur le blog, la boutique du Labo ainsi que sur la Page Facebook, et autres manifestations.

Les senteurs anciennes, c’est beaucoup de Recherche sur textes, de passion, de travail, d’expérimentations, de spéculations et de mains sales. Et de matières premières naturelles qu’on n’aime plus beaucoup toucher…

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Parfum de Cléopâtre

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

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La laitue sauvage dans l’Antiquité

Parmi les plantes utilisées dans les produits du Labo, il y a les plantes à parfum et les plantes actives. L’une des plus intéressantes, si ce n’est la plus intéressante de toutes par son histoire, sa symbolique et son efficacité est la laitue sauvage, que je mets nécessairement dans plusieurs produits pour son importance dans l’Antiquité, aussi bien pour la civilisation égyptienne que gréco-romaine.

La laitue sauvage est une plante sédative, toute laitue étant d’ailleurs connue pour favoriser le sommeil – sachant qu’elles ont les mêmes propriétés -. Bien sûr, des laitues, il en existe plusieurs, mais ce qu’il y a de plus important est son latex, le liquide blanc qui s’en écoule et d’où lui vient son nom « laitue » issu du mot « lait ». C’est ce liquide qui lui a conféré pour les Anciens toute son importance symbolique et sacrée dans le cadre des premières religions.

Son utilisation remonte à la plus ancienne Antiquité, en Egypte où elle était associée au dieu Min, dont l’apogée du culte remonte à 3150 avant J-C, avant le règne des pharaons eux-mêmes, précise l’ouvrage Sexus Joyus de Vicky Léon. Par la suite, fusionné avec différents dieux plus tardifs et remarquables du panthéon égyptien, comme Amon ou Horus – dont on ne reconnaît la présence de Min qu’à leur représentation en érection – il ne reste plus trace de ce dieu indécent et ityphallique, caractéristique des divinités masculines de la fertilité. Un effacement qu’on peut reconnaître comme le signe d’une société qui s’enrichit, se complexifie, et gagne en puissance.

Le même phénomène exactement s’est produit avec le dieu Pan, seul dieu dont on annonça de plus, la mort. Dans ses amours ratées, des ridicules, ses tentatives de viols sur des nymphes et ses divers rôles de faire-valoir, la mythologie nous montre assez le peu de valeur qu’on lui donnait, comparé aux Olympiens. On a un peu le même sentiment avec ce dieu Min dont on ne sait pratiquement rien et qui fait pâle figure à côté des remarquables personnalités que constituent des Horus, Osiris, Anubis, Amon, qui ont marqué l’histoire de l’Egypte pharaonique en inscrivant leur silhouette caractéristique dans la pierre.

Et surtout, son sexe en érection qu’il tient dans sa main est loin de l’image royale et digne à laquelle l’imaginaire égyptien pharaonique nous a habitués. Les moeurs associées à son culte non plus, d’ailleurs, comme l’explique Vicky Léon dans l’ouvrage déjà cité :

« En tant que principale divinité de la puissance sexuelle masculine, Min portait le fléau des moissons dans une main, et son organe dressé dans l’autre. ses fêtes étaient spectaculaires, parfois même orgiaques. (…)Les personnes qui prenaient part à la fête s’amusaient dans le plus simple appareil, le clou de la fête étant une compétition où il s’agissait de monter en haut d’un mât enrubanné. Naturellement, lors de ces fêtes, on mangeait essentiellement de la laitue. Quand on les pressait ou les frottait, une substance laiteuse s’en échappait qui, pour les Egyptiens, s’apparentait à du sperme. (…)on pensait que cette laitue contenait des propriétés opiacées et aphrodisiaques (…). »

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Dans la mythologie grecque aussi, la laitue était associée à la sexualité et au sperme, mais avec des effets inverses, et donc associé à une forme de terreur, comme le démontre cette histoire racontée par Catherine Clément dans le dictionnaire amoureux des dieux et des déesses et qui met en scène Héra :

 » La laitue est un manger de cadavre qui frappe d’impuissance les mâles grecs, qui n’en consomment jamais, à l’exception des Pythagoriciens. C’est aussi un manger de femme, à condition de ne pas croquer le coeur craquant d’où sort un jus blanc, le sperme de laitue. Héra est enceinte du coeur de laitue et accouche d’Hébé, la jeunesse. »

Au I er siècle, Pline fait remarquer ses vertus sédatives et la préconise pour le sommeil. Elle est toujours actuellement un des remèdes naturels les plus célèbres contre l’insomnie, ce qui vaut à cette plante d’être vendue en herboristerie sous différentes formes et de bénéficier d’une certaine popularité qui, on peut le voir, est loin d’être neuve. C’est particulièrement vrai, semble-t-il, de son latex – le sperme des Anciens, dans une logique proche de celle des signatures de Paracelse, qui voulait qu’une plante ressemble à ce qu’elle devait guérir.

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Voilà pourquoi dans quelques produits aphrodisiaques et égyptiens du labo, vous allez retrouver cette plante, par respect des conceptions des Anciens dans :

– Le kyphi intégral

– le kyphi intégral d’exception

– Les kyphis aphrodisiaques et sédatifs

Dans ce dernier, vous pourrez le comparer à une autre plante aphrodisiaque et sédative de l’Antiquité, le lotus bleu, toujours utilisé pour ces vertus aujourd’hui.

Pour la culture gréco-romaine, en revanche, fidèle à leurs croyances, il n’y en a que dans un produit sédatif de ma création, sur la base des conceptions anciennes :

– Encens de sommeil

Une invitation à découvrir les croyances des Anciens et les expérimenter le temps d’une fumigation de simple détente, ou amoureuse, sous les auspices du malicieux mais oublié dieu Min.

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Comment sentir un parfum antique ?

Dans un monde de molécules chimiques utilisées à plus de 95 % dans la parfumerie, où les parfums peuvent se permettre d’être plus que puissants, envahissants, nous avons développé un rapport aux senteurs d’une intensité dont nous n’avons pas conscience et qui pourtant, va conditionner toute notre attente vis-à-vis de ce sens.

C’est une chose dont on ne peut se rendre compte que par comparaison, et que seule l’expérience et le recul donnent mais qui sont incontestables et qui révèlent chez le néophyte qui découvre l’univers de mon artisanat et des senteurs traditionnelles :

  • L’impression que les senteurs naturelles ne diffusent pas grand-chose
  • La difficulté à les concevoir réellement comme parfums – mais plutôt comme des curiosités
  • La difficulté à les percevoir dans un testeur installé sur le stand

A cela, bien entendu, plusieurs raisons, toutes culturelles : dans un monde de parfums et arômes chimiques qui envahissent les parfumeries, supermarchés et leurs produits – parfums, crèmes de beauté, lessives, produits d’entretien, déodorants, shampooings, arômes ajoutés de pain chaud autour des boulangeries, etc.. – le monde de senteurs provoquées pour l’industrie conditionne le cerveau à ce qu’est un parfum et à une certaine intensité qu’on se croit en droit d’en attendre, habitués à ce qu’il en soit toujours ainsi. Car dans nos sociétés, le parfum est chimique depuis la fin du XIX ème siècle, ce qui veut dire qu’aucune des générations de notre famille dont nous ayons connu les membres n’a vécu avec une autre conception du parfum.

En effet, les parfums du commerce sont tous conçus par des parfumeurs chimistes qui travaillent avec une palettes de molécules odorantes pour créer des odeurs en fonction de la demande, de la mode, du budget mis dedans, etc. Autrement dit, son objectif n’est pas seulement de vous faire chercher un parfum – bien qu’il puisse y avoir une dimension ludique très agréable dans le fait d’éprouver une émotion à partir d’une odeur – mais d’abord que celui-ci vienne vous chercher pour vous séduire. Le parfum chimique est conçu pour venir jusqu’à vous sans que vous ayez à faire d’efforts.

A l’inverse, les parfums antiques, traditionnels, et qui emploient uniquement les matières premières de la nature, délivrent leur parfum dans tout l’aléatoire de l’intensité offerte par cette Nature. Ce qui veut dire que tout  ne sentira pas avec la même force, ni même dans des conditions identiques : certains sentent à froid, d’autres à chaud, certains aromates nécessitent le froissement de leurs feuilles, certaines épices la torréfaction, etc.

Dans le parfum naturel, brut, que diffuse une matière première, le rapport est donc inversé, et c’est à nous d’aller le chercher, comme ça se passe également en cuisine. Il n’a pas été pensé, prévu, dosé pour aller jusqu’à notre perception afin de nous séduire et nous pousser à le désirer. Il est, tout simplement, et l’effort doit venir de nous.

Bien entendu, le fil conducteur et la justification de l’utilisation de ces matières premières reste la tradition, ce que les Anciens et les cultures traditionnelles ont utilisé et utilisent encore comme parfums naturels parmi les bois, résines, fleurs, épices. C’est ce qui nous guide sur la voie de ce qu’est un parfum ancien et sur la force avec laquelle il porte.

Alors, effectivement, et c’est une découverte que doivent souvent faire les acheteurs ou ceux qui découvrent sur le stand, le parfum traditionnel diffuse, mais parfois si légèrement que ce n’est pas toujours évident de le trouver d’emblée, encore plus quand on a l’habitude de vivre au milieu des parfums synthétiques qui nous entourent. Une discrétion qui a certainement dû participer de sa valeur – les humains ayant l’habitude d’en attribuer beaucoup à ce qui est rare et difficile.

Or, il ne fait pas beaucoup de doutes que dans l’histoire des parfums, la surprise de découvrir un ingrédient révéler une fragrance inattendue a dû contribuer à son charme, sa dimension magique, et ce faisant, son utilisation rituelle pour honorer les dieux et séduire les hommes. C’est flagrant avec les résines d’arbres qui ne révèlent leur parfum intense qu’à chaud et qui, à froid, savent se montrer très discrètes.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans ma boutique ?

Vous avez acheté un produit et vous vous apprêtez à l’utiliser ou à l’offrir.

Si c’est un encens, pas de problème : la chauffe révélera le parfum. En revanche, si c’est un parfum huileux, primitif ou poudreux, il va vous falloir faire un effort et aller le débusquer où il se cache, comme un précieux trésor. Car c’est à cette condition-là que vous découvrirez le parfum antique, dont le rapport à son intensité participe pleinement de son intérêt et de sa dimension historique. Ce faisant, il offre un cadeau inattendu : réinterroger notre rapport à l’odorat, à la façon qu’un ingrédient a de sentir de manière naturelle et brute, et ce faisant, réinterroger notre rapport à tout le sensible.

  • Méthode idéale pour le débusquer : 

Mettez votre nez au-dessus du produit à sentir et prenez le temps d’inspirer et expirer doucement et attentivement jusqu’à la perception. N’hésitez pas à fermer les yeux pour gagner en concentration (c’est ainsi que font les parfumeurs pour ne pas être influencés par les stimuli extérieurs et pour rester à l’écoute).

La boutique des senteurs antiques, c’est ici !

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Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !

Parfums antiques du Labo

Dans ma boutique, ce sont les parfums par la fumée qui sont le plus représentés et les plus achetés dans le monde, au point que le Labo de Cléopâtre paraît presque être une boutique d’encens et de kyphis.

Pourtant, il n’en est rien. Ce qu’il a fallu de travail artisanal pour suivre une recette de parfum huileux d’il y a 2000 ans se voit concrètement dans le résultat obtenu, qui ne s’acquiert que par l’expérience. Le parfum huileux antique est non puissant, potentiellement instable car sans conservateur, donc sensible à la lumière et réactif à la chaleur, comme s’il était vivant.

La semaine dernière, partant du constat que les bouchons de liège des petites bouteilles anciennes n’étaient pas imperméables, cela a été l’occasion pour moi de quelques refontes de conditionnements et autres changements vers plus ou moins d’authenticité ou d’aspect pratique.

Sur la formulation, pas de changement, les recettes restent celles de l’Antiquité. Par contre, sur les conditionnements, on passe d’une bouteille à la forme et au bouchon ancien comme sur cette photo…

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…à une autre à un design plus moderne mais au bouchon parfaitement hermétique.

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Autre nouveauté : cette uniformisation m’a contrainte à des choix auxquels j’avais renoncé et qui pourtant sont exactement ceux de l’Antiquité : teinter les parfums, comme on le voit dans l’image à la Une, dans le parfum mycénien reconstitué du Musée archéologique d’Athènes. Les textes anciens mentionnent effectivement ce fait : les parfums étaient généralement colorés en rouge, comme un symbole de surcroît de vie dans une couleur sanguine. Les bouteilles toutes uniformes, sans possibilité de les distinguer entre elles, m’ont donc portée naturellement vers ce choix qui conduit à plus d’authenticité, mais aussi de beauté : la coloration de certains parfums avec des colorants végétaux naturels.

– Parfum antique fenugrec

Voici donc le parfum de rose avec l’ancien flacon

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Et le même jus avec le nouveau flacon

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– Parfum antique rose

Ces changements ont également été l’occasion de mettre pour la première fois en boutique le parfum de Cléopâtre, celui que j’avais fait et pour lequel j’avais ensuite écrit le livre qui m’a par la suite fait entrer dans le monde des senteurs antiques. C’est le seul qui soit fait avec des huiles essentielles de l’industrie moderne et non par des moyens techniques anciens d’enfleurage long. Il a néanmoins été réalisé en respectant au plus près les consignes de la recette du détergent en l’adaptant pour en faire un parfum huileux. Une odeur particulière à laquelle je suis accoutumée depuis que je l’ai ressuscitée en 2015. J’ai également coloré ce parfum.

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– Parfum cosmétique de Cléopâtre

Dans la catégorie des parfums huileux, seule l’huile de kyphi n’a pas connu de changements. Produit phare de la boutique et seul parfum à ne pas avoir existé dans l’Antiquité, sa fonction de parfum d’onction des outils sacrés et personnels reste malgré tout traditionnelle, chaque utilisateur sachant ce qu’il demande à son huile de kyphi.

Huile de kyphi

– Huile de kyphi

Enfin, derniers apparus, les pendentifs parfums primitifs, qui cumulent la fonction de bijou et de micro parfum civilisationnel. Le parfum, en effet, pour les Anciens, c’était d’abord l’odeur de la matière première brute, voilà pourquoi il est beaucoup question de couronnes, dans les textes antiques, notamment l’Anthologie palatine – compilation savante d’extraits de textes anciens – mais aussi dans les dialogues philosophiques, les buveurs arrivant généralement avec l’une d’entre ces couronnes parfumées aux vertus médicinales, notamment pour dissiper l’ivresse à venir.

J’ai donc décliné des parfums primitifs en égyptien, le bleu, au labdanum et lotus : IMG_9099

– Pendentif parfum primitif égyptien

Le Perse, en rose, au galbanum et rose ancienne

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– Pendentif parfum primitif perse

Le celte, vert, 100 % chêne et mousse de chêne. Le seul vraiment local et qui fut sans doute effectivement notre premier parfum historique.

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– Pendentif parfum primitif celte

Enfin, si vous voulez un aperçu de la boutique entière, ça se passe juste ici.

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !

 

Parfum antique, parfum traditionnel

C’est un propos sur lequel je reviens assez souvent, que l’expérience et la pratique m’ont fait adopter : ce que nous appelons parfum antique est quelque chose de toujours vivant dans les sociétés traditionnelles, ce qui me pousse à le considérer non comme le parfum antique mais le parfum traditionnel. En effet, ce que nous considérons comme le parfum des Anciens – car il était utilisé dans l’Antiquité, et avec lequel nous nous sentons tellement en décalage temporel – est en réalité celui que nous utiliserions encore si, à partir de la fin du XIX ème siècle, la chimie n’était venue remplacer les molécules odorantes au nombre de centaines dans une matière première naturelle par d’autres molécules moins complexes qui en imitent l’odeur.

Depuis, nous nous y sommes habitués et c’est devenu une culture telle que nous sommes capables de dire qu’un parfum sent un ingrédient qui n’y est pas du tout mais qu’on nous a appris aussi à reconnaître pour tel et qui de fait, lui ressemble un peu. Pourtant, si on remonte un peu en arrière, juste au XVIII ème siècle, on trouve des livres de pharmacie contenant des recettes de parfums aux ingrédients encore naturels et qu’on peut reconnaître comme étant celles des médecins de l’Antiquité, notées dès le I er siècle. Du I er au XVIII ème siècle, on peut vraiment parler d’une belle longévité.

Certes, ça ne s’est pas passé de façon aussi idéale, et après une éclipse dans laquelle les livres antiques furent perdus au nom du christianisme triomphant, on a fini par les faire revenir d’Orient où ils s’étaient réfugiés. Entre temps, la distillation est passée par là, mais avec la fugacité d’un parfum volatil dont l’alcool s’évapore, un parfum sec ou une boule parfumée d’ambre, de storax, de civette ou d’iris tels que ça existait pour parfumer gants et pomandiers, étaient bien plus durables dans le temps même si plus légers et discrets à la première rencontre.

Le parfum traditionnel, c’est une culture; celle dont il faut se déprendre : la chimique, – qui est répandue parce que souvent bon marché mais qui n’est pas si universelle – et celle qu’il faut découvrir, la naturelle et qui fait nos parfums initiaux, originels, dont les racines sont la Terre depuis l’aube de l’humanité – sous des formes parfois si inattendues comme une racine longue au séchage ou du vomi de cachalot.

En soi, puisque cette culture est locale, puisque nous n’avons pas la même culture du parfum selon que nous sommes européens, africains, asiatiques, etc..et ce jusqu’à des raffinements très spécialisés – comme pour toute culture ancienne -, elle est malgré tout universelle. Partout, en effet, on a employé et on a eu du goût pour ce qui poussait à proximité, ou ce que l’histoire des échanges commerciaux nous avait permis de découvrir de senteurs exotiques attisant le désir, les rêves de luxe et ouvrant les voies commerciales au trafic bien organisé comme les célèbres routes de l’encens. Un goût encore sublimé par la culture poétique et religieuse, le parfum servant autant les désirs amoureux que les dévotions aux dieux.

En effet, la poésie antique, la Torah, la Bible de Jérusalem comme les descriptions de jardins au Moyen-Age foisonnent d’évocations parfumées, d’images olfactives, de métaphores odorantes et amoureuses, particulièrement dans le Cantique des cantiques mais aussi dans la mythologie grecque. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Même dans l’invention d’un parfum chimique, le plus grand critère de réussite est d’être parvenu à imiter un ingrédient naturel, qui reste la référence incontestée même si, dans la réalité de nos perceptions, nous pouvons en être bien plus déconnectés que ce que nous pensions. Une femme qui sent la vanille fait peut-être rêver, mais qu’en est-il si on nous dit qu’elle sent la vanilline ( Vanille et Vanilline de synthèse ) ?

Dans les poésies omanaises, algériennes contemporaines mais traditionnelles, on évoque toujours l’encens, la rose, les épices comme au Moyen-Age on réunissait dans un même jardin des espèces inconciliables dans la nature mais que le goût, la culture et l’imagination avaient réunies : le nard, la myrrhe, le cèdre, l’encens, la cannelle..

Les parfums dits anciens, on les retrouve encore actuellement dans les préparations traditionnelles : colliers de perles parfumées artisanales de traditions algérienne, malienne, sénégalaise, les malas et bracelets de bois de santal, ou de oudh de la tradition asiatique, les rosaires de pétales de roses compressées de la tradition catholique. On les retrouve aussi dans les encens destinés à parfumer les vêtements, un peu partout en Afrique, au Moyen-Orient, en brut, ou transformés par une culture du parfum qui ne s’est pas reniée et cumule tout son savoir – des matières premières naturelles aux derniers parfums à la mode mêlés dans des créations nouvelles – dans des thiourayes et bakhoor.

On les retrouve également au Japon, qui préfère les senteurs naturelles et les belles matières premières – bois d’agar, de santal, de cèdre du Japon – dont il fait brûler le parfum délicat dans les tissus précieux ou tout simplement en les rangeant dans des meubles de bois parfumé. Quand j’étais étudiante, j’avais une amie japonaise qui rangeait ses mouchoirs dans un petit meuble en bois de santal pour qu’ils aient ce parfum. Autrefois, ça n’avait pas grand sens pour moi. Mais aujourd’hui que je travaille les senteurs antiques et traditionnelles, non seulement je le sais, mais cette façon qu’a le bois de santal de dégager son parfum me la rappelle, elle et l’appartement qui s’était imprégné de l’odeur naturelle du bois brut.

Ces expériences vous paraissent étrangères ?

A moi aussi, avant, cela faisait ça. Maintenant, elles parlent le même langage que les diapasmas, les encens antiques, les fumigations et kyphis que je propose dans ma boutique. Et vous le voyez, ce n’est pas un bond spatio-temporel qui a été fait mais un bond culturel dans les mentalités. Ce qui me fait dire ça ? On a essayé d’imposer les parfums chimiques aux Japonais. Mais on ignore pourquoi ils n’en ont pas voulu et sont restés au bois d’agar, au cèdre, santal et à l’huile de camélia.

Enfin, on ignore pourquoi…En vérité, on le sait !

(Photo à la UneParfum sec de roses, recette grecque ancienne; poudre junko du Japon multi-usage comme les parfums secs de l’Antiquité et toujours en usage comme déodorant et pour parfumer les kimonos; gowe, souchet qui sert de base à de multiples parfums africains )

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !

Le jardin des dieux en images

En tant qu’artisane des senteurs, qui reconstitue les parfums de l’Antiquité, il n’est pas facile de communiquer la façon toute symbolique et sacrée dont je vois les végétaux avec lesquels je travaille. Dans l’Antiquité comme dans toute société traditionnelle, les éléments de l’environnement qui sont vitaux et qu’on reconnait comme tels, acquièrent une dimension sacrée qui va structurer la mythologie et pénétrer profondément la culture.

Des évidences avec lesquelles notre société de surabondance et de chimie est plutôt en rupture et qu’elle peine à ré-apprendre, pour des raisons bien compréhensibles.

Dans le livre « Le jardin des dieux », de Laure de Chantal, les végétaux au cœur de la mythologie gréco-romaine vous sont racontés et remis dans une perspective historico-culturelle qui a l’avantage de faire la lumière sur cette importante.

Un travail magnifique sublimé par le travail d’illustration de Djohr Guedra, qui s’appuie sur des planches botaniques de gravures du XVIII et XIX ème siècle, renforcées. par des sur-impressions colorées et symboliques qui parviennent à unir en une seule image la forme de la plante et la culture qui lui fut associée jusqu’à la poétique. Ce qui, moi, me renvoie symboliquement au travail de reconstitution des parfums anciens.

Ici la myrrhe, dont l’histoire est associée à Aphrodite, une malédiction divine, un inceste, et son grand amour, le bel Adonis. Une histoire de transformation végétale.

Le beau Narcisse, lui aussi victime d’une malédiction divine et épris de lui-même, dont le symbole se trouve dans l’image en miroir. Le jaune de la fleur reste la couleur symbolique de la trahison. Ici encore, c’est une métamorphose dont Ovide aimait nous raconter les histoires.

La menthe, associée à Perséphone et aux Enfers, dont la symbolique est mise en valeur ici par le rouge et le noir; rouge qui agit en couleur complémentaire du vert de la plante autant qu’il rappelle le sang des morts. Mais aussi le sang d’Adonis, dont Perséphone était aussi éprise et qui devait passer la moitié de son temps aux Enfers avec elle…

Le laurier d’Apollon, Daphné transformée pour lui échapper, plante de divination, plante poison dans la majorité de ses espèces autres que le véritable, plante de la gloire, avec ses baies qu’on allait cueillir quand on avait réussi ses examens et qui nous restent dans le nom de notre premier diplôme : baccalauréat, qui veut dire baie de laurier.

Enfin, un petit dernier : l’olivier d’Athéna, ce don utile qu’elle fit à la ville et qui lui valut son patronage et son nom. Ici, les racines dans le temple font référence à l’Acropole, sur lequel temple d’Athéna et olivier sont liés depuis toujours, entremêlant leurs racines à celles de l’histoire d’Athènes..

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur. Les illustrations sont de Djohr Guedra pour le livre Le Jardin des Dieux de Laure de Chantal.

 

Le Labo au Marché de l’Histoire de Compiègne 2019

Marché de l’Histoire, Compiègne (60)

13 avril – 14 avril

 

Vous suivez, aimez ce blog et connaissez mon artisanat, mon projet, mes recherches et ma boutique sur Etsy ? Peut-être même avez-vous déjà acheté une de mes senteurs de reconstitution ou une senteur inspirée des connaissances et des croyances des gens de
l’Antiquité.
Si vous passez par Compiègne et ses environs ou êtes tout simplement pas loin de l’Ile-de-France, le week-end du 13 et 14 avril 2019, je vous attends avec une sélection de produits artisanaux, tous conçus avec ma tête et mes mains, dans une aventure qui a commencé ici-même, par mes blogs WordPress.
Je vous y proposerai encens, parfums poudreux de recettes anciennes, parfums huileux faits uniquement à la main, sans huiles essentielles, et selon les recettes et techniques données par Dioscoride et Pline. Je vous y proposerai aussi des kyphis, bien entendu, les encens emblématiques et très sacrés de l’Egypte ancienne  qui étaient spécifiquement brûlés le soir devant les divinités.

Mais il y aura aussi les derniers nés : les fumigations actives de ma composition mais d’origine traditionnelle, qui ont plus un impact sur votre bien-être, et les encens auto-combustibles 100 % naturels, sans charbon, sans huiles essentielles et salpêtre, uniquement de ma composition, mais là aussi, tous conçus par civilisation.

 

 

Ce sera également pour moi l’occasion de vous voir, pour vous d’aborder les produits dans la réalité de leur taille, leurs couleurs, matières, et plus encore leurs odeurs, et le tout par civilisation.
Globalement, la culture antique, surtout gréco-égyptienne est la plus représentée dans ma boutique, mais vous trouverez aussi quelques senteurs indiennes, judeo-chrétiennes, et l’efficacité surprenante et les parfums de quelques plantes ancestrales vikings et amérindiennes.
Alors, je vous attends ici, avec beaucoup de plaisir, le week-end du 13 au 14 avril 2019 :
LE TIGRE
2 RUE JEAN MERMOZ
MARGNY-LÈS-COMPIÈGNE
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Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.