Flacons de parfum antique

Partie gauche de la photo, femme versant du parfum dans un flacon de la villa Farnésine. Musée des Thermes. Rome.

Partie de droite, urne funéraire de la nécropole de Cumes (Italie) du I er siècle avant J-C. Un flacon de parfum en albâtre a été retrouvé déposé sur les ossements.

De la forme, à la taille, l’époque et la fonction, c’est exactement le même objet, l’un représenté il y a plus de 2000 ans, l’autre enterré il y a plus de 2000 ans et retrouvé il y a quelques années !

Cet article et cette photo sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Video : Comment parfumer les habits ?

Pour parfumer ses vêtements aux encens, voici les conseils d’une Sénégalaise, qui les utilise régulièrement.

Nous avons perdu cet usage et même si nous voulons parfois nous y mettre, nous avons souvent bien du mal à envisager les gestes, les conseils de sécurité et les détails techniques permettant de parfumer efficacement le linge avec nos encens.

Cette vidéo sera alors bien utile car elle est en français. En revanche étant de culture totalement  différente, vous verrez des équipements pour parfumer les vêtements qu’on retrouve au Sénégal ou dans les pays arabes mais que vous ne connaissez pas. Il faudra alors faire preuve de créativité et les adapter en fonction du monde dans lequel vous vivez si vous voulez parfumer vos vêtements naturellement aux encens.

Restons ouverts aux autres cultures : elles ont toujours quelque chose à nous apprendre !

( Photo à la Une : boîte de Thiouraye, encens traditionnel sénégalais utilisé dans la vidéo mais aussi dans le monde arabe).

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Tous les parfums de l’Arabie…

Depuis les années 70, l’Arabie évoque le pétrole, les états à la puissance économique fulgurante grâce à l’or noir. Mais traditionnellement, depuis l’Antiquité, l’Arabie est la zone géographique mythique des parfums. Et ce n’est pas sans raison puisque la plupart des plantes à parfum y poussaient ou bien y faisaient l’objet d’un commerce très prisé passant par son territoire, ce qui contribua à créer une des toutes premières routes commerciales de l’histoire : la route de l’encens.

De fait, dans le monde méditerranéen, la majorité des plantes à parfum étaient exotiques, rares et donc luxueuses. Il existait pourtant bien des aromates européens tels que l’iris, l’origan, le laurier ou même la rose; mais rien n’était apprécié comme les gommes-résines d’encens, de myrrhe, de baume, de labdanum et les racines et écorces exotiques comme le nard, la cardamome, etc.

Pour gonfler les prix, les marchands racontaient des histoires fabuleuses sur la provenance et la récolte de ces aromates d’exception. Ces fables ont été rapportées par les historiens de l’époque :

« Il est vrai que même les constituants du sol répandent des vapeurs naturelles semblables à d’agréables parfums qu’on brûle. Aussi en certains endroits de l’Arabie, quand on creuse le sol, trouve-t-on des veines odoriférantes dont l’exploitation donne naissance à des carrières de dimension colossale; on en extrait des matériaux pour construire des maisons… »

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique. II, 49.

« Du côté du Midi, la dernière des terres habitées est l’Arabie; c’est le seul pays du monde qui produise l’encens, la myrrhe, la cannelle, le cinnamome et le labdanum. Tout cela, sauf la myrrhe, n’est pas conquis sans peine par les Arabes (…) car les arbres qui portent cet encens sont gardés par des serpents ailés, de petite taille, de couleurs diverses, qui se tiennent en grand nombre autour de chaque arbre, ceux-là même qui attaquent l’Egypte (..) »

Hérodote, Histoire III. 107

D’après Hérodote, le phénix lui-même, animal mythique qui renaît de ses cendres et qui est un symbole bien connu, doit lui-même sa force d’immortalité à sa consommation et sa vie d’une grande pureté puisque faites exclusivement de parfums.

Ces récits merveilleux, bien connus dans l’Europe cultivée d’autrefois, font dire à Lady Macbeth, pour exprimer l’immensité insurmontable de son crime dans la pièce de Shakespeare : « Reste toujours l’odeur de sang : tous les parfums de l’Arabie n’adouciraient pas cette petite main. »

Tout cela, ce ne sont que de vieilles légendes.

Et pourtant, lorsque vous suivez la route des parfums antiques, vous croisez toujours le chemin des pays arabes, des arbres à encens poussant au Yémen et surtout au Sultanat d’Oman, petit état qui possède les meilleures résines du monde.

A Muscat, la capitale, l’encensoir géant est le symbole de la ville comme du pays, reflétant la culture des habitants qui possèdent tous un encensoir servant à parfumer vêtements et pièces à vivre au point d’imprégner chacun d’entre eux et parfumer ainsi, sans qu’ils ne s’en rendent plus compte, tout l’espace où ils se déplacent. Une réalité qui rappelle les propos de Théophraste, dont les paroles ne paraissent plus aussi imagées qu’on aurait pu le croire :

« En Arabie cependant la brise qui souffle de la terre est, paraît-il, chargée de parfums. »

Théophraste, Recherches sur les plantes. IX, 7.

De fait, si l’Europe a perdu son goût pour les parfums en devenant chrétienne, l’Arabie, terre de parfums, n’a rien perdu de cette tradition en devenant musulmane puisque se parfumer fait partie des préceptes religieux, contribuant à en valider la pratique, la sacraliser et la faire perdurer.

Dans les pays arabes, en effet, la consommation de parfums est près de trois fois plus élevée que la nôtre, comme c’était le cas pour nous dans l’Antiquité, et touche de la même manière hommes et femmes. Les autres liens de la culture arabe avec le goût européen pour les parfums dans l’Antiquité sont nombreux :

  • Les matières premières, nobles, sont identiques : de l’oudh, de la rose, des gommes-résines odorantes qui font d’ailleurs toujours la base des parfums orientaux les plus estimés.
  • La base est composée d’huile et non d’alcool – l’alcool étant interdit en Islam.
  • Les manières variées de parfumer, qui vont de l’aspersion à la fumigation, pratique très courante pour parfumer via les bakhoor – encens parfumé très délicat.
  • Le lien entre le parfum et l’acte sacré, festif ou d’hospitalité.
  • Le goût pour les senteurs naturelles puissantes peu nombreuses mais de grande qualité.
  • Les mélanges : les Emiratis mélangent volontiers les parfums entre eux pour créer une senteur unique. C’était aussi le cas dans l’Antiquité où on obtenait des notes d’intensité variable en mélangeant les quelques parfums existants.
  • Le goût pour les parfums transcende les genres en dépassant les notions de parfums masculins ou féminins, faisant par exemple qu’hommes et femmes peuvent porter de la rose. Dans l’Antiquité aussi, les notions de parfums pour hommes ou pour femmes ne sont jamais évoquées.

Enfin, et c’est certainement une chose peu connue, mais de l’aveu même des créateurs, c’est l’influence des pays arabes et leur grande passion pour les parfums qui a permis à cette industrie de se renouveler de façon à la fois créative et qualitative.

Un peu plus sur le parfum dans la culture arabe : ici.

( Photo à la Une : encensoir géant de Muscat, capitale du Sultanat d’Oman. Posté par Lars Plougmann sur Flickr ici. )

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Un cosmétique antique : l’huile de ricin (DIY)

Sur internet, les sites consacrés à l’huile de ricin pour les cheveux sont nombreux, preuve du succès de ce végétal pourtant toxique. Il concentre en effet le maximum de son poison dans ses graines, qui sont dangereuses aussi bien en ingestion qu’en inhalation, mais son huile, reconnue pour ses bienfaits pour la peau, se contente d’être laxative quand elle est ingérée.

Son utilisation la plus connue est sous forme de cure pour faire pousser les cheveux. Lors de cette cure, on enduit sur ses cheveux un mélange de 50% d’huile de ricin avec 50% d’une autre huile selon son type de cheveux (olive quand il est gras, noix de coco quand il est sec, par exemple). Car l’huile de ricin est si visqueuse que si on l’applique seule sur le cuir chevelu, on ne parvient pas à l’étaler et il est alors impossible de traiter la chevelure. Mélangée à une autre huile végétale, on peut profiter de ses bienfaits sur l’ensemble des cheveux.

Mais au fait, quels bienfaits possède cette huile de ricin ?

Sur les sites, on nous explique que l’huile de ricin a le pouvoir de faire pousser les cheveux, les cils, et d’hydrater la peau. Ce qu’on ne dit pas, c’est que ces vertus sont déjà mentionnées dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Dans son ouvrage, l’huile de ricin se nomme l’huile de cici :

« [L’huile de cici] améliore le teint de la peau et, par sa nature fertilisante, elle fait pousser les cheveux. »

Pline l’Ancien, Histoire naturelle. Livre XXIII. XLI.

Comme dans tout son ouvrage, Pline affirme, collectant le savoir collectif, mais n’explique pas, certainement parce que ses lecteurs risquaient déjà d’être au courant. Mais d’une manière générale, le style des Anciens est concis et les recettes sont bien imprécises, loin des longues explications d’aujourd’hui qui permettent un emploi correct des produits.

Quand vous découvrez cette information dans son livre, si vous devinez ce qu’il faut faire pour appliquer l’huile sur la peau, en revanche, pour les cheveux, pas de précision : ça fait pousser les cheveux, c’est tout ce qu’on saura.

Heureusement, d’autres ont conservé cette pratique antique de l’application de l’huile de ricin sur les cheveux pour les faire pousser et l’ont expliquée sur des sites et dans des livres, nous enseignant cette pratique plusieurs fois millénaires – comme le texte de Pline nous le prouve – et nous permettant de faire notre propre cure d’huile de ricin. Contre toute attente, c’est le livre de Pline qui m’a fait découvrir l’huile de ricin, et ce sont les blogs qui m’ont permis de tester l’efficacité et le plaisir qu’offre ce cosmétique millénaire.

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  • Ma cure d’huile de ricin

(Etant blonde, ayant les cheveux gras et étudiant les cosmétiques de l’Antiquité, j’ai choisi l’huile d’olive, mais rien n’empêche de préférer l’huile de coco quand on a les cheveux secs.)

  • Matériel
  • Huile de ricin
  • Huile d’olive
  • Bol
  • Cuillère à soupe
  • Peigne

Dans un bol, mélangez, selon la taille de vos cheveux, 1 à 2 cuillerées à soupe d’huile de ricin à 1 à 2 cuillerée à soupe d’huile d’olive ( vous devez obtenir un rapport de 50% de chaque huile). Appliquez aux doigts à partir du crâne et massez pour bien répartir sur l’ensemble des cheveux et bien irriguer les racines. Ceci fait, peignez vos cheveux et si vous les avez longs, ramenez-les en chignon pour ne pas tacher les vêtements.

Parallèlement, appliquez l’huile de ricin pure sur le visage et le cou et massez-les pour bénéficier de son pouvoir très hydratant. Contre toute attente, sa texture visqueuse en fait la plus confortable des huiles qui m’ait été donné d’utiliser. Enfin, enduisez-vous les mains et les ongles – desquels vous avez bien entendu retiré toute trace de vernis et massez-les pour les renforcer en vous apportant un maximum de confort.

Laissez poser de deux heures à une nuit selon votre confort puis faites un solide shampooing pour retirer l’huile. Sur la peau, votre activité quotidienne aura normalement suffi à retirer l’excédent d’huile, mais nettoyez-vous quand même.

Ce traitement se fait en cure tous les 6 à 7 jours au moins pendant 3 à 4 semaines, en faisant des pauses de plusieurs mois entre elles pour ne pas habituer le cuir chevelu à un excès d’hydratation qui ne serait plus efficace.

Si la première fois qu’on le fait, l’huile part bien au shampooing, les autres fois, elle est beaucoup plus résistante et il faut alors en faire plusieurs ou utiliser un détergent moins dilué – comme un shampooing solide – et faire un nettoyage plus poussé.

Après deux semaines de traitement, les cheveux sont effectivement magnifiques, la peau est nourrie, belle, et les ongles renforcés.

Voici d’authentiques secrets de beauté connus depuis un minimum de 2000 ans, qui se perpétuent et sur lesquels vous pouvez apprendre plus, par exemple ici.

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Qu’est-ce qu’un cosmétique antique ?

On définit le cosmétique comme une substance ou un mélange destiné à être en contact avec des parties superficielles du corps en vue de son entretien ou de son embellissement. Cela veut dire que c’est un produit améliorant l’apparence avec des effets superficiels n’entraînant donc pas de changements profonds comme le ferait la chirurgie.

Les cosmétiques sont très anciens, mais ils n’ont pas toujours eu la même image. Aujourd’hui financièrement très rentables, ils gardent pourtant malgré des cautions scientifiques la réputation de charlatanisme qu’ils ont depuis des siècles.

Dans l’Antiquité, il n’en était pas ainsi, et c’est dans les ouvrages de médecine antique égyptienne, grecque et romaine qu’on trouve les recettes de beauté qui nous ont été ainsi conservées, à partir du moment où elles concernaient le soin, la santé du corps et non le simple embellissement.

On en trouve ainsi dans les papyrus médicaux, surtout le papyrus Ebers, et chez des auteurs gréco-romains, médecins ou non : Pline l’Ancien, Ovide, mais surtout Galien, qui nous a laissé son célèbre cérat, première cold-cream à l’efficacité incontestée même s’il a fallu l’adapter parce qu’elle contient des ingrédients aujourd’hui reconnus comme toxiques, contrairement à son époque où on l’ignorait. Bien entendu, beaucoup de cosmétiques de Cléopâtre ont ce même défaut, en plus de tous les autres relatifs à l’époque lointaine où ils ont été conçus et utilisés.

Une bonne définition serait donc à peu près ceci :

  • un cosmétique antique, c’est un produit fait avec des ingrédients naturels, toujours frais même s’il peut parfois se conserver, toujours artisanal car il nous est parvenu sous forme de recette à réaliser de façon individuelle, parfois irréalisable, parfois répugnant, parfois dangereux tel quel, souvent incompréhensible mais toujours intéressant.

Néanmoins, il faut bien se rendre compte d’une chose : ce que les femmes utilisaient pour leur beauté il y a un siècle paraît aujourd’hui aberrant, et ce que nous utilisons actuellement paraîtra stupide,dangereux ou inefficace aux femmes du siècle suivant.

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Masques anti-rides avec système d’attaches derrière la tête et zones du visage ou visage entier recouvert. Institut Anglais de Beauté, Vers 1900. A l’époque, un sommet de technologie.Culture rationnelle et scientifique de la beauté

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