Zoom sur quelques recettes de Cléopâtre

Cléopâtre est censée avoir écrit un ouvrage de cosmétiques qui a longtemps fait douter de son authenticité. Pourtant, les ouvrages de cosmétiques, bien que décriés aussi à leur époque, étaient malgré tout l’oeuvre de médecins, savants ou femmes intellectuelles comme Aspasie, compagne de Périclès, et bien sûr, la célèbre reine d’Egypte.

Ces ouvrages ont connu un sort semblable, disparaissant complètement au fil des siècles tandis que quelques recettes choisies par des médecins sont parvenues jusqu’à nous pour une raison qui nous échappe car nous ne partageons plus leur culture mais qui pour eux avait du sens. C’est ainsi que des recettes de Cléopâtre ou de Criton se retrouvent dans les livres de grands médecins de l’Antiquité comme Aetius d’Amide ou Galien, au milieu d’autres qu’ils donnaient par souci d’information, de saine curiosité intellectuelle et d’intérêt pour leur science.

On a aussi fait cette remarque que les recettes de Cléopâtre étaient très axées sur les cheveux et leur chute, faisant songer à la relation de la grande reine d’Egypte avec un César vieillissant et se dégarnissant. Mais il n’en est rien. Les recettes trouvées sont celles que les médecins grecs ont conservées après les voir personnellement choisies plus certainement selon leurs obsessions personnelles. La plupart des autres recettes de Cléopâtre ont disparu, reléguées dans l’oubli par le désintérêt des médecins qui ont eu sur la mémoire médicale droit de vie et de mort sur les remèdes donnés par des auteurs qu’ils décidèrent de sauvegarder dans leur oeuvre de compilation, ou d’ignorer.

Si auteurs grecs et romains ont gardé majoritairement les recettes pour empêcher la chute des cheveux, c’est donc certainement plus par crainte de leur propre calvitie. Voici la recette la plus complète et jugée la plus efficace de celles attribuées à Cléopâtre.

« Cette recette est plus puissante que toutes, agissant également contre la chute des cheveux; appliquée aussi avec de l’huile ou du parfum sur ceux qui commencent à être chauves ou bien sur ceux qui ont une calvitie du haut de la tête, elle est merveilleuse. Souris domestiques calcinées, une partie, rameau de vigne calciné, une partie, dents de cheval calcinées, une partie, graisse d’ours, une partie, moelle de cerf, une partie, écorce d’acore, une partie – tout cela doit être broyé sec et, tandis que le miel sera ajouté au mélange en quantité suffisante, jusqu’à obtenir la consistance du miel, que l’on broie et mélange la graisse et la moelle fondues : que l’on mette de côté le remède dans une boîte en cuivre et que l’on en frictionne l’alopécie jusqu’à la repousse des cheveux. De même, en cas de chute de cheveux, il faut faire une onction quotidienne. »

Galien de comp. med. sec.

Peu ragoûtant, n’est-ce pas ?

Pourtant, sauf pour le nombre important de ces ingrédients censés garantir son efficacité, cette recette est classique dans ses composants qu’on retrouve notamment chez Pline l’Ancien, comme on retrouve d’autres recettes de Cléopâtre presque littéralement chez ce même auteur :

« La graisse d’ours mêlée à du labdanum, guérit l’alopécie. » Histoire naturelle. XXVIII

« La cendre de tête de rat, celle de sa queue et celle de l’animal entier guérissent l’alopécie. » XXIX

« La cendre d’écorce de vigne regarnit de poils les zones brûlées. » XXIII

Ailleurs, Pline écrit :

« Certains ont préféré aussi employer de la moutarde dans du vinaigre. »

Une recette qui n’est pas sans rappeler une autre de Cléopâtre :

« Une drachme de moutarde, une drachme de cresson, appliquez le tout broyé finement avec du vinaigre, après avoir préalablement rasé et lavé avec du nitre la zone à traiter, mais il est préférable de scarifier. »

Plus loin, on retrouvera des crottes de souris et têtes de mouches calcinées, chou séché, recettes qu’on retrouvera également chez Pline, mais auxquelles il ajoutera de la cendre de tête de hérisson, des lézards incinérés avec la racine d’un roseau frais (l’acore, qu’on retrouve aussi chez Cléopâtre), de la cendre de peaux de vipères et bien sûr, la très classique graisse d’ours, qui se vend encore.

Cléopâtre, comme nous tous, était moins que le fantasme qu’elle a généré, mais juste une femme de son temps avec ses croyances et ses valeurs, unanimement partagées. Bref, une femme de savoir – car à son époque, tout cela, c’était de la science ! – plus qu’une femme d’invention.

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Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Dans le Labo de Cléopâtre

Aujourd’hui, je vous fais entrer dans le Labo de Cléopâtre, pour vous en faire découvrir tous les aspects, car si la démarche est claire pour moi, il est possible qu’elle soit un peu nébuleuse pour vous.

Le Labo de Cléopâtre, c’est d’abord un blog, que vous suivez parfois, que vous découvrez par hasard d’autres fois. Son nom n’est pas un hasard, car il est né après que j’aie reproduit un cosmétique de la grande reine d’Egypte à partir d’une recette des fragments restants du Kosmètikon, le livre de cosmétiques perdus de Cléopâtre. Je décidai à ce moment-là d’étudier les recettes de beauté de la dernière reine d’Egypte. Mais, soyons honnête, beaucoup sont répugnantes, impossibles à réaliser ou bien contiennent des produits toxiques. Les recettes de Cléopâtre qui nous restent sont trop peu nombreuses et ne sont pas parlantes si elles ne sont pas contextualisées.

  • La base du Labo, c’est donc la recherche. Les livres, les auteurs anciens des genres les plus variés -histoire, botanique, poésie, médecine, compilation, histoire naturelle- sont à la base de toute mon enquête et ma démarche de reconstitution de parfums et cosmétiques antiques. Chez moi, pas de spectromètre de masse, pas de chimie pour analyser le contenu d’un flacon retrouvé. Formée à la recherche en littérature, c’est par le biais des auteurs antiques et des chercheurs modernes sur le sujet que je travaille, dont une grande partie est numérisée dans les bibliothèques spécialisées.Recherche cosmétiques antiques
  • Le Labo, c’est aussi une sorte de bibliothèque-musée : celle des matières premières utilisées dans l’Antiquité, quand elles sont encore trouvables. On trouve ainsi toutes sortes de résines, de racines, de fleurs, d’épices, d’écorces qu’on trouvait autrefois pour créer des produits parfumés. On trouve aussi des huiles spécifiquement utilisées dans l’Antiquité, pour faire les parfums huileux. C’est presque un petit musée, et comme dans un musée, en tant que conservatrice, je rêve de quelque pièce rare que je pourrais récupérer et pense à celles que je possède et qui ne sont pas exactement identiques à celles de l’Antiquité. Et comme dans un musée, le préjugé qui fait des lieux de conservation des lieux morts est faux : la bibliothèque-musée du Labo, ce sont des acquisitions et donc un passé, et beaucoup de désirs et projets, donc un avenir.

Par contre, comme ce n’est pas un musée accessible au public mais fermé comme une bibliothèque privée, c’est un gros bazar dans lequel moi seule me retrouve et où je n’ai pas pris le temps de mettre une seule étiquette sur les bocaux et où beaucoup de choses sont dans leur emballage d’origine. J’aime penser et créer plus que ranger, j’avoue.IMG_5568

  • Mais le Labo de Cléopâtre, c’est surtout un labo, c’est donc un lieu où sont réalisés et testés toutes sortes de cosmétiques et parfums, ceux que je peux proposer à la vente et ceux que je ne peux pas proposer mais que je réalise malgré tout dans le but de recherches et d’acquisition des savoir-faire. En effet, la transmission des gestes n’étant plus possible, c’est en faisant, refaisant, réfléchissant sur ce qui se passe et pourquoi ça se passe que la compréhension est possible. Car il ne faut pas oublier que dans les choix de certaines techniques, il y a toute une histoire de possibilités et d’impossibilités qui se raconte en creux mais qui n’ont jamais été écrits dans les livres. IMG_5152

C’est pour cela que chez moi, il y a des parfums huileux dont la technique a été donnée dans l’Antiquité et que j’ai réalisés patiemment pour la connaissance mais qui sont trop coûteux et fastidieux à réaliser par rapport à l’utilisation des huiles essentielles qui a été une révolution dans l’histoire de la parfumerie. Sauf que, rigoureusement, l’utilisation de la distillation n’est pas historique. J’ai ainsi un parfum antique dont la recette a été suivie à la lettre et dont le parfum de roses est le meilleur que j’aie jamais senti (au premier plan).

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Malheureusement, un blog ne véhicule pas d’odeurs, donc vous n’en saurez pas plus.

  • Enfin, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique Etsy où je vous propose des parfums qui existaient dans l’Antiquité mais d’une forme moins connue que ceux que nous connaissons actuellement et qui, pour certains, ont même été oubliés, comme c’est le cas des parfums en poudre dont je retrouve encore l’évocation dans les livres du XIX ème siècle mais qui ont progressivement disparu des ouvrages sur les parfums antiques. Un parfum sous forme de poudre de végétaux, un encens, ça ne laisse pas de trace au niveau archéologique : résines et plantes, issues de la nature, retournent à la nature une fois en terre, et y disparaissent sans un bruit, sans une preuve de leur passage.

A quoi ressemble la réalisation d’un parfum antique ?

A de la cuisine : je travaille au couteau, au mortier, à la cuillère, à l’huile, au sel, aux aromates, et une fois que le tout est fini, j’ai beaucoup de vaisselle ! Et comme en cuisine, le travail manuel peut parfois être très long !IMG_5102

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J’utilise quand même le mixeur pour les cas les plus compliqués comme le Détergent de Cléopâtre.

Je travaille masquée pour que les particules n’attaquent pas mon système respiratoire à l’usage, et aussi parce que j’ai un terrain allergique -les choses sont vraiment mal faites-!

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Bonne découverte de mon projet, de mon atelier-de « ma tour », comme dit Sophie-.

Pour découvrir les produits de ma boutique

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Recette antique: khôl aux pétales de rose (DIY)

Voici une authentique recette de khôl antique d’une très grande simplicité et qui va véritablement vous surprendre par son aspect naturel, économique, son efficacité et son innocuité. Elle a été rapportée par Pline l’Ancien :

« La rose est astringente et rafraîchissante. On distingue l’emploi de ses feuilles, de ses fleurs et de ses têtes. (…)On brûle les feuilles pour les fards à paupières. »

Pline l’Ancien. Histoire naturelle. Livre XXI.

Ce qui a été traduit par « feuilles » de rose dans l’édition 2013 de la Pléiade est en réalité traduit par « pétales » dans la plupart des autres versions. J’ai essayé les deux et je peux affirmer que ce qui possède une réelle douceur et un confort digne des fards à paupières les plus agréables, c’est le pétale. Il est donc possible que le terme latin n’ait pas été très clair pour les traducteurs.

Matériel

  • Pétales de roses
  • Bougie
  • Pince à charbon
  • Mortier et pilon 
  • Palette vide
  • boîte à khôl et son bâton applicateur

Marche à suivre

Faites sécher une rose complètement.

Ceci fait, brûlez avec la pince plusieurs pétales ou même toute la rose si vous voulez avoir une réserve et adopter ce khôl.

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La rose brûlée ainsi n’est que pour bien faire comprendre de quoi il s’agit. En réalité, il faut brûler avec la pince, pétale par pétale, car le feu prend mal.

Quand les pétales sont carbonisés, faites-les tomber dans le mortier et écrasez-les sous le pilon. S’il reste des morceaux de pétale qui n’ont pas été brûlés, écartez-les pour ne garder que la poudre noire. Vous pouvez pour cela vous aider d’un tamis si vous le voulez, même si ce n’est pas obligatoire.

Transvasez un peu de votre poudre sur une palette et maquillez-vous tout de suite si vous le souhaitez; sinon, mettez-le dans votre boîte à khôl au moyen d’une petite pointe de couteau ou d’une petite cuillère à cosmétique, qu’on peut trouver par exemple sur Aroma Zone.

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Mortier, pilon, reproduction de palette à fard égyptienne avec la cendre de pétales de rose, boîte à khôl et son bâton applicateur.

Application

Vous pouvez appliquer votre fard au doigt ou au pinceau si vous l’utilisez comme fard à paupières gris anthracite ou bien l’appliquer au bâton à khôl au ras de vos cils pour un effet plus noir, plus intense et plus antique !

 

Voilà, vous venez de découvrir un authentique fard utilisé dans l’Antiquité, facile à faire, peu coûteux et qui vous fera un vrai regard de reine d’Egypte !

Vous ne me croyez pas ?

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Ingrédients et actifs cosmétiques de l’Antiquité

Les recettes de l’Antiquité emploient majoritairement des ingrédients naturels même si certains peuvent être issus de processus chimiques découverts lors d’analyses du contenu de fioles retrouvées intactes au cours de fouilles archéologiques. C’est le cas avec le khôl égyptien antique, par exemple, dont il est désormais avéré qu’un des composants se retrouve rarement à l’état naturel et qu’il a été chimiquement composé. Dans ces cas-là, il n’y a pas de doute quant à la volonté d’utiliser cet ingrédient plutôt qu’un autre. C’est d’autant plus vrai qu’il est désormais établi que le dérivé du plomb, chimiquement composé et toxique, était ce qui conférait au khôl égyptien son rôle médicinal et protecteur qui lui vaut encore sa réputation.

Mais ce cas est loin d’être majoritaire et d’une manière générale, c’étaient avec des ingrédients naturels de leur environnement direct, combinés ou cuits que les Anciens créaient leurs cosmétiques, parmi lesquels on peut compter les produits issus des animaux, des minéraux ou des végétaux. Un cosmétique antique, c’est en effet bien souvent un cataplasme à base de minéral, d’animal mais plus souvent un végétal, cuit ou cru mêlé à du vin, de l’huile, de l’eau miellée ou du lait. Pour autant, ce n’est pas n’importe quelle huile, ce n’est pas n’importe quel lait, n’importe quel animal ou végétal.

Mais en quoi est-ce dû à une véritable connaissance pratique ?

Les méthodes scientifiques basées sur l’observation, la reproductibilité de phénomènes et tests dans différentes situations pour vérifier un fait sont des méthodes modernes. Pourtant, certains ingrédients, voire produits, continuent d’être utilisés comme dans l’Antiquité. L’exemple le plus célèbre est le cérat de Galien, première cold cream de l’histoire à base d’eau, d’huile et de cire, qu’on continue d’employer et dont la formulation est l’exemple même de l’émulsion classique à la base de toute crème cosmétique. Sa conception remonte pourtant au II ème siècle après J-C.

Même si cet exemple est loin d’être le seul et donne l’impression que les Anciens possédaient une grande compréhension de ce que pouvait être un cosmétique efficace par leurs capacités d’observation et de compréhension auxquelles on doit la création de recettes de beauté qui fonctionnaient vraiment, il est en réalité difficile de distinguer ce qu’ils devaient à ces qualités de ce qu’ils devaient à un fond culturel à l’origine de leurs croyances, souvent erronées. Et la première d’entre elles est la théorie des humeurs sur laquelle se fondait toute la médecine dont les cosmétiques venaient, tout comme les médicaments dans la catégorie de laquelle les recettes de beauté entraient bien souvent.

Ainsi, si pour soigner les problèmes de vue à l’époque de Pline, on donnait des crottes de chèvres ( si, si !) parce qu’on pensait que celles-ci ne souffraient d’aucune affection oculaire grâce leur alimentation, c’est par une logique à peu près semblable qu’on recommandait à ceux qui perdaient leurs cheveux d’appliquer sur leur crâne la galle de l’églantier ( photo à la Une ), très certainement à cause de son apparence chevelue. Pareillement, on donnait de la graisse d’ours dans la même affection, sans doute en raison de son épaisse fourrure. Une logique qu’on conserva longtemps puisqu’au Moyen-Age, on donnait des noix à ceux qui souffraient de maladies du cerveau à cause de leur ressemblance avec celui-ci.

Dans d’autres cas, c’est la culture qui imprégnait le jugement. En médecine, par exemple, l’achillée était connue pour guérir les blessures. Mais on ne peut dire si c’est vraiment Achille – dont la plante porte en effet le nom – qui découvrit la plante comme le raconte Pline puisque Dioscoride, son prédécesseur et inspirateur n’en a pas parlé. Dans le cas qui nous préoccupe, celui des cosmétiques, Pline cite l’hélénium, une herbe attribuée à Hélène et de laquelle, quand on connaît la mythologie et qu’elle est la seule explication du monde, on doit nécessairement s’attendre à ce qu’elle améliore le teint et rende belle, vertus qu’on lui attribuait en effet. Néanmoins, objectivement, ça paraît peut-être exagéré pour une simple espèce de thym…

C’est à cause de tout cela, de ce qui fonctionne dans les produits utilisés dans l’Antiquité et de ce qui est dû à la logique – pas toujours synonyme de vérité pour autant – ou à la culture, toutes deux ayant pu avoir exercé un effet placebo sur ceux convaincus que ces remèdes fonctionnaient, qu’il faut savoir garder l’esprit curieux et attentif sans cesser de tester pour parvenir à établir ce qui peut avoir été effectivement efficace. Une tâche qui s’avère de toute façon d’un grand intérêt.

( Photo à la Une : Bédégar, galle de l’églantier due à un insecte. Image trouvée sur le blog Florémonts consacré à la connaissance des plantes sauvages )

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Recette : masques antiques aux poudres indiennes (DIY)

Contrairement à ce qu’on trouve habituellement sur le net en cosmétiques « maison » faits à base de poudres indiennes, ce n’est pas un soin pour les cheveux que je vous propose mais un soin pour le visage.Il est vrai que les indiens possèdent beaucoup de plantes réputées pour le soin des cheveux comme les très appréciés shikakaï et sidr et que le soin des cheveux est au coeur des rituels de beauté des femmes indiennes – comme il l’était des femmes de l’Antiquité -. Mais le soin le plus courant est avant tout l’huile sur les cheveux. C’est très bien sur cheveux secs, mais ayant le malheur d’avoir les cheveux gras et clairs, autant dire que ce type de soins, peu adapté à ma nature, ne va pas me pousser à concevoir des recettes qui ne seraient pas efficaces sur moi.

Les deux masques que je vous propose sont en réalité un seul masque visage décliné en un premier masque frais à utiliser immédiatement et un second masque auto-conservé – parce qu’exempt d’eau – qui peut donc s’utiliser des mois durant. Ils ont été conçus sur la base des enseignements reçus en atelier de conception de cosmétiques « maison » aux poudres indiennes mais avec des ingrédients uniquement choisis sur la base de leur utilisation dans l’Antiquité. Ils vous laisseront la peau douce et particulièrement lumineuse.

Ingrédients

  • Farine de pois chiches ou de lentilles
  • Poudre de fenugrec
  • Poudre de rose
  • Lait entier ( si peau sèche) ou eau (si peau grasse ) * uniquement pour le masque frais
  • Huile d’amande * uniquement pour le masque auto-conservé
  1. Recette de masque frais

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Ustensiles : bol pour mélanger, cuillère à expresso préférablement, le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Dans un bol, mélanger 5 cuillères à expresso de poudre de pois chiches ou de lentilles, 1 cuillère de fenugrec en poudre, 1 cuillère de poudre de rose, 4 ou 5 cuillères de lait selon la consistance préférée. Quand le produit est homogène, appliquer sur la peau pendant 20 minutes ( temps de pause habituel des cosmétiques indiens ) avant de rincer.

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2. Recette de masque auto-conservé ( pour 100 grs)

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Ustensiles : balance de précision, bol pour peser, bol pour mélanger, fouet ou fourchette, petite spatule ou cuillère pour transvaser, petit bocal hermétique pour conserver le produit,  le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Peser tour à tour :

  • 25 grs de farine de pois chiches
  • 12, 5 grs de poudre de rose
  • 12, 5 grs de poudre de fenugrec
  • 50 grs d’huile d’amande douce

Mélanger le tout jusqu’à consistance homogène avant de transvaser dans le bocal hermétique à l’aide de la spatule ou de la cuillère. Appliquer comme le premier avant de rincer au bout de 20 minutes. A faire une à deux fois par semaine.

Ce produit se conserve plusieurs mois à condition de ne pas le mettre en contact avec l’eau.

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3. Explications

Dans la culture indienne, certains masques de beauté sont faits à base de farine de pois chiches employée aussi dans la cuisine. Dans la culture occidentale antique, la farine de lentilles – même type de légumineuses – est employée pour adoucir la peau, une qualité remplie par la rose pour la culture indienne des soins de beauté. Ici, je l’ai employée autant pour cette qualité que pour son odeur. Pour les anciens Greco-Romains, le fenugrec lutte contre les desquamations, pour l’Ayurvéda, il tonifie et purifie la peau.Le lait de vache, très apprécié dans la culture indienne et dans les cosmétiques indiens, sert à lutter contre la sécheresse de la peau grâce à la présence d’eau et de gras. Pour l’Antiquité, on en connaît aussi les vertus, mais c’est le lait d’ânesse qui est considéré comme supérieur, d’après Pline l’Ancien qui lui attribue, comme le faisait Popée, des qualités anti-rides. Enfin, l’huile d’amande est réputée dans l’Ayurvéda pour améliorer le teint et nourrir la peau, tandis que dans son Histoire naturelle, Pline affirme qu’elle est anti-rides.

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Poudres indiennes : un cosmétique antique et moderne

Quand on s’interroge sur ce à quoi ressemblait la religion athénienne, comment les Anciens pouvaient s’habiller d’une seule pièce, comment étaient faits les cosmétiques antiques, la seule réponse qu’on puisse trouver est en Inde. Il est reconnu que ce à quoi ressemblaient la religion et les rites anciens, c’est l’hindouisme, qu’il existe bien un vêtement fait d’une seule pièce porté cinq mille ans après son invention, c’est le saree indien et que la façon qu’ont les indiennes d’utiliser des plantes en poudre mêlées ou non à des huiles ressemble à ce qu’étaient les cosmétiques dans l’Antiquité.

Malgré les similitudes, les poudres cosmétiques indiennes offrent un plus grand nombre de facilités que le cosmétique antique : son conditionnement industriel des poudres diffusées dans le monde entier et parfois des mélanges tout prêts auxquels il faut juste ajouter de l’eau ou de l’eau de rose, voire du lait est quand même plus accessible que les plantes qu’il faut soit faire sécher soi-même soit broyer, soit les deux. L’autre avantage sur un grand nombre de vrais cosmétiques antiques, et non des moindres, c’est son aspect « propre », conforme aux attentes et conceptions modernes, sans urine – certains cosmétiques contemporains contiennent malgré tout de l’urée -, sans animaux ou produits dérivés d’eux à part le lait.

Néanmoins, comme dans l’Antiquité, ces poudres servant au soin du visage ou des cheveux sont issus de l’Ayurvéda, médecine traditionnelle indienne, tout comme les produits cosmétiques antiques étaient issus de la médecine de l’Antiquité. En ce sens, les vertus attribuées aux plantes, inscrites dans des textes vénérés, souffrent assez mal des conditionnements contemporains qui obligent à des mélanges avec des conservateurs et autres types de produits chimiques  – même si la demande croissante des Occidentaux semble pousser à l’émergence de ce type de nouveaux produits dits « ayurvédiques » et bourrés en même temps de conservateurs-. Dans les documentaires et autres reportages, ce sont bien des plantes brutes additionnées d’eau ou d’huile qui sont utilisées comme il y a plusieurs millénaires.

Car les poudres ayurvédiques restent ce qu’elles ont toujours été : des cosmétiques antiques, rudimentaires et donc nés d’une terre en particulier. C’est pourquoi elles n’ont qu’une universalité relative en même temps qu’une efficacité limitée. Ainsi, les produits  sont bien plus adaptés aux cheveux et aux peaux sombres, surtout dans certains soins pour cheveux assez nombreux qui fixent la couleur brune ou noire, ou même la génèrent grâce aux plantes colorantes – ce qui ressemble assez à certaine recette de Cléopâtre. Et comme pour les cosmétiques antiques, les effets qu’on peut en attendre concerneront le nettoyage, l’aspect de la peau ou des cheveux, un léger changement de texture ou d’apparence mais jamais une fonction hydratante ou anti-rides – dont les Anciens avaient malgré tout compris qu’on les obtiendrait d’un corps gras.

Plus encore, le lien entre ces types de cosmétiques et la terre qui les a faits naître se fait non seulement sur les personnes à qui ils sont destinés mais aussi sur le type d’ingrédients dont ils sont faits. Dans l’Antiquité comme dans les sociétés traditionnelles, on conçoit ses remèdes médicaux et ses cosmétiques avec ce qu’il y a sous la main, ce qui est disponible sur le sol, ce qui est courant dans son environnement. Les poudres indiennes sont ainsi issues de plantes très locales, poussant dans l’Himalaya ou uniquement sur le sol indien – même si certaines rares plantes comme la rose, l’orange ou le citron sont connues partout -. A l’inverse, les multi-nationales du cosmétique vont chercher des ingrédients dans le monde entier voire, parviennent à créer de la valeur ajoutée et de nouveaux marchés avec des ingrédients exotiques censées faire rêver la consommatrice de beautés lointaines auxquelles elle aimerait pouvoir ressembler.

Néanmoins, dans l’Antiquité, l’exotisme ne manquait pas d’attrait non plus, particulièrement dans les parfums dont tous les ingrédients venaient d’Arabie, mais surtout d’Inde !

Enfin, on pourrait rapprocher les textures et les modes d’application entre les cosmétiques antiques et les cosmétiques indiens car à l’exception des quelques produits frais qu’on peut retrouver dans l’une et l’autre de ces deux traditions cosmétiques et médicinales, les soins de beauté indiens et antiques consistent le plus souvent en des masques et cataplasmes de plantes sèches mêlées à un liquide ou un oléagineux associées parfois un minéral. En revanche, si le cosmétique antique ne dispose d’aucune indication quant au temps de pose parce que conçu et employé à une époque où la notion du temps ne se voyait qu’à la course du soleil dans le ciel, le cosmétique à base de poudres indiennes, lui, n’a jamais cessé d’être utilisé depuis l’arrivée des horloges modernes. Il s’est ainsi sans doute vu attribuer un temps de pose basé sur un découpage du temps précis et relatif à l’évolution de la société. De même, il a bénéficié de nouvelles techniques de production industrielle telle que le conditionnement en poudre, choses dont n’a pas pu profiter le cosmétique antique, devenu caduc entre temps.

Mon objectif ayant été de vous montrer les points de rapprochement entre cosmétiques indiens et anciens, je vous mets quelques liens pour les découvrir et en apprendre plus sur les vertus et l’emploi de ces poudres indiennes et ayurvédiques, vous promettant néanmoins de mettre très bientôt mes propres recettes – limitées bien entendu à ce qu’on pouvait ou aurait pu faire dans l’Antiquité !

  • La différence entre l’appellation poudre indienne et poudre ayurvédique, c’est que la seconde est une plante bio. Le site d’Aroma Zone, qui s’en est fait un atout, distribue et invente régulièrement de nouvelles recettes de beauté ayurvédiques sûres et de qualité. Un petit tour vers leurs poudres de plantes ayurvédiques pour créer vos cosmétiques :

Plantes ayurvédiques d’Aroma Zone

  • Un blog qui utilise les poudres indiennes d’une façon très inventive et créative pour des soins de cheveux afro surtout. le labo de sioum sioum

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Qu’est-ce qu’un cosmétique antique ?

On définit le cosmétique comme une substance ou un mélange destiné à être en contact avec des parties superficielles du corps en vue de son entretien ou de son embellissement. Cela veut dire que c’est un produit améliorant l’apparence avec des effets superficiels n’entraînant donc pas de changements profonds comme le ferait la chirurgie.

Les cosmétiques sont très anciens, mais ils n’ont pas toujours eu la même image. Aujourd’hui financièrement très rentables, ils gardent pourtant malgré des cautions scientifiques la réputation de charlatanisme qu’ils ont depuis des siècles.

Dans l’Antiquité, il n’en était pas ainsi, et c’est dans les ouvrages de médecine antique égyptienne, grecque et romaine qu’on trouve les recettes de beauté qui nous ont été ainsi conservées, à partir du moment où elles concernaient le soin, la santé du corps et non le simple embellissement.

On en trouve ainsi dans les papyrus médicaux, surtout le papyrus Ebers, et chez des auteurs gréco-romains, médecins ou non : Pline l’Ancien, Ovide, mais surtout Galien, qui nous a laissé son célèbre cérat, première cold-cream à l’efficacité incontestée même s’il a fallu l’adapter parce qu’elle contient des ingrédients aujourd’hui reconnus comme toxiques, contrairement à son époque où on l’ignorait. Bien entendu, beaucoup de cosmétiques de Cléopâtre ont ce même défaut, en plus de tous les autres relatifs à l’époque lointaine où ils ont été conçus et utilisés.

Une bonne définition serait donc à peu près ceci :

  • un cosmétique antique, c’est un produit fait avec des ingrédients naturels, toujours frais même s’il peut parfois se conserver, toujours artisanal car il nous est parvenu sous forme de recette à réaliser de façon individuelle, parfois irréalisable, parfois répugnant, parfois dangereux tel quel, souvent incompréhensible mais toujours intéressant.

Néanmoins, il faut bien se rendre compte d’une chose : ce que les femmes utilisaient pour leur beauté il y a un siècle paraît aujourd’hui aberrant, et ce que nous utilisons actuellement paraîtra stupide,dangereux ou inefficace aux femmes du siècle suivant.

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Masques anti-rides avec système d’attaches derrière la tête et zones du visage ou visage entier recouvert. Institut Anglais de Beauté, Vers 1900. A l’époque, un sommet de technologie.Culture rationnelle et scientifique de la beauté

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