Poudres de Chypre

A l’atelier viennent d’être reconstituées 2 recettes de parfums du 17-18 ème siècle, deux « poudres de Chypre ». Elles viennent du même ouvrage ancien de parfumerie et avaient la même utilité puisque c’étaient avant tout des parfums pour perruques, à l’époque où ces dernières étaient à la mode en Europe. Une mode qui a généré bien sûr sa propre créativité, son  évolution, ses types de coiffure, ses parfums, et qui venait à la base de l’exemple des souverains chauves qui avaient trouvé par ce biais un moyen de sauver la face.

Bien évidemment, les choix du roi devenaient bien vite ceux de la société toute entière, comme l’exprime Montesquieu dans ses Lettres Persanes : « Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de moeurs selon l’âge de leur roi (…) Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, la cour à la ville, la ville aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres. »

C’est si vrai qu’à cette époque, contrairement au roi, on se met à porter des perruques sans être chauve, même si la calvitie est un problème de beauté et de santé qui préoccupe tout l’Occident depuis l’Antiquité – si on en croit le nombre de recettes censées en guérir, conservées dans les ouvrages des médecins de l’Antiquité.

C’est aussi une époque où l’hygiène est déplorable et où on mise sur le linge propre et les parfums pour masquer les odeurs corporelles plutôt que de régler le problème à la source. L’hygiénisme n’est pas encore passé par là – qui n’apparaîtra qu’au 19 ème siècle – entraînant une véritable révolution médicale en matière de prévention des maladies, malgré l’exemple de l’Orient qui inspira l’Europe pour ses parfums mais pas forcément pour ses moeurs en matière de propreté.

Chypre fut apparemment pendant longtemps une île de parfumeurs, de par la richesse de ses plantes à parfum européennes. Et si on dit que dès le Moyen-Age, les parfumeurs chypriotes créèrent une eau de Chypre, les recettes, reprises par les parfumeurs français, sont promises à une belle destinée dans l’histoire du parfum. Au 18 ème siècle, le parfum de Chypre devient une poudre pour perruques qui servait aussi de base à d’autres parfums pour assainir l’atmosphère – du moins d’après les conceptions de l’époque.

Au final, et comme souvent dans les parfums anciens, il est difficile de définir de quoi se compose une poudre de Chypre tant la parenté entre une recette et une autre issue du même livre ne semble exister que dans la forme du parfum poudreux. Plus tard, l’industrie naissante des parfums, et ce dès la moitié du 19 ème siècle, décrira l’accord chypré et lui donnera une destinée qui continue, en choisissant l’une de ces recettes pour base : celle qui associe le musc à la mousse de chêne.

Reconstitué dans l’atelier du Labo, elle est vendue en boutique sous le nom de « Poudre de Chypre historique verte », en opposition à la noire, dotée d’une tout autre composition.

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C’est une recette assez complexe, qui nécessite de nombreuses techniques et étapes, dont un enfumage. Néanmoins, si la base est reconnaissable par la mousse de chêne et le musc, elle est de parenté un peu plus lointaine avec l’accord chypré en laquelle elle évoluera avec la parfumerie moderne qui la compose à partir de mousse de chêne, musc, patchouli et bergamote – et de laquelle la texture poudreuse a complètement disparu.

Pour autant, ce n’était pas la seule recette de poudre de Chypre de l’époque, dont elle n’est d’ailleurs qu’une variante qui a eu ensuite une belle destinée. Dans le même ouvrage se trouve une première poudre de Chypre, dont la couleur finale hésite entre le gris anthracite et le noir – ce pourquoi je lui ai donné le nom de « Poudre de Chypre noire historique ».

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La composition en est plus riche que celle à base de mousse de chêne puisqu’elle contient près d’une dizaine d’ingrédients, mais à l’inverse, s’avère plus simple en terme de réalisation puisqu’il ne s’agit que d’un simple mélange d’ingrédients principalement odorants.

Lorsqu’on évoque la poudre de Chypre à l’époque où elle servait encore de poudre pour perruques, il pouvait donc s’agir indifféremment de l’une ou de l’autre recette, malgré leur composition et leur odeur complètement différentes. Plus tard, le choix de l’une des recettes pour base de ce qu’on appellera les parfums chyprés peut donner l’impression, avec le temps qu’il n’y en eut jamais qu’une. Un inconvénient à l’heure où la mousse de chêne, reconnu ingrédient allergisant, disparaît de plus en plus de la parfumerie, condamnant nécessairement du même coup ce qu’on appelle depuis le 19 ème siècle en parfumerie, la famille des chyprés, qui  ne peuvent exister sans cette base.

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Que vous aimiez ou non les parfums chyprés, que vous fassiez ou non de la reconstitution en costume du 18 ème siècle pour donner tout leur sens et leur authenticité à ces parfums historiques, retrouvez les deux poudres de Chypre sur :

La boutique du Labo de Cléopâtre

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Le Labo de Cléopâtre aux Mists-terre d’Avalon

Vous suivez ce blog et vous connaissez  sans doute aussi la boutique Etsy du Labo de Cléopâtre. Sachez maintenant que vous pouvez trouver quelques-uns des produits parfumés et rituels du Labo de Cléopâtre aux Mists-terre d’Avalon, première boutique païenne de Paris à l’image de celles qu’on trouve en Angleterre dans la plupart des villes de taille honnête. Il faut dire que là-bas, le paganisme contemporain d’origine celtique est reconnu au titre de religion et de spiritualité comme les autres, et ce d’autant plus facilement que les Anglais sont à la base de cette renaissance d’une culture qui fut toujours celle de l’Europe.

Ce genre de boutiques existe déjà en France, dans quelques rares villes du sud, mais bien sûr aussi du Nord, plus proche de l’Angleterre et de sa culture joyeuse, ouverte et celtique. Une boutique païenne contemporaine était juste ce qui manquait à Paris depuis longtemps ! Qu’à cela ne tienne, Jérôme a comblé ce manque vieux de plusieurs décennies pour les adorateurs du féminin sacré, des dieux païens de culture européenne, du chamanisme et de la culture sorcière, de tous ceux qui veulent renouer avec l’ancien culte de la nature, du folklore et de nos racines. Une qualité qui lui vaut déjà la visite d’Anglais, spécialistes et représentants de leur domaine…

Qu’est-ce qu’on trouve aux Mists-terre d’Avalon ?

Une sélection fine et ciblée de tout ce dont les païens ont besoin pour leur pratique : bougies, encens, pierres, oracles et tarots, chaudrons, boules de cristal, statues de divinités et toutes les autres choses pour célébrer les sabbats, les esbats, et développer son intuition. On trouve aussi des objets de décoration spécifiques à la culture païenne, mais aussi une proposition d’objets symboliques et culturels réalisés par des artisans. Et bien sûr, des livres, car on ne le dira peut-être jamais assez, le paganisme est une culture à part entière, une culture vivante.

A l’étage, l’espace méditatif avec un autel réservé à la Déesse, comme ça se fait dans les boutiques païennes anglo-saxonnes, mais aussi parfois dans les boutiques religieuses ou spirituelles qui disposent d’une chapelle permettant la rencontre sacrée avec le silence, et le divin en soi. Un espace polyvalent qui peut aussi se transformer en lieu d’études, de rencontres, de dédicaces, de célébrations et autres manifestations..

Que trouvez-vous comme offre du Labo de Cléopâtre aux Mists-terre d’Avalon ?

Vous y trouverez principalement l’offre spécifique à l’univers païen. Les authentiques parfums de l’Antiquité sont variés et comprennent aussi des recettes judéo-chrétiennes, mais ce n’est pas ce que vous retrouverez dans cette boutique parisienne. Là-bas, vous aurez droit à l’offre païenne : encens historiques consacrés aux dieux gréco-romains, les produits traditionnels de l’Ancienne Egypte comme les différents kyphis et ses produits dérivés, les fumigations actives de la culture chamanique pour le bien-être, quelques huiles d’onction. Mais l’offre, bien entendu, est amenée à varier au gré des préférences et pratiques de ceux qui les choisissent, et s’approprient les produits du Labo de Cléopâtre au fil du temps, passant de mes produits aux vôtres.

Car des musées archéologiques aux boutiques païennes ou spirituelles, les parfums historiques reprennent peu à peu leur fonction ancestrale de garants du lien entre la société, ses traditions et son histoire, et facilitateurs de la communication avec les dieux et les esprits par la très ancienne tradition de l’offrande de parfums naturels et sacrés qui leur a valu leur nom : « per fumum », par la fumée.

Les Mists-terre d’Avalon. Boutique païenne

9 rue de Bailly

75003 Paris

Métro Arts et métier. 01.43.37.77.56

( Ouverture : du mardi au samedi 11H à 19h30. Le jeudi jusqu’à 20 H. )

Le site pro des Mists-terre d’Avalon

La page Facebook

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Les kyphis du Labo en vidéo

Vous connaissez le blog mais vous ne connaissez pas encore les produits de la boutique ? Il existe désormais des video de youtubeuses spécialisées dans la cartomancie consacrées à mes kyphis artisanaux. Les kyphis sont en effet considérés comme l’encens de divination par excellence, pour celles et ceux qui pratiquent, donc c’est tout naturellement que certaines passionnées, praticiennes et auteures d’Oracles l’ont intégré à leur pratique, et ce d’autant plus si elles s’appuient sur l’imaginaire des Egyptiens anciens.

Un grand merci à celles qui ont pris du temps pour partager leur expérience, leur découverte de mes produits qu’elles ont eu envie de diffuser auprès de leur abonnés dans un décor évocateur et qui fait rêver. C’est à la fois une belle reconnaissance de mon travail, et un plaisir pour moi de découvrir votre rencontre avec mes produits et la manière dont vous vous les appropriez.

N’oubliez pas : le Labo de Cléopâtre, c’est un projet de recherches, un blog, et une boutique Etsy où je propose mes produits parfumés, kyphis, encens, parfums huileux et fais revivre d’anciennes senteurs pour votre plaisir, la connaissance ou vos pratiques spirituelles personnelles.

En attendant de vous retrouver lors d’un prochain marché de l’histoire – celui du 18 et 19 avril 2020 où mon stand devait être risquant sûrement d’être annulé ou reporté pour cause d’épidémie – je vous donne le lien vers :

La boutique Etsy du Labo de Cléopâtre, où vous retrouvez tous mes produits en stock.

La Page Facebook du Labo de Cléopâtre, où je partage des actualités.

Enfin aux éditions Alliance Magique sortira mon livre sur les cosmétiques de l’Antiquité issu des différentes recherches historiques d’archéologie expérimentale que j’ai menées dans mon Labo de Cléopâtre.

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur. Les vidéos sont issues de la chaîne Youtube de Claire de la Lune   et de Sabrina Passion des oracles.    

 

 

Le kyphi de Damocrates

Lors de diverses recherches sur le kyphi, un bon article en ligne qui lui était consacré prétendait que celui-ci avait été utilisé en médecine jusqu’au 13 ème siècle. Pour moi qui reconstitue des kyphis historiques en essayant d’aller au plus près de la recette originale, pouvoir retrouver la recette de ce kyphi tardif était un rêve. Mais c’était surtout la preuve que ce produit avait fait partie de l’histoire de la médecine et des parfums jusque très tardivement.

De là à penser qu’on l’avait utilisé jusqu’au 18 ème siècle, je ne m’y serais pas risquée. Et pourtant. C’est bien une recette de kyphi, employé comme remède parmi d’autres recettes de la pharmacopée des siècles allant de Louis XIV à Louis XV que je retrouvai un jour dans un manuel de pharmacie ancienne. Une trouvaille qui avait de quoi étonner si on ne se souvenait des pièces de Molière – comme Le médecin malgré lui – qui raillent une médecine d’un siècle où parler latin et citer les Anciens suffisait à faire illusion et imposer le respect. De fait, les livres de pharmacie de cette époque sont pleins de recettes de Galien, d’Avicenne et autres médecins de l’Antiquité et du Moyen-Age.

Dans ces circonstances, il n’est donc finalement plus si étonnant d’y retrouver une recette de kyphi. Celle-ci est mentionnée comme la recette de Damocrates, un médecin de l’Antiquité assez tardive qui a réellement existé mais que je n’avais jamais rencontré lors de mes recherches.

Le kyphi, je le connais bien, je le pratique très régulièrement, et il doit être le produit le plus vendu de ma boutique de par le monde. Pour autant, un kyphi comme celui-là, je n’en avais encore jamais vu ni fait. Effectivement, sur une base d’ingrédients identiques, le kyphi de Damocrates s’est payé le luxe de la nouveauté, m’a surprise et contrainte à l’adaptation pour le réussir.

En effet, ce kyphi se présente comme n’importe quelle autre recette classique : des raisins trempés dans du vin, du miel, des résines et des aromates. Jusque-là, c’est un kyphi traditionnel. Sauf que le poids et le volume d’aromates et résines dépasse largement le mélange fruité, ce qui donne à la pâte une texture tout à fait inattendue. Si bien qu’à ma grande surprise, à la fin du mélange, je me retrouve avec un produit à la texture de pâte sablée plutôt qu’à celle de la purée fluide dont j’avais l’habitude.

Pas habituée à cette texture, je décide malgré tout de la façonner immédiatement, parce que c’est écrit de les façonner tout de suite – contrairement à la pâte de kyphi traditionnelle qui nécessite plusieurs jours de séchage avant que ce soit possible. Alors, oui, ça peut et même doit se façonner immédiatement. Car contrairement à d’habitude aussi, la texture ne colle pas et prend immédiatement la forme qu’on lui donne – et ce avec une plus grande rapidité que d’ordinaire. Sa grande malléabilité me pousse alors à utiliser des moules – ce qui devient possible pour la première fois, avec ce nouveau kyphi.

Au lieu d’un kyphi réalisé en plusieurs semaines voire plusieurs mois, je me retrouve avec un produit moulé en une après-midi, et sur lequel il n’y aura plus de travail à faire ! Les gens de l’Antiquité avaient donc trouvé au fil des siècles, le moyen de moderniser à ce point ce produit que la forme encore usitée chez nous au 18 ème siècle était une sorte de kyphi express, plus riche en ingrédients odorants et supposément actifs que ceux des premières recettes qu’on brûlait à la divinité.

Avec sa formule inchangée sauf dans le nombre d’ingrédients aptes à transformer la texture du produit de façon à être utilisé très rapidement en médecine par les Grecs, le kyphi de Damocrates semble nous raconter l’histoire de l’évolution d’une technique de production d’un médicament qu’on semblait trouver efficace depuis son origine mais qu’on a voulu rendre disponible beaucoup plus rapidement. Du supposé Damocrates, contemporain de Pline, au manuel de pharmacie où a été trouvée la recette – qui laisse supposer que celle-ci était encore un remède qu’on faisait couramment – il y a bien 17 siècles de distance ! Et pourtant ! Bien qu’il semble être resté le seul utilisé en médecine, force est de constater que le kyphi de Damocrates est loin d’être resté un produit de l’Antiquité.

Dans sa version laïcisée, médicalisée et expresse, il semble avoir conservé assez de prestige et de croyance en son efficacité pour traverser les millénaires au-delà d’une fonction d’encens destiné au dieu Râ, au point même d’avoir fait partie de l’histoire de la médecine et de la pharmacie françaises.

Au passage, cela semble aussi nous raconter l’histoire d’un produit qu’on a voulu rendre plus efficace en augmentant sa vitesse de production, lui permettant peut-être d’être aussi durable dans le temps, à la faveur conjuguée de sa réputation de longue date et de sa grande aisance de production et d’utilisation dans un monde qui avait de plus en plus besoin de remèdes.

Vous retrouvez le kyphi de Damocrates sur la boutique du Labo. Contrairement aux autres kyphis, il est maniable et chaque pastille peut se casser très simplement pour l’employer de façon plus durable.

– Le kyphi de Damocrates sur la boutique du Labo

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Le Labo au marché de l’Histoire novembre 2019

Le 16 et le 17 novembre 2019, ma petite boutique artisanale du Labo de Cléopâtre était au marché de l’Histoire de Margny-les-Compiègne pour la seconde fois. Si vous suivez le blog, la Page Facebook ou vous connaissez la boutique sur Etsy, vous savez que c’est dans le cadre de ma reproduction artisanale de parfums et senteurs à partir des textes anciens que j’y avais mon stand dans le second bâtiment, emplacement que j’ai tendance à vouloir conserver malgré le froid.

Si vous n’y étiez pas, voici les images du stand, des produits, de la décoration et même d’une amie de Facebbok que j’y rencontrai pour la première fois avec beaucoup de plaisir. J’y ai rencontré d’autres personnes, curieux, clients, archéologues et autres artisans de la reconstitution dans une ambiance festive et magnifique où la passion de l’histoire rejoint celle du travail rigoureux pour tous les artisans de la reconstitution et autres concepteurs, acteurs du spectacle historique et visiteurs, costumés ou non.

En plus d’une sélection de produits que je propose habituellement sur ma boutique Etsy – encens, fumigations, parfums huileux, kyphis, etc – que les visiteurs peuvent sentir – contrairement à ce qui est possible sur le site ou la Page FB – j’aime aussi décorer mon stand de reproductions d’anciens balsamaires, mortiers, et quelques matières premières brutes de l’Antiquité parmi celles que les Anciens employaient dans ce qu’ils appelaient les parfums – et qui étaient parfois uniquement ces matières premières. Par ailleurs, je les veux toujours changeantes pour que ceux qui sont déjà venus lors d’une manifestation précédente découvrent l’odeur de nouveaux produits naturels. Cette session, j’ai choisi du galbanum semi-liquide et du lotus bleu, présentés dans des reproductions d’anciens flacon et coupelle.

Je remercie ma famille, de m’accompagner dans cette belle aventure, mais aussi les visiteurs, dont certains font déjà partie de la maison : mon amie Marine, Stéphanie, qui suit régulièrement mes aventures – et que je remercie de m’avoir aiguillée avec raison sur le marché de l’Histoire – Lionel, un fidèle depuis avril que j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver, et Sally, qui a fait vibrer le stand de son émotion. Tous, vous contribuez à redonner aux parfums traditionnels, la place qu’ils ont toujours eue par le passé, au coeur de la cité, des émotions et du coeur des gens.

Merci enfin à l’Association pour l’Histoire Vivante qui, depuis plus de 30 ans, permet de réunir artisans, artistes, historiens et autres passionnés dans une même volonté de donner une troisième dimension et 5 sens à une histoire – qu’on connaît surtout en image – au travers de manifestations régulières et toujours stimulantes : le site de l’Association pour l’Histoire Vivante.

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Le Labo de Cléopâtre, quant à lui, reste toujours un projet de recherches et de reconstitution de parfums antiques et traditionnels, un blog, une Page FB – ainsi qu’un petit groupe sur le même réseau social  – et bien entendu, une boutique artisanale de senteurs historiques sur Etsy : La boutique du Labo de Cléopâtre

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Enfin, parce que le marché de l’histoire est une réunion de passionnés créatifs qui aiment aussi faire leur costume eux-mêmes, je n’ai pu résister devant ce chapeau Steampunk muni de bâtons d’encens qu’un visiteur a gentiment accepté de me prêter pour lui faire prendre la pose.

Rendez-vous donc au prochain marché de l’Histoire de Compiègne, en avril si tout va bien. Merci de suivre le blog, la boutique et tout ce projet de reconstitution des parfums anciens d’une manière générale.

Cet article et photos ( obtenues avec l’aimable autorisation des personnes sur le site) sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Le labo au festival Fous d’histoire nov. 2019

 

Marché de l’Histoire, Compiègne (60)

16 – 17 novembre 2019

Vous suivez, aimez ce blog et connaissez mon artisanat, mon projet, mes recherches et ma boutique sur Etsy ? Peut-être même avez-vous déjà acheté une de mes senteurs de reconstitution ou une senteur inspirée des connaissances et des croyances des gens de
l’Antiquité.
Si vous êtes passionnés d’histoire au point de vous y perdre pendant un week-end, si vous passez par Compiègne et ses environs ou êtes tout simplement pas loin de l’Ile-de-France, le week-end du 16/17 novembre 2019, mon stand vous attendra dans le bâtiment secondaire, avec une sélection de produits artisanaux, tous conçus avec ma tête et mes mains, dans une aventure qui a commencé ici-même, par mes blogs WordPress.
Je vous y proposerai encens, parfums poudreux de recettes anciennes, parfums huileux faits uniquement à la main, sans huiles essentielles, et selon les recettes et techniques données par Dioscoride et Pline. Je vous y proposerai aussi des kyphis, bien entendu, les encens emblématiques et très sacrés de l’Egypte ancienne  qui étaient spécifiquement brûlés le soir devant les divinités. Je vous proposerai aussi des coffrets thématiques – appropriés pour des cadeaux raffinés et originaux – et des senteurs d’autres traditions dont les effets bien-être vous surprendront.

 

Mais il y aura aussi les derniers nés : les pendentifs parfums primitifs, aux senteurs brutes et sans liquide à porter comme des bijoux, les poupées de soucis aux plantes amérindiennes et le khôl parfumé d’après la recette de Dioscoride qu’on retrouve ensuite chez Pline.

Ce sera également pour moi l’occasion de vous voir, pour vous d’aborder les produits dans la réalité de leur taille, leurs couleurs, matières, et plus encore leurs odeurs, et le tout par civilisation.
Globalement, la culture antique, surtout gréco-égyptienne est la plus représentée dans ma boutique, mais vous trouverez aussi quelques senteurs indiennes, judeo-chrétiennes, et l’efficacité surprenante et les parfums de quelques plantes ancestrales vikings et amérindiennes.
Alors, je vous attends ici, avec beaucoup de plaisir, le week-end du 16 au 17 novembre 2019 :
LE TIGRE
2 RUE JEAN MERMOZ
MARGNY-LÈS-COMPIÈGNE
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Khôl parfumé de Pline

Nouveau sur la boutique, un authentique khôl d’après une recette antique que j’ai décidé de refaire. C’est une recette trouvée chez Pline l’Ancien, assez évasive dans ses étapes comme dans ses proportions et dont il m’a fallu retrouver la logique. Elle est faite sur base de noyaux de dattes, un ingrédient loin d’être rare au Maghreb, dans les recettes de khôl artisanal maison. Au Maghreb, bien souvent, les cosmétiques sont faits par les femmes, pour les femmes, d’après des recettes traditionnelles d’une grande ancienneté. Ces recettes, très locales, mêlent produits ordinaires de l’environnement et plantes à parfum brutes sans autre ajout. Et chaque région, chaque femme peut avoir sa recette, utilisant minéraux, végétaux, auxquels on peut ajouter une épice légèrement piquante pour assainir le blanc de l’oeil et le rendre ainsi plus beau.

La recette de Pline, qu’on retrouve d’abord chez Dioscoride, est 100 % végétale, loin de la galène et de l’antimoine – oxydes de plomb qu’on retrouve dans les khôl depuis les débuts de la médecine égyptienne et qu’on continue de retrouver au Maghreb, mais dont la toxicité est bien attestée par divers empoisonnements et intoxications -. Un problème qui demeure, dans un contexte de tradition et d’absence de normes sanitaires et de sécurité. Les recettes de beauté ou les remèdes médicinaux traditionnels d’Afrique peuvent en effet remonter à des millénaires, comme le démontrent les recettes encore utilisées aujourd’hui en Egypte, et qu’on trouve presque à l’identique dans les papyri égyptiens de médecine.

L’autre particularité de cette recette est d’être parfumée. Un détail qui peut n’être pas perçu par un nez moderne, notre capacité à faire des parfums ayant bien changé, et notre rapport à l’odorat également. A l’époque, pas d’huile essentielle, on parfume au nard, une sorte de valériane qui pousse dans l’Himalaya et qui est venu enrichir les matières premières constituant les parfums du monde méditerranéen à la suite de la conquête de l’Inde par Alexandre. Une senteur puissante qu’on retrouve mentionnée dans la Bible, et plus particulièrement dans une scène de la vie de Jésus, mais qui, dans ce khôl, passe plutôt inaperçue.

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Une indication temporelle pour cette recette qui ne se pratiqua donc qu’à partir de l’époque ptolémaïque, dynastie de Cléopâtre, et pourquoi pas une indication spatiale – du côté de l’Egypte, justement. L’utilisation du noyau de datte dans d’autres khôl artisanaux algériens retrouvés dans des livres contemporains de secrets de beauté d’Orient tendrait justement à lui supposer une origine nord africaine.

Sachant que cette recette n’est pas décrite de façon intégrale, j’ai décidé d’en faire un khôl potentiellement liquide. Pourquoi potentiellement ? Parce qu’au Maghreb, le khôl est utilisé sec. On l’applique dans son oeil à l’aide d’un bâtonnet et sert bien souvent à ne provoquer qu’une ombre discrète et un regard plus intense le lendemain de son application. Un emploi du khôl finalement tout en nuance..

En revanche, en Egypte antique, la présence de cuillère à fard parfois très sophistiquées dont les historiens ne savent pas toujours trop à quoi elle servait, doublée de la représentation  des yeux cerclés de noir bien marqués qui nécessitent un tracé plus précis semblent orienter vers l’utilisation assez probable d’un khôl liquide.

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Une goutte d’eau dans une pincée de fard mélangée dans un coquillage – réellement utilisé comme cuillère à fard en Grèce, comme on peut le voir au Musée archéologique d’Athènes – suffit à changer la matière du mélange. Il est possible de ré-humidifier après séchage pour retrouver la même texture et faire de nouveau un tracé précis.

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C’est donc un authentique khôl de l’Antiquité que vous pouvez retrouver dans la boutique du Labo, réalisé dans ses étapes mentionnées chez Pline et Dioscoride, dont la recette circulait déjà de façon certaine au 1 er siècle de notre ère, il y a donc 2000 ans.

Il est important de noter que cette recette et ce produit sont avant tout historiques et de collection, vous permettant de découvrir physiquement et dans ces aspects réels, un cosmétique de l’Antiquité, mais qu’il n’est lui-même pas considéré actuellement comme un cosmétique, et n’est donc pas conçu pour la peau. Il est le résultat d’une reconstitution historique et n’a donc été testé que par moi et quelques proches. Le Labo de Cléopâtre décline toute responsabilité en cas d’utilisation sur la peau.

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La laitue sauvage dans l’Antiquité

Parmi les plantes utilisées dans les produits du Labo, il y a les plantes à parfum et les plantes actives. L’une des plus intéressantes, si ce n’est la plus intéressante de toutes par son histoire, sa symbolique et son efficacité est la laitue sauvage, que je mets nécessairement dans plusieurs produits pour son importance dans l’Antiquité, aussi bien pour la civilisation égyptienne que gréco-romaine.

La laitue sauvage est une plante sédative, toute laitue étant d’ailleurs connue pour favoriser le sommeil – sachant qu’elles ont les mêmes propriétés -. Bien sûr, des laitues, il en existe plusieurs, mais ce qu’il y a de plus important est son latex, le liquide blanc qui s’en écoule et d’où lui vient son nom « laitue » issu du mot « lait ». C’est ce liquide qui lui a conféré pour les Anciens toute son importance symbolique et sacrée dans le cadre des premières religions.

Son utilisation remonte à la plus ancienne Antiquité, en Egypte où elle était associée au dieu Min, dont l’apogée du culte remonte à 3150 avant J-C, avant le règne des pharaons eux-mêmes, précise l’ouvrage Sexus Joyus de Vicky Léon. Par la suite, fusionné avec différents dieux plus tardifs et remarquables du panthéon égyptien, comme Amon ou Horus – dont on ne reconnaît la présence de Min qu’à leur représentation en érection – il ne reste plus trace de ce dieu indécent et ityphallique, caractéristique des divinités masculines de la fertilité. Un effacement qu’on peut reconnaître comme le signe d’une société qui s’enrichit, se complexifie, et gagne en puissance.

Le même phénomène exactement s’est produit avec le dieu Pan, seul dieu dont on annonça de plus, la mort. Dans ses amours ratées, des ridicules, ses tentatives de viols sur des nymphes et ses divers rôles de faire-valoir, la mythologie nous montre assez le peu de valeur qu’on lui donnait, comparé aux Olympiens. On a un peu le même sentiment avec ce dieu Min dont on ne sait pratiquement rien et qui fait pâle figure à côté des remarquables personnalités que constituent des Horus, Osiris, Anubis, Amon, qui ont marqué l’histoire de l’Egypte pharaonique en inscrivant leur silhouette caractéristique dans la pierre.

Et surtout, son sexe en érection qu’il tient dans sa main est loin de l’image royale et digne à laquelle l’imaginaire égyptien pharaonique nous a habitués. Les moeurs associées à son culte non plus, d’ailleurs, comme l’explique Vicky Léon dans l’ouvrage déjà cité :

« En tant que principale divinité de la puissance sexuelle masculine, Min portait le fléau des moissons dans une main, et son organe dressé dans l’autre. ses fêtes étaient spectaculaires, parfois même orgiaques. (…)Les personnes qui prenaient part à la fête s’amusaient dans le plus simple appareil, le clou de la fête étant une compétition où il s’agissait de monter en haut d’un mât enrubanné. Naturellement, lors de ces fêtes, on mangeait essentiellement de la laitue. Quand on les pressait ou les frottait, une substance laiteuse s’en échappait qui, pour les Egyptiens, s’apparentait à du sperme. (…)on pensait que cette laitue contenait des propriétés opiacées et aphrodisiaques (…). »

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Dans la mythologie grecque aussi, la laitue était associée à la sexualité et au sperme, mais avec des effets inverses, et donc associé à une forme de terreur, comme le démontre cette histoire racontée par Catherine Clément dans le dictionnaire amoureux des dieux et des déesses et qui met en scène Héra :

 » La laitue est un manger de cadavre qui frappe d’impuissance les mâles grecs, qui n’en consomment jamais, à l’exception des Pythagoriciens. C’est aussi un manger de femme, à condition de ne pas croquer le coeur craquant d’où sort un jus blanc, le sperme de laitue. Héra est enceinte du coeur de laitue et accouche d’Hébé, la jeunesse. »

Au I er siècle, Pline fait remarquer ses vertus sédatives et la préconise pour le sommeil. Elle est toujours actuellement un des remèdes naturels les plus célèbres contre l’insomnie, ce qui vaut à cette plante d’être vendue en herboristerie sous différentes formes et de bénéficier d’une certaine popularité qui, on peut le voir, est loin d’être neuve. C’est particulièrement vrai, semble-t-il, de son latex – le sperme des Anciens, dans une logique proche de celle des signatures de Paracelse, qui voulait qu’une plante ressemble à ce qu’elle devait guérir.

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Voilà pourquoi dans quelques produits aphrodisiaques et égyptiens du labo, vous allez retrouver cette plante, par respect des conceptions des Anciens dans :

– Le kyphi intégral

– le kyphi intégral d’exception

– Les kyphis aphrodisiaques et sédatifs

Dans ce dernier, vous pourrez le comparer à une autre plante aphrodisiaque et sédative de l’Antiquité, le lotus bleu, toujours utilisé pour ces vertus aujourd’hui.

Pour la culture gréco-romaine, en revanche, fidèle à leurs croyances, il n’y en a que dans un produit sédatif de ma création, sur la base des conceptions anciennes :

– Encens de sommeil

Une invitation à découvrir les croyances des Anciens et les expérimenter le temps d’une fumigation de simple détente, ou amoureuse, sous les auspices du malicieux mais oublié dieu Min.

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Comment sentir un parfum antique ?

Dans un monde de molécules chimiques utilisées à plus de 95 % dans la parfumerie, où les parfums peuvent se permettre d’être plus que puissants, envahissants, nous avons développé un rapport aux senteurs d’une intensité dont nous n’avons pas conscience et qui pourtant, va conditionner toute notre attente vis-à-vis de ce sens.

C’est une chose dont on ne peut se rendre compte que par comparaison, et que seule l’expérience et le recul donnent mais qui sont incontestables et qui révèlent chez le néophyte qui découvre l’univers de mon artisanat et des senteurs traditionnelles :

  • L’impression que les senteurs naturelles ne diffusent pas grand-chose
  • La difficulté à les concevoir réellement comme parfums – mais plutôt comme des curiosités
  • La difficulté à les percevoir dans un testeur installé sur le stand

A cela, bien entendu, plusieurs raisons, toutes culturelles : dans un monde de parfums et arômes chimiques qui envahissent les parfumeries, supermarchés et leurs produits – parfums, crèmes de beauté, lessives, produits d’entretien, déodorants, shampooings, arômes ajoutés de pain chaud autour des boulangeries, etc.. – le monde de senteurs provoquées pour l’industrie conditionne le cerveau à ce qu’est un parfum et à une certaine intensité qu’on se croit en droit d’en attendre, habitués à ce qu’il en soit toujours ainsi. Car dans nos sociétés, le parfum est chimique depuis la fin du XIX ème siècle, ce qui veut dire qu’aucune des générations de notre famille dont nous ayons connu les membres n’a vécu avec une autre conception du parfum.

En effet, les parfums du commerce sont tous conçus par des parfumeurs chimistes qui travaillent avec une palettes de molécules odorantes pour créer des odeurs en fonction de la demande, de la mode, du budget mis dedans, etc. Autrement dit, son objectif n’est pas seulement de vous faire chercher un parfum – bien qu’il puisse y avoir une dimension ludique très agréable dans le fait d’éprouver une émotion à partir d’une odeur – mais d’abord que celui-ci vienne vous chercher pour vous séduire. Le parfum chimique est conçu pour venir jusqu’à vous sans que vous ayez à faire d’efforts.

A l’inverse, les parfums antiques, traditionnels, et qui emploient uniquement les matières premières de la nature, délivrent leur parfum dans tout l’aléatoire de l’intensité offerte par cette Nature. Ce qui veut dire que tout  ne sentira pas avec la même force, ni même dans des conditions identiques : certains sentent à froid, d’autres à chaud, certains aromates nécessitent le froissement de leurs feuilles, certaines épices la torréfaction, etc.

Dans le parfum naturel, brut, que diffuse une matière première, le rapport est donc inversé, et c’est à nous d’aller le chercher, comme ça se passe également en cuisine. Il n’a pas été pensé, prévu, dosé pour aller jusqu’à notre perception afin de nous séduire et nous pousser à le désirer. Il est, tout simplement, et l’effort doit venir de nous.

Bien entendu, le fil conducteur et la justification de l’utilisation de ces matières premières reste la tradition, ce que les Anciens et les cultures traditionnelles ont utilisé et utilisent encore comme parfums naturels parmi les bois, résines, fleurs, épices. C’est ce qui nous guide sur la voie de ce qu’est un parfum ancien et sur la force avec laquelle il porte.

Alors, effectivement, et c’est une découverte que doivent souvent faire les acheteurs ou ceux qui découvrent sur le stand, le parfum traditionnel diffuse, mais parfois si légèrement que ce n’est pas toujours évident de le trouver d’emblée, encore plus quand on a l’habitude de vivre au milieu des parfums synthétiques qui nous entourent. Une discrétion qui a certainement dû participer de sa valeur – les humains ayant l’habitude d’en attribuer beaucoup à ce qui est rare et difficile.

Or, il ne fait pas beaucoup de doutes que dans l’histoire des parfums, la surprise de découvrir un ingrédient révéler une fragrance inattendue a dû contribuer à son charme, sa dimension magique, et ce faisant, son utilisation rituelle pour honorer les dieux et séduire les hommes. C’est flagrant avec les résines d’arbres qui ne révèlent leur parfum intense qu’à chaud et qui, à froid, savent se montrer très discrètes.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans ma boutique ?

Vous avez acheté un produit et vous vous apprêtez à l’utiliser ou à l’offrir.

Si c’est un encens, pas de problème : la chauffe révélera le parfum. En revanche, si c’est un parfum huileux, primitif ou poudreux, il va vous falloir faire un effort et aller le débusquer où il se cache, comme un précieux trésor. Car c’est à cette condition-là que vous découvrirez le parfum antique, dont le rapport à son intensité participe pleinement de son intérêt et de sa dimension historique. Ce faisant, il offre un cadeau inattendu : réinterroger notre rapport à l’odorat, à la façon qu’un ingrédient a de sentir de manière naturelle et brute, et ce faisant, réinterroger notre rapport à tout le sensible.

  • Méthode idéale pour le débusquer : 

Mettez votre nez au-dessus du produit à sentir et prenez le temps d’inspirer et expirer doucement et attentivement jusqu’à la perception. N’hésitez pas à fermer les yeux pour gagner en concentration (c’est ainsi que font les parfumeurs pour ne pas être influencés par les stimuli extérieurs et pour rester à l’écoute).

La boutique des senteurs antiques, c’est ici !

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Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !

Parfums antiques du Labo

Dans ma boutique, ce sont les parfums par la fumée qui sont le plus représentés et les plus achetés dans le monde, au point que le Labo de Cléopâtre paraît presque être une boutique d’encens et de kyphis.

Pourtant, il n’en est rien. Ce qu’il a fallu de travail artisanal pour suivre une recette de parfum huileux d’il y a 2000 ans se voit concrètement dans le résultat obtenu, qui ne s’acquiert que par l’expérience. Le parfum huileux antique est non puissant, potentiellement instable car sans conservateur, donc sensible à la lumière et réactif à la chaleur, comme s’il était vivant.

La semaine dernière, partant du constat que les bouchons de liège des petites bouteilles anciennes n’étaient pas imperméables, cela a été l’occasion pour moi de quelques refontes de conditionnements et autres changements vers plus ou moins d’authenticité ou d’aspect pratique.

Sur la formulation, pas de changement, les recettes restent celles de l’Antiquité. Par contre, sur les conditionnements, on passe d’une bouteille à la forme et au bouchon ancien comme sur cette photo…

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…à une autre à un design plus moderne mais au bouchon parfaitement hermétique.

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Autre nouveauté : cette uniformisation m’a contrainte à des choix auxquels j’avais renoncé et qui pourtant sont exactement ceux de l’Antiquité : teinter les parfums, comme on le voit dans l’image à la Une, dans le parfum mycénien reconstitué du Musée archéologique d’Athènes. Les textes anciens mentionnent effectivement ce fait : les parfums étaient généralement colorés en rouge, comme un symbole de surcroît de vie dans une couleur sanguine. Les bouteilles toutes uniformes, sans possibilité de les distinguer entre elles, m’ont donc portée naturellement vers ce choix qui conduit à plus d’authenticité, mais aussi de beauté : la coloration de certains parfums avec des colorants végétaux naturels.

– Parfum antique fenugrec

Voici donc le parfum de rose avec l’ancien flacon

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Et le même jus avec le nouveau flacon

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– Parfum antique rose

Ces changements ont également été l’occasion de mettre pour la première fois en boutique le parfum de Cléopâtre, celui que j’avais fait et pour lequel j’avais ensuite écrit le livre qui m’a par la suite fait entrer dans le monde des senteurs antiques. C’est le seul qui soit fait avec des huiles essentielles de l’industrie moderne et non par des moyens techniques anciens d’enfleurage long. Il a néanmoins été réalisé en respectant au plus près les consignes de la recette du détergent en l’adaptant pour en faire un parfum huileux. Une odeur particulière à laquelle je suis accoutumée depuis que je l’ai ressuscitée en 2015. J’ai également coloré ce parfum.

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– Parfum cosmétique de Cléopâtre

Dans la catégorie des parfums huileux, seule l’huile de kyphi n’a pas connu de changements. Produit phare de la boutique et seul parfum à ne pas avoir existé dans l’Antiquité, sa fonction de parfum d’onction des outils sacrés et personnels reste malgré tout traditionnelle, chaque utilisateur sachant ce qu’il demande à son huile de kyphi.

Huile de kyphi

– Huile de kyphi

Enfin, derniers apparus, les pendentifs parfums primitifs, qui cumulent la fonction de bijou et de micro parfum civilisationnel. Le parfum, en effet, pour les Anciens, c’était d’abord l’odeur de la matière première brute, voilà pourquoi il est beaucoup question de couronnes, dans les textes antiques, notamment l’Anthologie palatine – compilation savante d’extraits de textes anciens – mais aussi dans les dialogues philosophiques, les buveurs arrivant généralement avec l’une d’entre ces couronnes parfumées aux vertus médicinales, notamment pour dissiper l’ivresse à venir.

J’ai donc décliné des parfums primitifs en égyptien, le bleu, au labdanum et lotus : IMG_9099

– Pendentif parfum primitif égyptien

Le Perse, en rose, au galbanum et rose ancienne

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– Pendentif parfum primitif perse

Le celte, vert, 100 % chêne et mousse de chêne. Le seul vraiment local et qui fut sans doute effectivement notre premier parfum historique.

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– Pendentif parfum primitif celte

Enfin, si vous voulez un aperçu de la boutique entière, ça se passe juste ici.

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !