Le kyphi d’Edfou

Le Kyphi d’Edfou

Parmi toutes les recettes de kyphis authentiques – ou même librement adaptés, il en est un qui s’est fait le plus attendre, le plus désirer, et pour lequel j’ai le plus patienté, c’est le véritable kyphi égyptien. Dans la boutique du Labo de Cléopâtre, il y a pourtant déjà plusieurs kyphis :

Ceux qui viennent d’une recette précise qui a été suivie à la lettre :

Nous les devons tous à des médecins grecs.

Puis, il y a les kyphis plus librement adaptés parce que les textes ne nous ont laissé qu’une liste d’ingrédients et que c’est librement que j’ai choisi les proportions sur une base déjà connue – la recette de Dioscoride.

Enfin, il y a des kyphis de type plus créatifs, ceux qui concentrent la recette sur un effet que certains auteurs mentionnent qu’il avait, et ce grâce à une plante sédative – en réalité toxique et interdite, comme la jusquiame évoquée par Plutarque – mais à laquelle j’ai substitué une autre connue pour les mêmes effets et ce, dès l’Antiquité :

  • Le kyphi intégral – qui contient de laitue sauvage, une plante consacrée au dieu Min dans l’Egypte ancienne.
  • Le kyphi de lotus – qui contient du lotus, plante sacrée des anciens Egyptiens.
  • Le kyphi de lotus bleu royal, dont le sédatif est exclusivement le lotus bleu, plante sacrée des égyptiens représentant la résurrection, le soleil autant que la Haute-Egypte. Ce produit d’exception est dit royal car il contient les meilleures matières premières, de celles qu’on réservait autrefois aux rois.

Cela fait déjà une belle collection de produits de reconstitution pour tenter d’approcher ce que pouvait être cet encens sacré des anciens égyptiens avec des propositions soit 100 % fidèles, soit historiquement justifiées d’une manière ou d’une autre – par la présence attestée par les auteurs antiques soit de certains ingrédients, soit de certains effets.

Le kyphi, comme tous produit culte de toute civilisation du monde, se déclinait en plusieurs recettes selon l’endroit du monde où on voulait le confectionner, l’usage qu’on voulait en faire, etc. Celui de Damocrates se retrouve ainsi dans un ouvrage de pharmacie qui en donne une recette qui a permis de le reconstituer.

Mais de tous ces kyphis – qui nous venaient tous d’une recette primitive qui égyptienne qui s’est complexifiée – aucun n’était réellement l’Egyptien, celui d’Edfou, qu’on préparait dans le laboratoire du temple pour l’offrir aux dieux et qu’on a gravé dans la pierre..

J’ai attendu longtemps avant d’avoir le bon ingrédient pour pouvoir estimer que c’était le kyphi égyptien que je reconstituais. Car comme il a été expliqué, des kyphis, il y en a plein de recettes différentes comme c’est le cas de tas de produits très estimés dans le monde, et à moins d’être un très grand spécialiste, difficile de déterminer si quelque chose de particulier peut caractériser l’Egyptien plus qu’un autre.

Et pourtant, malgré ma pratique du kyphi historique depuis plusieurs années, je dois dire que le plus surprenant est bien celui d’Edfou. On peut bien sûr parler de l’odeur, qui bien que semblable à celle de tous les kyphis, en diffère par la présence d’ingrédients uniques et jamais observés dans les kyphis plus tardifs – comme la fleur d’acacia ou le henné.

Mais la différence la plus remarquable réside dans la présence d’une résine rare, si ce n’est unique dans sa variété, et qui pour ça est aussi chère que très difficilement accessible. Outre son odeur prononcée et caractéristique, cette résine a pour principale propriété celle d’être inflammable, contrairement aux résines présentes dans toutes les recettes de kyphis qui ont suivi.

Lors de son voyage en Egypte, j’avais demandé à une jeune femme, Mélody Simon, de me prendre des photos de la réalisation du kyphi et l’une d’entre elles m’avait assez surprise. Le kyphi était jeté directement dans le feu, chose que je trouvais vraiment étrange…Et pourtant, je fis le test de la seule chose que je pouvais conclure, et contrairement aux autres kyphis.…

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Et bien oui : le kyphi d’Edfou est inflammable. Il n’a besoin de rien d’autre pour s’enflammer et embaumer qu’une flamme de bougie – ou de lampe à huile pour être plus chronologiquement correcte. Ce qui fait de lui, contre toute attente, le premier auto-combustible connu de l’histoire des encens !

(Texte et photos : Maud Kochanski-Lullien (sauf photo d’Edfou de Mélody Simon) pour le projet de recherche le Labo de Cléopâtre, blog et boutique artisanale de reconstitution de parfums historiques et écriture d’ouvrages spécialisés.

Le 27/12 :2020

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre, sauf la photo du temple d’Edfou, propriété de Melle Mélody Simon. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leurs auteurs.

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