Parfum antique, parfum traditionnel

C’est un propos sur lequel je reviens assez souvent, que l’expérience et la pratique m’ont fait adopter : ce que nous appelons parfum antique est quelque chose de toujours vivant dans les sociétés traditionnelles, ce qui me pousse à le considérer non comme le parfum antique mais le parfum traditionnel. En effet, ce que nous considérons comme le parfum des Anciens – car il était utilisé dans l’Antiquité, et avec lequel nous nous sentons tellement en décalage temporel – est en réalité celui que nous utiliserions encore si, à partir de la fin du XIX ème siècle, la chimie n’était venue remplacer les molécules odorantes au nombre de centaines dans une matière première naturelle par d’autres molécules moins complexes qui en imitent l’odeur.

Depuis, nous nous y sommes habitués et c’est devenu une culture telle que nous sommes capables de dire qu’un parfum sent un ingrédient qui n’y est pas du tout mais qu’on nous a appris aussi à reconnaître pour tel et qui de fait, lui ressemble un peu. Pourtant, si on remonte un peu en arrière, juste au XVIII ème siècle, on trouve des livres de pharmacie contenant des recettes de parfums aux ingrédients encore naturels et qu’on peut reconnaître comme étant celles des médecins de l’Antiquité, notées dès le I er siècle. Du I er au XVIII ème siècle, on peut vraiment parler d’une belle longévité.

Certes, ça ne s’est pas passé de façon aussi idéale, et après une éclipse dans laquelle les livres antiques furent perdus au nom du christianisme triomphant, on a fini par les faire revenir d’Orient où ils s’étaient réfugiés. Entre temps, la distillation est passée par là, mais avec la fugacité d’un parfum volatil dont l’alcool s’évapore, un parfum sec ou une boule parfumée d’ambre, de storax, de civette ou d’iris tels que ça existait pour parfumer gants et pomandiers, étaient bien plus durables dans le temps même si plus légers et discrets à la première rencontre.

Le parfum traditionnel, c’est une culture; celle dont il faut se déprendre : la chimique, – qui est répandue parce que souvent bon marché mais qui n’est pas si universelle – et celle qu’il faut découvrir, la naturelle et qui fait nos parfums initiaux, originels, dont les racines sont la Terre depuis l’aube de l’humanité – sous des formes parfois si inattendues comme une racine longue au séchage ou du vomi de cachalot.

En soi, puisque cette culture est locale, puisque nous n’avons pas la même culture du parfum selon que nous sommes européens, africains, asiatiques, etc..et ce jusqu’à des raffinements très spécialisés – comme pour toute culture ancienne -, elle est malgré tout universelle. Partout, en effet, on a employé et on a eu du goût pour ce qui poussait à proximité, ou ce que l’histoire des échanges commerciaux nous avait permis de découvrir de senteurs exotiques attisant le désir, les rêves de luxe et ouvrant les voies commerciales au trafic bien organisé comme les célèbres routes de l’encens. Un goût encore sublimé par la culture poétique et religieuse, le parfum servant autant les désirs amoureux que les dévotions aux dieux.

En effet, la poésie antique, la Torah, la Bible de Jérusalem comme les descriptions de jardins au Moyen-Age foisonnent d’évocations parfumées, d’images olfactives, de métaphores odorantes et amoureuses, particulièrement dans le Cantique des cantiques mais aussi dans la mythologie grecque. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Même dans l’invention d’un parfum chimique, le plus grand critère de réussite est d’être parvenu à imiter un ingrédient naturel, qui reste la référence incontestée même si, dans la réalité de nos perceptions, nous pouvons en être bien plus déconnectés que ce que nous pensions. Une femme qui sent la vanille fait peut-être rêver, mais qu’en est-il si on nous dit qu’elle sent la vanilline ( Vanille et Vanilline de synthèse ) ?

Dans les poésies omanaises, algériennes contemporaines mais traditionnelles, on évoque toujours l’encens, la rose, les épices comme au Moyen-Age on réunissait dans un même jardin des espèces inconciliables dans la nature mais que le goût, la culture et l’imagination avaient réunies : le nard, la myrrhe, le cèdre, l’encens, la cannelle..

Les parfums dits anciens, on les retrouve encore actuellement dans les préparations traditionnelles : colliers de perles parfumées artisanales de traditions algérienne, malienne, sénégalaise, les malas et bracelets de bois de santal, ou de oudh de la tradition asiatique, les rosaires de pétales de roses compressées de la tradition catholique. On les retrouve aussi dans les encens destinés à parfumer les vêtements, un peu partout en Afrique, au Moyen-Orient, en brut, ou transformés par une culture du parfum qui ne s’est pas reniée et cumule tout son savoir – des matières premières naturelles aux derniers parfums à la mode mêlés dans des créations nouvelles – dans des thiourayes et bakhoor.

On les retrouve également au Japon, qui préfère les senteurs naturelles et les belles matières premières – bois d’agar, de santal, de cèdre du Japon – dont il fait brûler le parfum délicat dans les tissus précieux ou tout simplement en les rangeant dans des meubles de bois parfumé. Quand j’étais étudiante, j’avais une amie japonaise qui rangeait ses mouchoirs dans un petit meuble en bois de santal pour qu’ils aient ce parfum. Autrefois, ça n’avait pas grand sens pour moi. Mais aujourd’hui que je travaille les senteurs antiques et traditionnelles, non seulement je le sais, mais cette façon qu’a le bois de santal de dégager son parfum me la rappelle, elle et l’appartement qui s’était imprégné de l’odeur naturelle du bois brut.

Ces expériences vous paraissent étrangères ?

A moi aussi, avant, cela faisait ça. Maintenant, elles parlent le même langage que les diapasmas, les encens antiques, les fumigations et kyphis que je propose dans ma boutique. Et vous le voyez, ce n’est pas un bond spatio-temporel qui a été fait mais un bond culturel dans les mentalités. Ce qui me fait dire ça ? On a essayé d’imposer les parfums chimiques aux Japonais. Mais on ignore pourquoi ils n’en ont pas voulu et sont restés au bois d’agar, au cèdre, santal et à l’huile de camélia.

Enfin, on ignore pourquoi…En vérité, on le sait !

(Photo à la UneParfum sec de roses, recette grecque ancienne; poudre junko du Japon multi-usage comme les parfums secs de l’Antiquité et toujours en usage comme déodorant et pour parfumer les kimonos; gowe, souchet qui sert de base à de multiples parfums africains )

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur. !

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Le jardin des dieux en images

En tant qu’artisane des senteurs, qui reconstitue les parfums de l’Antiquité, il n’est pas facile de communiquer la façon toute symbolique et sacrée dont je vois les végétaux avec lesquels je travaille. Dans l’Antiquité comme dans toute société traditionnelle, les éléments de l’environnement qui sont vitaux et qu’on reconnait comme tels, acquièrent une dimension sacrée qui va structurer la mythologie et pénétrer profondément la culture.

Des évidences avec lesquelles notre société de surabondance et de chimie est plutôt en rupture et qu’elle peine à ré-apprendre, pour des raisons bien compréhensibles.

Dans le livre « Le jardin des dieux », de Laure de Chantal, les végétaux au cœur de la mythologie gréco-romaine vous sont racontés et remis dans une perspective historico-culturelle qui a l’avantage de faire la lumière sur cette importante.

Un travail magnifique sublimé par le travail d’illustration de Djohr Guedra, qui s’appuie sur des planches botaniques de gravures du XVIII et XIX ème siècle, renforcées. par des sur-impressions colorées et symboliques qui parviennent à unir en une seule image la forme de la plante et la culture qui lui fut associée jusqu’à la poétique. Ce qui, moi, me renvoie symboliquement au travail de reconstitution des parfums anciens.

Ici la myrrhe, dont l’histoire est associée à Aphrodite, une malédiction divine, un inceste, et son grand amour, le bel Adonis. Une histoire de transformation végétale.

Le beau Narcisse, lui aussi victime d’une malédiction divine et épris de lui-même, dont le symbole se trouve dans l’image en miroir. Le jaune de la fleur reste la couleur symbolique de la trahison. Ici encore, c’est une métamorphose dont Ovide aimait nous raconter les histoires.

La menthe, associée à Perséphone et aux Enfers, dont la symbolique est mise en valeur ici par le rouge et le noir; rouge qui agit en couleur complémentaire du vert de la plante autant qu’il rappelle le sang des morts. Mais aussi le sang d’Adonis, dont Perséphone était aussi éprise et qui devait passer la moitié de son temps aux Enfers avec elle…

Le laurier d’Apollon, Daphné transformée pour lui échapper, plante de divination, plante poison dans la majorité de ses espèces autres que le véritable, plante de la gloire, avec ses baies qu’on allait cueillir quand on avait réussi ses examens et qui nous restent dans le nom de notre premier diplôme : baccalauréat, qui veut dire baie de laurier.

Enfin, un petit dernier : l’olivier d’Athéna, ce don utile qu’elle fit à la ville et qui lui valut son patronage et son nom. Ici, les racines dans le temple font référence à l’Acropole, sur lequel temple d’Athéna et olivier sont liés depuis toujours, entremêlant leurs racines à celles de l’histoire d’Athènes..

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur. Les illustrations sont de Djohr Guedra pour le livre Le Jardin des Dieux de Laure de Chantal.

 

Le Labo au Marché de l’Histoire de Compiègne 2019

Marché de l’Histoire, Compiègne (60)

13 avril – 14 avril

 

Vous suivez, aimez ce blog et connaissez mon artisanat, mon projet, mes recherches et ma boutique sur Etsy ? Peut-être même avez-vous déjà acheté une de mes senteurs de reconstitution ou une senteur inspirée des connaissances et des croyances des gens de
l’Antiquité.
Si vous passez par Compiègne et ses environs ou êtes tout simplement pas loin de l’Ile-de-France, le week-end du 13 et 14 avril 2019, je vous attends avec une sélection de produits artisanaux, tous conçus avec ma tête et mes mains, dans une aventure qui a commencé ici-même, par mes blogs WordPress.
Je vous y proposerai encens, parfums poudreux de recettes anciennes, parfums huileux faits uniquement à la main, sans huiles essentielles, et selon les recettes et techniques données par Dioscoride et Pline. Je vous y proposerai aussi des kyphis, bien entendu, les encens emblématiques et très sacrés de l’Egypte ancienne  qui étaient spécifiquement brûlés le soir devant les divinités.

Mais il y aura aussi les derniers nés : les fumigations actives de ma composition mais d’origine traditionnelle, qui ont plus un impact sur votre bien-être, et les encens auto-combustibles 100 % naturels, sans charbon, sans huiles essentielles et salpêtre, uniquement de ma composition, mais là aussi, tous conçus par civilisation.

 

 

Ce sera également pour moi l’occasion de vous voir, pour vous d’aborder les produits dans la réalité de leur taille, leurs couleurs, matières, et plus encore leurs odeurs, et le tout par civilisation.
Globalement, la culture antique, surtout gréco-égyptienne est la plus représentée dans ma boutique, mais vous trouverez aussi quelques senteurs indiennes, judeo-chrétiennes, et l’efficacité surprenante et les parfums de quelques plantes ancestrales vikings et amérindiennes.
Alors, je vous attends ici, avec beaucoup de plaisir, le week-end du 13 au 14 avril 2019 :
LE TIGRE
2 RUE JEAN MERMOZ
MARGNY-LÈS-COMPIÈGNE
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Flacons du musée archéologique d’Athènes

Au musée archéologique d’Athènes, il n’est pas difficile de trouver des flacons de parfum de l’Antiquité, et ce pour plusieurs raisons, à  la fois pratiques et culturelles. La première, c’est que c’est un petit objet qu’on pouvait facilement glisser dans une tombe, et c’est d’ailleurs de cette manière là qu’on les a retrouvés. La seconde, c’est que c’est un objet qui contenait un liquide qui avait paru précieux à celui qui l’emportait dans la tombe et qui lui semblait mériter de l’accompagner, le dernier, c’est que le parfum était aussi utilisé dans le rituel à prodiguer au mort, ce qui va justifier sa sur-présence.

En effet, parmi les différentes raisons du commerce du parfum sur l’Agora, séduire, prendre soin de son corps et rendre les derniers hommages à un défunt se côtoient sur un pied d’égalité d’usage, le parfum accompagnant les Athéniens dans toutes les étapes profanes ou sacrées de leur vie. Une particularité qui s’arrêtera après  l’Antiquité pour ne renaître que très tardivement, à l’époque moderne – le parfum ayant perdu, avec le Christianisme, la valeur positive qu’on lui attribuait.

Au niveau de la taille, les flacons de type petit abalastre ou d’autres types sont très nombreux. Cela s’explique notamment par la technique de fabrication qui demande beaucoup de matière première pour donner quelque chose de très parfumé et donc une réduction pour parvenir à un produit vraiment odorant. C’est aussi mon expérience en atelier où je reproduis ces parfums selon les mêmes techniques.

Ils ont des couleurs, des formes, des motifs, des matériaux d’une grande variété, témoignant de techniques et de cultures différentes de la nôtre, même s’il reste possible de formuler quelques hypothèses par rapport à ce qui est connu de l’histoire des parfums et de leur usage.

Ainsi, on imagine volontiers les formes de pied, d’hommes barbus, d’africains et autres personnages masculins comme étant des flacons ayant appartenu à des hommes, ceux représentant des motifs plus délicats ou ornés de scènes de coquetterie assumées par des femmes comme ayant appartenu naturellement à des femmes ou des jeunes filles. Ceux présentant des scènes cultuelles peuvent avoir été spécialement consacrés à la toilette des morts comme l’Iliade nous raconte qu’Aphrodite oignait le corps de Patrocle d’une huile de rose pour le protéger de la dégradation que lui infligeait Hector en le traînant chaque jour derrière son char.

Après, le reste paraît bien mystérieux, tant un symbole, déconnecté de son contexte, perd de sa signification. Pourquoi ces Africains ? Ces hommes barbus ? Qui sont ces figures cornues et ces personnages assis ou debout qui peuvent très bien être mythologiques ?

Reste le miracle qui a voulu qu’un objet de plus de 2000 ans rencontre nos yeux et nous raconte une petite histoire qui demeure mystérieuse sur les parfums, mais qui en révèle quand même plus que si nous n’avions rien. Petit miracle à quoi s’ajoute la finesse et la valeur du travail qui a perduré jusqu’à nous émerveiller aujourd’hui.

Les parfums huileux et antique du Labo de Cléopâtre

Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Le parfum d’Aphrodite ?

Si sur le blog sont développés des articles qui demandent réflexions et construction, la Page Facebook du Labo de Cléopâtre – qui mêle nouveautés de la boutique, créations parfumées, images d’art ou nouvelles archéologiques – véhicule des informations plus fugaces.

C’est ainsi qu’à la suite d’une recherche sur Athènes  où je devais me rendre en octobre, j’appris par un article en ligne pour voyageurs, ici que le musée archéologique y avait ressuscité le parfum d’Aphrodite. Le parfum d’Aphrodite ? Un rêve quand on a créé Echodecythère, le domaine d’Aphrodite, une aberration quand on a créé le Labo de Cléopâtre et qu’on sait qu’il n’y eut jamais de parfum d’Aphrodite qui puisse se prétendre ressuscité. Une appellation qui doit sûrement faire rêver par son évocation mythologique, érotique et racoleuse puisqu’on la retrouve dans un autre titre à propos du même événement.

Certes, c’est une absurdité pour moi qui recréé ces parfums anciens, néanmoins, je partage l’article sur la Page FB pour les informations qu’il contient et surtout parce qu’en tant que créatrice de senteurs anciennes, habituée à refaire les parfums selon les recettes des médecins de l’Antiquité au plus près de la manière dont ils les ont transmises dans leurs écrits, si moi je ne ne fais pas, qui le fera ?

Et bien entendu, je garde en tête l’information pour mon voyage et n’ai de cesse de me renseigner sur le lieu où se trouve ce fameux musée car je ne suis jamais allée à Athènes.

Le parfum est présenté dans le cadre d’une exposition « Les aspects du Beau », qui réunit de magnifiques pièces de l’Antiquité autour de ce qu’on considérait comme la Beauté. La première à nous accueillir est l’Aphrodite pudique, en tête de cet article. Dans le fond de la pièce, dans un ballon de verre de chimiste transparent, vissé au mur et le col protégé par une grille, apparaît le fameux parfum.

Tant qu’il n’a pas révélé son secret olfactif, un parfum, au visuel, c’est tout et c’est rien. Celui-là, il est rose fuschia, presque rouge, et c’est notamment pour ça qu’il attire l’oeil. Il est aussi mis en scène grâce à un éclairage accentué et des panneaux tendus de tissu noir pour le mettre en valeur. Impossible de le manquer, donc ! Il faut dire qu’au milieu des statues et des objets anciens d’une grande beauté, sa présentation dans du matériel de laboratoire de chimie fait tache. Pourtant, ce n’est pas pour ça qu’il est rouge. Dans l’Antiquité, les parfums huileux étaient en effet teintés en rouge.

 

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Alors, qu’est-ce que ça sent ? Et comment ça sent ?

Ca sent bon, ça sent la rose, ça sent les ingrédients naturels de qualité, et ce de façon puissante. La rose – qui n’était pas un ingrédient exotique mais courant – et un autre aromate européen assez simple et délicieux – tel que coriandre, romarin, sauge, je ne sais pas trop -. Le résultat est vraiment excellent d’un point de vue qualitatif.

D’un point de vue technique et historique, pourtant, la senteur est trop puissante pour un parfum antique dont la recette entraîne une durée de réalisation malgré tout limitée dans le temps, ce qui impose nécessairement une intensité plus faible à l’odeur – problème auquel je suis confrontée en permanence à l’atelier – mais qui devait entrer aussi dans les données culturelles puisque choisies pour des raisons symboliques et magiques – ce que chacun oublie un peu trop.

L’autre problème majeur est le solvant, le « corps » du parfum, comme disait Pline. Ici, ce n’est pas de l’huile, comme c’était le cas dans l’Antiquité – et tels que je les reproduits dans mon atelier avec les aléas que ça comporte – mais de l’alcool. Un choix qui se comprend pour un produit soumis aux bactéries de millions de visiteurs curieux de cette ancienne fragrance, car la solution est en effet stérile et sans danger. Pourtant, cela a une incidence réelle au niveau de la tenue du parfum et de son intensité. Il n’est ainsi pas de choix, pas de sacrifice technique qui ne se fasse au prix de l’odeur elle-même, tout excellent qu’ait été ce parfum.

Finalement, ce parfum, qu’est-ce que c’est ?

C’est un produit fait par une grande marque grecque de cosmétiques et parfumerie, KORRES, qui s’exporte bien et qui a bonne réputation; une valeur sûre pour ceux qui veulent s’assurer que c’est fait par quelqu’un qui sait. Sauf que c’est une notion contemporaine, les parfums n’étant pas conçus par des chimistes dans l’Antiquité mais par des artisans, parfumeurs de profession ou médecins apothicaires en accès direct avec les matières premières.

La notion « parfum d’Aphrodite » des articles français est bien sûr racoleuse, la déesse, ayant bien, selon la mythologie portés des parfums dont elle est aussi la déesse, aucune recette ne peut se targuer d’avoir été décrite comme son parfum, ce qui amplifie d’ailleurs son pouvoir d’évocation comme savent le faire le Nectar et l’Ambroisie dont elle se nourrissait.

L’exposition précise : parfum de l’époque mycénienne.

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Au musée archéologique lui-même comme dans les livres d’historiens spécialisés sur les parfums de l’Antiquité, on apprend que ce qui reste de la parfumerie antique et de l’idée qu’on peut se faire d’un parfum aussi ancien que l’époque mycénienne – de 1650 à 1100 av J-C – ne consiste qu’en des listes de plantes aromatiques sans mentions de quantités, recettes, techniques, ni produits finis. Autrement dit, il ne reste pas grand-chose.

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Si on le recoupe avec les informations données par les médecins ou botanistes tels que Galien, Dioscoride ou Théophraste, le parfum présenté constitue une recette tout à fait probable – de laquelle est bien sûr exclue l’alcool comme solvant, et l’origine de cette couleur rouge, autrefois dévolue au cinabre, minéral toxique, les matières premières brutes qui ont de fortes chances d’avoir été – par commodité, et ça se comprend – des huiles essentielles. Tout l’inverse de ce que j’utilise en atelier pour recréer des parfums anciens qui ne soient pas que dans l’odeur mais dans la matière également, tout détail conservé sur le produit d’origine étant une dimension de vérité ajoutée et des informations précieuses.

 

 

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Senteurs de Noël du Labo de Cléopâtre

A l’occasion de Noël, outre les encens traditionnels de Noël dont il a été question sur le blog ici, ici, j’ai créé plusieurs coffrets de senteurs spécifiques antiques et artisanales à offrir ou s’offrir, dans un cadre et un univers particulier, proche de l’imaginaire antique.

  • A la Une, le coffret kyphi lotus d’exception comprend un photophore en forme de lotus formé de coquillages, 10 pastilles de kyphi de lotus et une fleur de lotus bleu, symbole de la Haute-Egypte dans une boîte Ankh, symbole de vie des anciens Egyptiens qu’on voyait dans la main des dieux représentés sur les fresques. La fleur de lotus, outre sa beauté, est un sédatif doux et un aphrodisiaque employés dans l’Antiquité jusque chez les Romains !

 

Coffret kyphi lotus d’exception

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  • Dans le coffret Noël celtique, L’encens des 12 corbeaux – encens purifiant de la culture celtique allemande qui s’utilise en fumigation rituelle dans le foyer du 25 décembre au 6 janvier – a été décliné en coffret accompagné d’un photophore aux symboles celtiques et d’une bougie chauffe-plat. Un best seller de ma boutique artisanale auprès des païens et pratiquants de l’Art du monde entier, qui peuvent ajouter un rituel authentique à leurs pratiques de Yule.

Coffret Noël celtique

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  • Le coffret Nuit indienne associe un encens antique et artisanal issu de la littérature indienne à une élégante petite boîte dorée siglée de Om et une lampe à ghee que vous pouvez utiliser comme telle bien qu’elle soit livrée avec une bougie chauffe-plat. De quoi se faire une ambiance des Mille et une nuits.

Coffret nuit indienne

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Coffret Noël chrétien

  • Enfin, Noël, c’est aussi et surtout la tradition chrétienne. Dans le Coffret Noël chrétien, je propose donc cette année mon encens Offrande des Rois Mages contenant le meilleur oliban d’Oman et la meilleure myrrhe de Somalie associés à de la feuille d’or, dans sa boîte dorée et nacrée, accompagné d’une bougie de dévotion à l’enfant Jésus, auxquels vient s’ajouter en plus un rouleau de charbon.

Coffret Noël chrétien

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Coffret encens individuel 2

  • Enfin, certains encens sont proposés à offrir en pochette individuelle pour les découvrir parmi les suivants : encens de Gilgamesh, encens de mariage mythologique, encens de sommeil, encens d’Aphrodite et encens de Dionysos.

Pochette encens individuel

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  • Les senteurs du Labo, ce sont aussi des parfums huileux, réalisés selon des recettes authentiques qui nous restent des auteurs de l’Antiquité – les médecins, puisque les parfumeurs ne nous ont rien laissé mais que les médecins avaient des recettes odorantes auxquelles ils donnaient des vertus médicinales.

Je vous propose donc, ce Noël, un parfum huileux de roses et un parfum de fenugrec, issus de Dioscoride, 100 % artisanaux, naturels, sans huiles essentielles et réalisés à la main par mes soins, selon les techniques de macération dans l’huile, comme on le faisait à l’époque.

Coffret parfum de rose

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Coffret parfum fenugrec

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Je vous souhaite de très bonnes fêtes de Noël et de fin d’année, accompagnés de ceux que vous aimez et vous souhaite le meilleur pour l’année prochaine. A bientôt sur les blogs ! 

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

 

J’ai croqué une olive…

Oui, ce n’est pas un titre qui paraît attirant pour un article. Des olives, on en trouve partout et facilement : c’est un condiment qui assaisonne merveilleusement nombre de plats méditerranéens et qu’on trouve vendu un peu partout dans l’industrie agro-alimentaire ou sur les marchés, où on vend les épices.

Quand je dis que j’ai croqué une olive, je parle d’un fruit que j’ai cueilli directement sur un arbre, un de ces multiples oliviers qu’on trouve dans le quartier très vert de Kifissia qui mène à la ligne de métro qui relie Kifissia au Pirée, dans les environs d’Athènes. C’est un quartier extraordinaire où les trottoirs ne sont pas accessibles aux piétons car les arbres qui les ornent y poussent librement et les défoncent. Et quels arbres ! Arbres fruitiers, orangers, oliviers, des pins et autres espèces méditerranéennes de toute beauté.

C’est en voyant une olive sur son arbre que je décidai de la cueillir pour la déguster brute, autrement que je l’avais toujours fait. Elle était noire, ce qui indique à peu de choses près qu’elle était mûre, ce qui devait assez être le cas puisqu’on était fin octobre, qui en est presque la saison – du moins, si j’ai bien compris ce que j’ai lu…J’ai donc croqué dans cette olive et j’ai goûté un fruit très gras, et désagréable d’amertume.

Amère et grasse, l’olive, telle qu’elle est réellement, j’ai découvert que nous n’en avions pas l’expérience. Et de fait, ce fut le début du constat que nous ne la connaissions pas. J’ai gardé le fruit longtemps pour le goûter et le toucher à nouveau, pour m’imprégner des sensations et informations contenues dans cette rencontre.

L’histoire mythologique d’Athènes est elle-même liée à l’olivier. L’olivier d’Athéna, qu’on trouve sur le Parthénon et dont on retrouve le symbole sur les monnaies historiques de la ville – et encore aujourd’hui sur les pièces grecques d’un euro – avec la chouette, animal symbolisant la déesse, est au coeur de l’histoire fondatrice de la cité.

Poséidon et Athéna se disputaient la cité. On leur demande, pour les départager, de faire un don comme seuls les dieux savent en faire, à la ville qu’ils convoitent; le plus beau cadeau déterminera le vainqueur. Poséidon frappa le sol et fit apparaître une source d’eau salée; Athéna offrit l’olivier. On considéra que l’olivier était plus utile qu’une source d’eau salée et elle gagna la ville dont elle porte toujours le nom : Athina.

Le rapport que nous entretenons à l’olive est donc souvent faussé. Sans exception, sa grande utilité, son miracle tient dans le fait que c’est un fruit dont la graisse s’obtient simplement, par pressage. Entre mes doigts, le fruit glissait de sa propre graisse comme ne le fait jamais aucun fruit et comme on ne le peut voir quand il sort de la saumure, dans son eau salée qui change sa texture et brouille les informations sur sa nature réelle. Bien que noix et noisettes soient également des oléagineux, aucun fruit comme l’olive ne révèle avec une telle évidence et une telle générosité, sa grande richesse en matière grasse.

D’instinct, dans l’alimentation, l’Homme cherche le sucre et le gras pour pouvoir survivre. Cette graisse, ce sucre qui nous font prendre du poids quand ils ne sont pas mobilisés pour des besoins immédiats sont généralement des ressources indirectes, qu’on trouve difficilement dans les fruits et quelques légumes racines pour les sucres, dans les viandes animales pour les graisses. Seuls l’olive et le miel, matières brutes, précieuses et très estimées à leur époque regorgent visiblement, et d’une simple pression de doigt, des matières essentielles à la vie et la survie humaine.

Toute cette matière grasse regorgeant des arbres et qu’il suffit de cueillir pour l’obtenir a dû paraître comme une manne divine et providentielle. Un don de la déesse. L’huile d’olive permettait de cuire les aliments, de les consommer, d’entretenir la peau, de la parfumer – puisque l’huile d’olive était à la base des parfums et cérats – et servait aussi à l’éclairage. Une richesse précieuse dans tous les domaines. Le vainqueur des jeux olympiques recevait une année entière de consommation d’huile d’olive, ce qui représentait une économie considérable. Au gymnase, on entretenait son corps à l’huile d’olive dont on raclait le surplus avec un strigile pour ne pas tacher les vêtements avec la graisse, dans une pratique assez semblable à celle du gommage qui a toujours lieu au hammam – avec le savon noir, plus gras que les autres savons, et les divers massages à l’huile.

Difficile de croire que toute cette culture disparut avec les conquêtes arabes avant de revenir en force avec les Croisades et la création du savon de Marseille aux alentours du XV ème siècle.

Et les olives ?

Elles aussi paraissent évidentes mais ne le sont pas. Comme sur l’arbre quand j’en ai goûté, elles ne sont pas consommables directement et nécessitent des traitements : saumure, eau de trempage à la soude, divers et nombreux bains, et désormais aussi congélation d’un mois entier. Si bien qu’on ignore à l’heure actuelle à quelle époque l’olive fut consommée comme fruit, mais il certain que ce ne fut pas une évidence.

De fait, si on prend le livre de recettes d’Apicius, cuisinier romain de l’empereur Tibère, au I er siècle après J-C, les olives font rarement partie du festin, du moins dans les recettes qui nous restent. Voici ce qu’en dit Renzo Pedrazzini dans sa Gastronomie d’Apicius; cuisiner romain aujourd’hui :

 » L’olive, fruit de conserve par excellence, se révélait être un élément essentiel de la nourriture dans les régions de culture de l’olivier, surtout chez les petites gens. Au I er siècle après J-C, les variétés cultivées dans la seule Italie sont au nombre de vingt-deux, mais l’on importait également des olives d’Afrique, plus goûteuses selon les gourmets. On conservait les olives dans le sel, le vinaigre, l’amurque, c’est-à-dire l’eau de végétation des olives au pressurage; dans le moût cuit; dans l’huile avec les plantes aromatiques telles que le fenouil. Les plus appréciées sont les olives conservées à l’eau de mer ou à la saumure. »

Attention aussi à  l’huile d’olive elle-même : trop chauffée, elle devient toxique. C’est pourquoi ce n’est pas une huile adaptée aux fritures. Il s’avère donc que l’olive, qu’elle soit en fruit ou en huile, est une manne subtile qui a tout à offrir généreusement, mais qu’il faut manipuler délicatement et avec laquelle rien n’est gagné d’avance. Un fruit passionnant !

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

 

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