Parfum de fenugrec en images

Parmi les différents parfums qu’on réalisait dans l’Antiquité, des encens, poudres, couronnes et parfums huileux, le plus fascinant est le parfum huileux. C’est en effet celui qui ressemble le plus à ceux que nous connaissons, qui sont de consistance liquide – même si aujourd’hui, le liquide en question est de l’alcool. Dans les pays musulmans, où l’alcool est interdit et où les senteurs sont assez proches de celles qu’on aimait dans l’Antiquité, il continue de se faire des parfums huileux comme le Attar indien devenu rare, mais dont la technique continue d’avoir des adeptes.

Mais ici, à l’atelier, c’est bien une recette antique, une macération huileuse de technique ancestrale européenne et aujourd’hui disparue dans la manière de fabriquer nos parfums, que j’ai reproduite cet été. Venant de Dioscoride, un médecin, elle était probabelement plus employée pour soigner que pour parfumer, les deux objectifs s’opposant dans l’Antiquité mais étant nécessairement proches dans les plantes aromatiques utilisées ainsi que dans les mêmes techniques.

Aucun des ingrédients utilisés dans ce mélange n’est plus vraiment employé dans la parfumerie aujourd’hui, ce qui donne un produit très spécial, d’une grande originalité, mais qui a la particularité d’avoir pu être reproduit intégralement car il demande peu d’ingrédients et d’étapes, contrairement à d’autres aux ingrédients plus complexes ou introuvables, aux étapes exigeantes comme des parfums huileux à base d’ingrédients frais, ou bien tout simplement le célèbre kyphi, qui demande énormément de travail.

Ici, le travail principal est celui de la macération. Après quoi, j’ai filtré.

 

Le produit fini est vendu sur ma boutique Etsy. Produit naturel et artisanal d’une technique de 2000 ans n’utilisant aucun conservateur et ayant été observé dans les ingrédients et proportions exacts, les conditions de sa conservation sont certainement aléatoires et non déterminables pour l’instant. Néanmoins, il est à protéger des rayons du soleil et de l’humidité.

Le parfum de fenugrec sur la boutique du Labo

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Publicités

Faire un parfum huileux (DIY)

Dans l’Antiquité, le parfum n’était pas à base d’alcool et la distillation n’était pas non plus inventée. Certains chercheurs ont malgré tout évoqué une méthode compliquée utilisant un textile au-dessus d’une marmite pleine de végétaux chauffés pour en extraire les huiles essentielles en guise de pré-distillation. Bien que certainement efficace puisque les odeurs se fixent effectivement bien dans les fibres, ce devait malgré tout être une technique aussi rare que coûteuse et longue.

Les parfums antiques étaient généralement faits :

  • de fleurs fraîches via les couronnes
  • de matières odorantes brûlées
  • de poudres de végétaux odorants
  • d’huiles dans lesquelles on a pratiqué l’enfleurage à chaud ou à froid

Aujourd’hui, c’est cette dernière technique que je vais vous présenter et vous permettre de reproduire – non pas avec de l’enfleurage à froid dans un premier temps parce que cela concerne des matériaux fragiles, coûteux, et des procédés salissants et contraignants – mais avec un enfleurage à chaud en utilisant des matières solides et résistantes.

Pour la recette suivante, je vous laisse le choix entre le parfum de myrrhe ou de cannelle, les deux étant appréciés dans l’Antiquité et étant tout aussi faciles à obtenir car demandant les mêmes techniques. Les seules différences seront sur l’odeur, votre investissement et vos goûts personnels, et si vous avez de la myrrhe à disposition, de la cannelle, etc. Prenez aussi en considération votre sensibilité : même si ses huiles essentielles ne sont pas très concentrées dans cette recette, la cannelle est très allergisante.

Bien que la technique soit réalisable avec de l’oliban et une autre épice que la cannelle, je ne vous les propose pas car ces parfums ne sont pas cités dans l’Antiquité dans le cadre des parfums huileux.

  • Matériel
  • Huile d’olive
  • Larmes de myrrhe ou bâtons de cannelle
  • Sel
  • Résine quelconque
  • Auto-cuiseur ou grosse casserole et panier à vapeur
  • Bol
  • Film alimentaire
  • Flacon 15 à 20 ml
  • Mini entonnoirFullSizeRender (8)
  • Marche à suivre

Dans un petit bol, placez de la résine de myrrhe ou des bâtons de cannelle de façon à recouvrir le fond. Recouvrez d’huile d’olive sans aller beaucoup plus haut que le bord des ingrédients. Rendez hermétique votre bol grâce au film alimentaire.

IMG_6280

Remplir l’auto-cuiseur d’eau, allumez-le et mettez le bol dans le panier à vapeur. Ajoutez le couvercle. Laissez les matières premières libérer leurs huiles essentielles ainsi dans le corps gras pendant plusieurs heures tout en vérifiant régulièrement la présence d’eau dans la casserole ou d’auto-cuiseur. Quand il ne reste presque plus d’eau, arrêtez le feu et laissez refroidir. Une fois l’ensemble refroidi, vous pouvez déjà retirer le film et sentir votre produit pour l’évaluer.

Vous pouvez ensuite remettre sur le feu de la même manière en rajoutant de nouvelles matières premières pour charger encore plus l’huile en parfum jusqu’à saturation. Vous pouvez améliorer ainsi votre produit pendant plusieurs jours afin d’en rendre le parfum plus fort, tout en laissant les épices ou les résines dans l’huile entre les phases de chauffe.

Une fois satisfait du résultat, il ne vous reste plus qu’à retirer les résines ou les épices en les pressant un peu pour récupérer toute l’huile, puis verser le parfum huileux dans le flacon, à travers un mini entonnoir. Ajouter une résine au fond du flacon pour la conservation du parfum, une pincée de sel pour la conservation de l’huile et gardez votre produit à l’abri de la lumière. IMG_5982

Ajoutez une étiquette avec la date. Votre parfum huileux est un produit qui va évoluer, notamment en senteur, contrairement aux parfums du commerce. N’hésitez pas à le porter, à le tester, à vous émerveiller de son évolution : vous serez surpris du voyage !

NB : Cette technique vaut pour quelques résines et quelques épices mais ne vaut pas pour d’autres ou pour d’autres végétaux vivants comme les fleurs qui ne supportent pas la chauffe, qui sont muettes de parfum ou qui modifient leur parfum en chauffant.

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.