Parfumer ses vêtements : shopping

Pas tous aptes à porter des parfums chimiques auxquels on peut être devenu intolérant pour différentes raisons – de santé notamment ou d’idéologie – nous ne sommes pas non plus condamnés à parfumer nos vêtements au sachet de lavande ou à  l’anti mites. Voici quelques méthodes naturelles pour parfumer ses vêtements aux senteurs parfois ancestrales dont la pratique – et souvent les parfums aussi – remonte quelquefois à l’Antiquité. Dans tous les cas, il faut bien sûr exposer le vêtement – ou tout le placard quand c’est possible – à la senteur choisie.

  • Les poudres à brûler

On en fait un cône dont on allume le bout avant de le recouvrir et laisser échapper la fumée par les trous dans une lampe Merlin (ou lutin, pour certains). Sur sens-nature, la lampe Merlin, le santal, le cade et le cèdre sont proposés pour des senteurs antiques. Pour une senteur plus moderne, ils proposent également l’eucalyptus.

  • Les résines

Elles se brûlent sur charbon ardent, dans un encensoir protégé comme on le fait encore dans les pays du Golfe. Voici ma boutique préférée parce qu’elle offre un choix large et raffiné qui va des encens de l’Antiquité (mastic, oliban, myrrhe) à d’autres résines odorantes utilisées plus tardivement (copal, benjoin, dammar, etc.). Certaines sont très fortes et donc préférables à froid, glissées tout simplement dans une armoire en pot ouvert ou en sachet pour parfumer le linge : storax, benjoin, labdanum.

  • Les bâtons d’encens

Si les cônes peuvent être protégés par des encensoirs ou des lampes Merlin, les bâtons, enflammés à leur sommet et brûlant à l’air libre doivent être surveillés. Les encens indiens sont les plus faciles à trouver et les moins chers mais ils n’ont pas toujours bonne réputation, d’autant plus que la senteur préférée, le Nag champa, se trouve beaucoup plus souvent contrefaite qu’authentique. Beaucoup d’encens japonais sont à découvrir sur Encens compagnie. Certains coûtent très cher par l’expérience raffinée qu’ils proposent mais différents prix existent.

  • Les vrais parfums antiques

Dans ma boutique, je propose des mélanges dont les recettes datent réellement de l’Antiquité. Comme tous les autres encens, il est bien sûr possible d’en parfumer ses vêtements si on le désire. Mais le plus étrange est que les Anciens avaient conçu un mélange réellement destiné à parfumer les robes. Mais était-il destiné à être brûlé ou à rester dans une malle pour imprégner les tissus ? C’est ce que le texte ne précise malheureusement pas.

  • Les parfums arabes 

Chez Oudh and musk, site français malgré les apparences, on peut découvrir la vraie tradition des parfums arabes, notamment des encens comme le bakhoor et le thiouraye, à la base originaire du Sénégal. Certains sont naturels, d’autres non, mais dans tous les cas, c’est une merveilleuse tradition parfumée à découvrir. Comme senteur naturelle et antique, le site propose une collection de oud, bois parfumé par un champignon qui l’a colonisé et dont l’odeur, très appréciée au Moyen-Orient, plaisait aussi dans l’Antiquité. On peut y découvrir également une multitude de parfums huileux typiques dont la culture, si elle nous est inconnue, est proche de celle des Anciens. Bref, c’est un voyage des plus fascinants, mais attention si vous êtes sensible aux odeurs, celles-là sont les plus puissantes

  • Les bois

Au Japon, les meubles parfument souvent les tissus grâce aux bois odorants dont ils sont faits. D’ailleurs, si vous connaissez des Japonais, vous avez certainement senti chez eux une entêtante odeur de santal ou de cèdre. Chez Muji, le cèdre parfumé se décline en bâtonnets à glisser dans votre armoire ou en cintres qui embaument votre linge en même temps qu’il permet de le ranger.

Autre anecdote japonaise et parfumée : peut-être pour ceux qui n’avaient pas de baignoire traditionnelle en acacia, j’ai trouvé il y a longtemps dans une boutique japonaise de Paris des boules en bois d’acacia destinées à parfumer très délicatement et naturellement l’eau du bain.

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Enfin, si vous tenez vraiment à l’odeur de la lavande, Lush l’a aussi déclinée en encens à brûler dans un parfum qui a toute une histoire et qui résume assez bien le rôle des fragrances dans les sociétés humaines.

Bonne découverte !

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

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Une senteur ancienne et sacrée : le cèdre

Le cèdre est un conifère dont le bois odorant est utilisé depuis l’Antiquité dans la construction comme dans la parfumerie – servant aujourd’hui principalement aux parfums masculins, ainsi que d’autres bois odorants auxquels on associe la virilité. Les mentions les plus célèbres et les plus anciennes proviennent de l’Ancien Testament, où le cèdre est le bois choisi pour recouvrir presque entièrement la Maison de Yahvé – le premier Temple de Jérusalem – construite par Salomon.

Au chapitre 6 du Livre des Rois, qui traite de la construction de la Maison, il est ainsi précisé :

  • « Salomon bâtit la Maison et l’acheva. Il revêtit les murs de la Maison, à l’intérieur de planches de cèdre, depuis le sol de la Maison jusqu’aux poutres du plafond (…) »
  • « Il revêtit les 20 coudées à partir du fond de  la Maison, avec des planches de cèdre depuis le sol jusqu’aux poutres, et il en fit l’intérieur du Débir, le Saint des Saints. »
  • « Le cèdre de la Maison, à l’intérieur, était sculpté en coloquintes et en guirlandes de fleurs; tout était en cèdre, pas une pierre n’apparaissait (…)
  • il fit un autel le cèdre et le recouvrit d’or. »

La description de la Maison mentionne l’association des bois odorants – au premier rang duquel le cèdre, même s’il n’est pas le seul – et de l’or. Dans ce lieu, l’ambiance n’était pas que visuelle, elle était aussi olfactive; ça paraît un détail, mais c’était primordial dans l’Antiquité où  les parfums avaient une si grande importance et un grand rôle à jouer dans le sacré à l’Amour. Le Cantique des cantiques le mentionne d’ailleurs souvent parmi les autres parfums de l’époque.

Mais les Hébreux n’étaient pas les seuls à utiliser le cèdre, et Hérodote évoque justement dans son Histoire, le cosmétique des femmes Scythes qui mêlait bois de cèdre et d’acacia et qui, après avoir été appliqué sur la peau, séché et rincé, rendait la peau douce, claire, et délicieusement parfumée.

Cet usage du cèdre à la fois comme bois de construction et de senteur touche diverses cultures méditerranéennes et moyen-orientales depuis des millénaires, mais plus près de nous, dans la culture japonaise réputée ultra-moderne qui nous inspire plutôt des images de villes tentaculaires et de robots, c’est toujours la conception antique du parfum qui est appréciée et cultivée. En témoignent ces encens délicats, légèrement aromatiques et boisés, aux senteurs naturelles et un peu exotiques qu’ils ont créés.

De fait, au Japon, la parfumerie occidentale séduit peu, les Japonais ayant plus l’habitude de parfumer leurs vêtements aux bois naturels et leurs cheveux aux huiles sentant les fleurs. Dans cette île à la spiritualité à la fois animiste et bouddhiste, la nature est vénérée jusque dans les objets du quotidien, qu’on préfère bruts, non peints, non polis, dont on admire la rusticité. Dans la philosophie du zen, qui imprègne toute la culture japonaise, la simplicité et la beauté naturelle sont recherchées car elles facilitent le calme, la contemplation et préparent au détachement. C’est une philosophie complexe poussant les Japonais à la recherche la beauté des choses naturelles et simples – wabi – et lorsque ce sentiment est associé à la rusticité primitive, on atteint le sabi.

Dans le livre Zen tout simplement, David Scott explique un autre aspect de la préférence des Japonais pour le bois parmi les autres matériaux naturels qu’ils utilisent préférablement dans leurs objets quotidiens :

« Le bois est aussi préféré pour l’attirance qu’il exerce sur l’odorat et le toucher, ainsi que pour la satisfaction visuelle qu’il procure. Les commodes doublées de cèdre ou de bois de santal imprègnent les vêtements d’une délicate fragrance et éloignent les insectes, alors que l’arôme de pin montant d’une baignoire remplie d’eau chaude évoque les pinèdes. »

Le premier parfum que Serge Lutens avait créé pour Shiseido, Féminité du bois, sentait d’ailleurs le cèdre dont on retrouve l’odeur dans les intérieurs japonais qui, contre toute attente, entre fragrances naturelles de cèdre, de santal ou d’acacia, nous donneraient une petite idée de ce que sentaient endroits prestigieux et peaux parfumées du monde antique.

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Cet article, cette recette et ces photos – sauf photo à la Une  qui vient de http://arbres-remarquables.univ-lille1.fr– sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

 

Parfumer ses vêtements comme dans l’Antiquité (DIY)

Nos parfums sous forme de sprays alcoolisés qu’on pulvérise sur la peau mais plus idéalement sur un textile – dont les fibres retiennent plus facilement la fragrance – ne sont pas les seuls moyens de sentir bon. D’usage très contemporain, ils ne sont non seulement pas majoritaires mais sont en plus d’un usage très récent qui n’a rien de traditionnel.

Au Moyen-Orient où l’alcool est interdit dans les parfums, il n’est évidemment pas non plus possible de vaporiser un parfum huileux qui, s’il est délicieux, ne manquera pas de tacher un vêtement d’une grosse trace de gras qui évoque plus quelqu’un qui a mangé malproprement plutôt qu’une personne coquette qui voulait sentir bon.

Là-bas, comme dans l’Antiquité, on continue de parfumer son intérieur et ses vêtements aux encens, résines naturelles d’oliban, de myrrhe ou mélanges de résines, bois, fleurs, appelés bakhoor dont il existe une grande variété. Le textile, placé sur un tréteau en forme de pyramide – appelé mabkhara à Oman – est parfumé par l’encens sortant de l’encensoir placé en dessous, comme sur la photo.

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Cette façon de parfumer les vêtements est très séduisante pour ceux qui, comme moi, font une intolérance aux fragrances trop puissantes mais aussi pour ceux et celles qui aimeraient tenter les parfums naturels ou les manières de se parfumer traditionnelles – comme c’est aussi le cas en Afrique – et que nous pratiquions également dans l’Antiquité.

Dans nos sociétés modernes, c’est plutôt dans une penderie que nous pouvons parfumer nos vêtements au moyen d’un encensoir assez fermé pour ne pas mettre le vêtement en contact avec le charbon – ni même avec l’encensoir -. On peut ainsi faire brûler comme dans les pays arabes, résines d’oliban ou de myrrhe, selon ce qu’on préfère.

Si on veut découvrir un parfum spécifiquement antique, on peut brûler du labdanum – qui était le parfum préféré des Crétoises – mais aussi du patchouli – qui était connu à l’époque – du cyprès, si on l’aime, du cèdre et du génévrier. Vous pouvez aussi découvrir le parfum de robes de Dioscoride dont j’ai reconstitué la recette et que je vous propose sur Etsy. Pour tous ces parfums, il vous faudra généralement un charbon ardent et un encensoir.

Mais c’est avec la poudre de cade, genévrier sauvage typiquement méditerranéen toujours utilisé comme encens naturel et à l’odeur très agréable qu’on peut parfumer ses vêtements de façon traditionnelle et délicieuse sans charbon et au moyen d’une lampe Merlin – ainsi appelée car elle ressemble à un chapeau de Merlin.

Parfumer ses vêtements au cade

  • Matériel
  • Lampe Merlin
  • Poudre de cade
  • Briquet
  • Marche à suivre

Remplir le réservoir de poudre de cade en formant un cône identique à celui formé par le couvercle de la lampe. cone-de-cade

Enflammer le sommet avec un briquet et attendre qu’il s’éteigne pour remettre le couvercle à trous d’où s’échappera la fumée. Le feu va consumer doucement toute la poudre, répandant le parfum de cade.

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  • Utilisation

Placer votre lampe Merlin en bas de votre penderie pour que la fumée remonte et imprègne toute votre penderie. Fermez  la porte pour confiner l’endroit où vont se libérer les huiles essentielles qui imprégneront les textiles de votre placard, les parfumant naturellement et éloignant du même coup quelques nuisibles qui auraient bien aimé s’y installer.

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Cet article, cette recette et ces photos – sauf celle du mabkhara trouvé sur ce site – sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

 

La boutique du Labo de Cléopâtre

Ceux qui me suivent depuis quelques temps connaissent mon parcours de mon premier blog, Echodecythere, consacré à la beauté à mon second, le Labo de Cléopâtre, consacré aux cosmétiques antiques, et notamment ceux de Cléopâtre.

Maintenant, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique sur Etsy en lien avec toutes mes recherches et les sujets évoqués sur mes blogs.

Alors, devinez ce que je vends dans ma boutique ?

 

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Nettoyant de Cléopâtre

 

  • Oui, je vends une version du Détergent de Cléopâtre, le parfum de la dernière reine d’Egypte d’après le Kosmètikon.
  • Non, on ne peut pas être sûr que c’était de façon certaine le parfum de Cléopâtre, et même, c’est certain que ce n’était pas exactement lui puisqu’on ne peut le reproduire fidèlement aujourd’hui. Mais plus de 6 ingrédients sur 10 utilisés dans la recette originale y sont présents dans des proportions et selon des modalités qui étaient exigées – du moins quand c’était possible. En bref, c’est un produit qui doit ressembler au niveau de sa texture et de son odeur au produit de beauté de Cléopâtre.

Mais on n’ouvre pas une boutique avec un seul produit…

Ce que je vous propose dans ma boutique, ce sont des senteurs de l’Antiquité, c’est-à-dire plusieurs authentiques parfums historiques dont aucun n’a été inventé. Chacun, en effet, est né soit d’une recette historique précise, soit d’une description ou d’un texte littéraire évoquant des parfums. Parfois, certains ingrédients n’existent plus, ne sont plus disponibles ou ne peuvent être utilisés en l’état. Dans ce cas, il a pu m’arriver de remplacer un ingrédient avec un autre qui lui était proche.

Que trouve-t-on concrètement dans ma boutique ?

  • Des mélanges d’encens correspondant à de vraies senteurs de l’Antiquité, comme l’encens d’Aphrodite.

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  • Des kyphis, autres mélanges d’encens d’origine égyptienne mais que tout le monde antique avait adopté et adapté.
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Kyphi sur la boutique du Labo de Cléopâtre
  • Des mélanges de plantes ou de résines plus ou moins en poudre qui servaient de parfums secs, qu’on appelait diapasmas et qui servent aujourd’hui à parfumer l’atmosphère d’un lieu, un petit espace, etc.

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  • Des pastilles d’encens issues de ma création mais dont on sait qu’elles existaient dans l’Antiquité aussi
  • Parfois des parfums huileux faits artisanalement.
  • Des brûle-encens artisanaux sans charbon pour ceux qui, comme moi, ne le supportent pas.
  • Attention : Chacun des parfums du Labo de Cléopâtre est un produit de senteur mais non un cosmétique. Ils ne sont pas destinés à entrer en contact avec la peau.
  • Les matières premières sont les résines odorantes, quelques écorces, feuilles, racines, épices qu’on employait dans les parfums antiques et qu’on utilise toujours dans les parfums orientaux. Par contre, inutile d’y chercher un produit chimique moderne, une plante découverte sur le sol américain ou utilisée seulement à partir du Moyen-Age, car vous n’en trouverez pas.
  • Mes produits ne contiennent pas non plus d’ajouts d’huiles essentielles ( sauf cas précisés pour les créations) pour renforcer l’odeur; le parfum est conforme à ce qui était possible et ce qui se faisait dans l’Antiquité. La tradition n’est d’ailleurs pas perdue puisque nous la connaissons depuis toujours à travers le simple sachet de lavande. L’Orient par contre, la connaît au travers des coussins remplis d’herbes et de fleurs séchées qu’on met un peu partout dans les chambres et les vêtements pour les parfumer.

Ce sont toutes ces traditions que je veux faire redécouvrir dans ma boutique en même temps que les senteurs qu’aimaient les Anciens. Ce sont des parfums à la fois simples et historiques que les gens goûtaient à travers les encens et donc la fumée – « per fume »- lors des rituels, fêtes ou commémorations, ou dans la vie quotidienne où les diapasmas étaient polyvalents et servaient autant de parfum que de cosmétique aux usages aussi complexes que ceux d’aujourd’hui.

Alors si les parfums et les cosmétiques antiques vous passionnent, venez visiter ma boutique où vous attendent ces parfums historiques dont la collection s’enrichira bientôt d’autres senteurs authentiques ressuscitées de l’Antiquité. Vous pourrez ainsi découvrir ce qu’on sentait et aimait sentir à l’époque où on vénérait Aphrodite et où la séduction de Cléopâtre faisait plus trembler que rêver les belles Romaines. Quoique…

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Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Tous les parfums de l’Arabie…

Depuis les années 70, l’Arabie évoque le pétrole, les états à la puissance économique fulgurante grâce à l’or noir. Mais traditionnellement, depuis l’Antiquité, l’Arabie est la zone géographique mythique des parfums. Et ce n’est pas sans raison puisque la plupart des plantes à parfum y poussaient ou bien y faisaient l’objet d’un commerce très prisé passant par son territoire, ce qui contribua à créer une des toutes premières routes commerciales de l’histoire : la route de l’encens.

De fait, dans le monde méditerranéen, la majorité des plantes à parfum étaient exotiques, rares et donc luxueuses. Il existait pourtant bien des aromates européens tels que l’iris, l’origan, le laurier ou même la rose; mais rien n’était apprécié comme les gommes-résines d’encens, de myrrhe, de baume, de labdanum et les racines et écorces exotiques comme le nard, la cardamome, etc.

Pour gonfler les prix, les marchands racontaient des histoires fabuleuses sur la provenance et la récolte de ces aromates d’exception. Ces fables ont été rapportées par les historiens de l’époque :

« Il est vrai que même les constituants du sol répandent des vapeurs naturelles semblables à d’agréables parfums qu’on brûle. Aussi en certains endroits de l’Arabie, quand on creuse le sol, trouve-t-on des veines odoriférantes dont l’exploitation donne naissance à des carrières de dimension colossale; on en extrait des matériaux pour construire des maisons… »

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique. II, 49.

« Du côté du Midi, la dernière des terres habitées est l’Arabie; c’est le seul pays du monde qui produise l’encens, la myrrhe, la cannelle, le cinnamome et le labdanum. Tout cela, sauf la myrrhe, n’est pas conquis sans peine par les Arabes (…) car les arbres qui portent cet encens sont gardés par des serpents ailés, de petite taille, de couleurs diverses, qui se tiennent en grand nombre autour de chaque arbre, ceux-là même qui attaquent l’Egypte (..) »

Hérodote, Histoire III. 107

D’après Hérodote, le phénix lui-même, animal mythique qui renaît de ses cendres et qui est un symbole bien connu, doit lui-même sa force d’immortalité à sa consommation et sa vie d’une grande pureté puisque faites exclusivement de parfums.

Ces récits merveilleux, bien connus dans l’Europe cultivée d’autrefois, font dire à Lady Macbeth, pour exprimer l’immensité insurmontable de son crime dans la pièce de Shakespeare : « Reste toujours l’odeur de sang : tous les parfums de l’Arabie n’adouciraient pas cette petite main. »

Tout cela, ce ne sont que de vieilles légendes.

Et pourtant, lorsque vous suivez la route des parfums antiques, vous croisez toujours le chemin des pays arabes, des arbres à encens poussant au Yémen et surtout au Sultanat d’Oman, petit état qui possède les meilleures résines du monde.

A Muscat, la capitale, l’encensoir géant est le symbole de la ville comme du pays, reflétant la culture des habitants qui possèdent tous un encensoir servant à parfumer vêtements et pièces à vivre au point d’imprégner chacun d’entre eux et parfumer ainsi, sans qu’ils ne s’en rendent plus compte, tout l’espace où ils se déplacent. Une réalité qui rappelle les propos de Théophraste, dont les paroles ne paraissent plus aussi imagées qu’on aurait pu le croire :

« En Arabie cependant la brise qui souffle de la terre est, paraît-il, chargée de parfums. »

Théophraste, Recherches sur les plantes. IX, 7.

De fait, si l’Europe a perdu son goût pour les parfums en devenant chrétienne, l’Arabie, terre de parfums, n’a rien perdu de cette tradition en devenant musulmane puisque se parfumer fait partie des préceptes religieux, contribuant à en valider la pratique, la sacraliser et la faire perdurer.

Dans les pays arabes, en effet, la consommation de parfums est près de trois fois plus élevée que la nôtre, comme c’était le cas pour nous dans l’Antiquité, et touche de la même manière hommes et femmes. Les autres liens de la culture arabe avec le goût européen pour les parfums dans l’Antiquité sont nombreux :

  • Les matières premières, nobles, sont identiques : de l’oudh, de la rose, des gommes-résines odorantes qui font d’ailleurs toujours la base des parfums orientaux les plus estimés.
  • La base est composée d’huile et non d’alcool – l’alcool étant interdit en Islam.
  • Les manières variées de parfumer, qui vont de l’aspersion à la fumigation, pratique très courante pour parfumer via les bakhoor – encens parfumé très délicat.
  • Le lien entre le parfum et l’acte sacré, festif ou d’hospitalité.
  • Le goût pour les senteurs naturelles puissantes peu nombreuses mais de grande qualité.
  • Les mélanges : les Emiratis mélangent volontiers les parfums entre eux pour créer une senteur unique. C’était aussi le cas dans l’Antiquité où on obtenait des notes d’intensité variable en mélangeant les quelques parfums existants.
  • Le goût pour les parfums transcende les genres en dépassant les notions de parfums masculins ou féminins, faisant par exemple qu’hommes et femmes peuvent porter de la rose. Dans l’Antiquité aussi, les notions de parfums pour hommes ou pour femmes ne sont jamais évoquées.

Enfin, et c’est certainement une chose peu connue, mais de l’aveu même des créateurs, c’est l’influence des pays arabes et leur grande passion pour les parfums qui a permis à cette industrie de se renouveler de façon à la fois créative et qualitative.

Un peu plus sur le parfum dans la culture arabe : ici.

( Photo à la Une : encensoir géant de Muscat, capitale du Sultanat d’Oman. Posté par Lars Plougmann sur Flickr ici. )

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Etuis à khôl de l’Antiquité

Au département Antiquités égyptiennes du musée du Louvre se trouvent de petites vitrines très intéressantes quand on s’intéresse aux cosmétiques antiques, ce sont celles consacrées à l’hygiène et à la beauté.

On y trouve divers objets servant à la mise en beauté comme des bijoux, miroirs, pinces à épiler, rasoirs, etc…Il y a aussi les cuillères à fard, diverses boîtes et vases, parfois encore scellés, mais dont l’utilisation n’est pas très claire.

Et puis, il y a les étuis à khôl en divers matériaux : os, ivoire, ébène, or, faïence, verre qui, comme les autres objets, ont parfois près de 4000 ans, offrant une diversité et une originalité de design à peu près identique à celles que nous déployons aujourd’hui pour les parfums.

Enfin, parfois, avec le glamour en moins. Car si les étuis à khôl en forme de palmier ou de colonne nous inspirent,

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les formes de monstres laids et ventrus nous font mesurer l’écart culturel qui existe entre nos pratiques de maquillage et celles des Egyptiens de l’Antiquité.

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On trouve également des boîtes ayant contenu plusieurs fards avec le nom de ceux-ci pour ne pas les confondre et le bâtonnet inséré pour les appliquer.

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Impressionnant, non ?

Oui, mais…

Quand on s’intéresse çà tout cela, on trouve qu’il manque plein de choses.

Le geste, l’usage ? Le musée ne peut les offrir et c’est normal.

En revanche, on ne voit pas à quoi ressemblent les pointes de ces bâtonnets, puisqu’elles sont insérées à leur place. Etait-ce un étui neuf ou a-t-il été utilisé ?

Une autre chose importante à laquelle nous ne pensons pas assez, c’est l’odeur. Un objet en bois, ça sent. Les matières organiques dont il est composé ou qu’il a côtoyées, le produit qu’il contient ou contenait, tout cela possède une odeur. Toutes ces senteurs nous donnent une foule d’informations en même temps que des sensations, des dimensions très importantes pour toutes celles qui aiment les cosmétiques et la beauté autant que pour les seuls historiens et conservateurs…Mais derrière une vitrine, cela ne sent rien pour le visiteur…

Enfin, dernier point et non des moindres : dans ces étuis à khôl, il reste du produit.

Un produit qui demeure caché, sur lequel – en tous cas la dernière fois que j’y suis allée – on ne propose aucune photographie, dont on ne connaît ni la couleur ni la texture, mais dont il y a plus de 5 ans, les chercheurs ont fait l’analyse chimique ici en employant tout un tas de machines compliquées.

Honnêtement, chers conservateurs, vous avez fait subir une impressionnante batterie d’analyses pour déterminer la composition exacte du khôl contenu dans ces boîtes conservées au musée – et à moins que ça n’ait déjà été fait entre temps – ce serait possible d’afficher juste une petite photo du contenu de ces boîtes pour les visiteurs ?

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Un cosmétique antique : l’huile de ricin (DIY)

Sur internet, les sites consacrés à l’huile de ricin pour les cheveux sont nombreux, preuve du succès de ce végétal pourtant toxique. Il concentre en effet le maximum de son poison dans ses graines, qui sont dangereuses aussi bien en ingestion qu’en inhalation, mais son huile, reconnue pour ses bienfaits pour la peau, se contente d’être laxative quand elle est ingérée.

Son utilisation la plus connue est sous forme de cure pour faire pousser les cheveux. Lors de cette cure, on enduit sur ses cheveux un mélange de 50% d’huile de ricin avec 50% d’une autre huile selon son type de cheveux (olive quand il est gras, noix de coco quand il est sec, par exemple). Car l’huile de ricin est si visqueuse que si on l’applique seule sur le cuir chevelu, on ne parvient pas à l’étaler et il est alors impossible de traiter la chevelure. Mélangée à une autre huile végétale, on peut profiter de ses bienfaits sur l’ensemble des cheveux.

Mais au fait, quels bienfaits possède cette huile de ricin ?

Sur les sites, on nous explique que l’huile de ricin a le pouvoir de faire pousser les cheveux, les cils, et d’hydrater la peau. Ce qu’on ne dit pas, c’est que ces vertus sont déjà mentionnées dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Dans son ouvrage, l’huile de ricin se nomme l’huile de cici :

« [L’huile de cici] améliore le teint de la peau et, par sa nature fertilisante, elle fait pousser les cheveux. »

Pline l’Ancien, Histoire naturelle. Livre XXIII. XLI.

Comme dans tout son ouvrage, Pline affirme, collectant le savoir collectif, mais n’explique pas, certainement parce que ses lecteurs risquaient déjà d’être au courant. Mais d’une manière générale, le style des Anciens est concis et les recettes sont bien imprécises, loin des longues explications d’aujourd’hui qui permettent un emploi correct des produits.

Quand vous découvrez cette information dans son livre, si vous devinez ce qu’il faut faire pour appliquer l’huile sur la peau, en revanche, pour les cheveux, pas de précision : ça fait pousser les cheveux, c’est tout ce qu’on saura.

Heureusement, d’autres ont conservé cette pratique antique de l’application de l’huile de ricin sur les cheveux pour les faire pousser et l’ont expliquée sur des sites et dans des livres, nous enseignant cette pratique plusieurs fois millénaires – comme le texte de Pline nous le prouve – et nous permettant de faire notre propre cure d’huile de ricin. Contre toute attente, c’est le livre de Pline qui m’a fait découvrir l’huile de ricin, et ce sont les blogs qui m’ont permis de tester l’efficacité et le plaisir qu’offre ce cosmétique millénaire.

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  • Ma cure d’huile de ricin

(Etant blonde, ayant les cheveux gras et étudiant les cosmétiques de l’Antiquité, j’ai choisi l’huile d’olive, mais rien n’empêche de préférer l’huile de coco quand on a les cheveux secs.)

  • Matériel
  • Huile de ricin
  • Huile d’olive
  • Bol
  • Cuillère à soupe
  • Peigne

Dans un bol, mélangez, selon la taille de vos cheveux, 1 à 2 cuillerées à soupe d’huile de ricin à 1 à 2 cuillerée à soupe d’huile d’olive ( vous devez obtenir un rapport de 50% de chaque huile). Appliquez aux doigts à partir du crâne et massez pour bien répartir sur l’ensemble des cheveux et bien irriguer les racines. Ceci fait, peignez vos cheveux et si vous les avez longs, ramenez-les en chignon pour ne pas tacher les vêtements.

Parallèlement, appliquez l’huile de ricin pure sur le visage et le cou et massez-les pour bénéficier de son pouvoir très hydratant. Contre toute attente, sa texture visqueuse en fait la plus confortable des huiles qui m’ait été donné d’utiliser. Enfin, enduisez-vous les mains et les ongles – desquels vous avez bien entendu retiré toute trace de vernis et massez-les pour les renforcer en vous apportant un maximum de confort.

Laissez poser de deux heures à une nuit selon votre confort puis faites un solide shampooing pour retirer l’huile. Sur la peau, votre activité quotidienne aura normalement suffi à retirer l’excédent d’huile, mais nettoyez-vous quand même.

Ce traitement se fait en cure tous les 6 à 7 jours au moins pendant 3 à 4 semaines, en faisant des pauses de plusieurs mois entre elles pour ne pas habituer le cuir chevelu à un excès d’hydratation qui ne serait plus efficace.

Si la première fois qu’on le fait, l’huile part bien au shampooing, les autres fois, elle est beaucoup plus résistante et il faut alors en faire plusieurs ou utiliser un détergent moins dilué – comme un shampooing solide – et faire un nettoyage plus poussé.

Après deux semaines de traitement, les cheveux sont effectivement magnifiques, la peau est nourrie, belle, et les ongles renforcés.

Voici d’authentiques secrets de beauté connus depuis un minimum de 2000 ans, qui se perpétuent et sur lesquels vous pouvez apprendre plus, par exemple ici.

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.