Etuis à khôl de l’Antiquité

Au département Antiquités égyptiennes du musée du Louvre se trouvent de petites vitrines très intéressantes quand on s’intéresse aux cosmétiques antiques, ce sont celles consacrées à l’hygiène et à la beauté.

On y trouve divers objets servant à la mise en beauté comme des bijoux, miroirs, pinces à épiler, rasoirs, etc…Il y a aussi les cuillères à fard, diverses boîtes et vases, parfois encore scellés, mais dont l’utilisation n’est pas très claire.

Et puis, il y a les étuis à khôl en divers matériaux : os, ivoire, ébène, or, faïence, verre qui, comme les autres objets, ont parfois près de 4000 ans, offrant une diversité et une originalité de design à peu près identique à celles que nous déployons aujourd’hui pour les parfums.

Enfin, parfois, avec le glamour en moins. Car si les étuis à khôl en forme de palmier ou de colonne nous inspirent,

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les formes de monstres laids et ventrus nous font mesurer l’écart culturel qui existe entre nos pratiques de maquillage et celles des Egyptiens de l’Antiquité.

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On trouve également des boîtes ayant contenu plusieurs fards avec le nom de ceux-ci pour ne pas les confondre et le bâtonnet inséré pour les appliquer.

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Impressionnant, non ?

Oui, mais…

Quand on s’intéresse çà tout cela, on trouve qu’il manque plein de choses.

Le geste, l’usage ? Le musée ne peut les offrir et c’est normal.

En revanche, on ne voit pas à quoi ressemblent les pointes de ces bâtonnets, puisqu’elles sont insérées à leur place. Etait-ce un étui neuf ou a-t-il été utilisé ?

Une autre chose importante à laquelle nous ne pensons pas assez, c’est l’odeur. Un objet en bois, ça sent. Les matières organiques dont il est composé ou qu’il a côtoyées, le produit qu’il contient ou contenait, tout cela possède une odeur. Toutes ces senteurs nous donnent une foule d’informations en même temps que des sensations, des dimensions très importantes pour toutes celles qui aiment les cosmétiques et la beauté autant que pour les seuls historiens et conservateurs…Mais derrière une vitrine, cela ne sent rien pour le visiteur…

Enfin, dernier point et non des moindres : dans ces étuis à khôl, il reste du produit.

Un produit qui demeure caché, sur lequel – en tous cas la dernière fois que j’y suis allée – on ne propose aucune photographie, dont on ne connaît ni la couleur ni la texture, mais dont il y a plus de 5 ans, les chercheurs ont fait l’analyse chimique ici en employant tout un tas de machines compliquées.

Honnêtement, chers conservateurs, vous avez fait subir une impressionnante batterie d’analyses pour déterminer la composition exacte du khôl contenu dans ces boîtes conservées au musée – et à moins que ça n’ait déjà été fait entre temps – ce serait possible d’afficher juste une petite photo du contenu de ces boîtes pour les visiteurs ?

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Shopping : encens de l’Antiquité

Pour découvrir les parfums originels, il est important de noter que si la contrefaçon existait déjà dans l’Antiquité, on s’accordait aussi à penser, hier comme aujourd’hui, que le vrai produit – qui était souvent cher – était le seul à pouvoir offrir une véritable expérience.

Parmi toutes les offres du marché, voici les meilleures trouvailles et les sites en ligne les plus précieux pour :

  • Les résines

Arbor’essences propose de revivre une expérience millénaire en proposant de résines pures dont une gamme étendue d’olibans de plusieurs pays ainsi que le célèbre oliban d’Oman. Acheter plusieurs olibans vous permet de faire une expérience olfactive unique et d’expérimenter la diversité des parfums issus des arbres de la même espèce, voire du même arbre, puisque les deux récoltes de l’année ne donnent pas du tout la même qualité de parfum.

Vous pouvez en outre trouver la myrrhe, le mastic, le storax, le labdanum et l’opoponax, un kiphy ( mélange d’encens sacré de l’Egypte antique ) et d’autres résines qu’on n’employait pas dans l’Antiquité mais qui pourraient aussi vous intéresser.

Le gros plus : le Coffret Olibanum vous permet de découvrir 3 olibans d’exception, dont, le meilleur au monde, celui d’Oman.

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  • Les épices

L’île aux épices est un site de spécialistes proposant des épices du monde entier, et, avantage non négligeable, des fiches techniques très précises et documentées pour commencer à en user correctement. L’histoire de chaque épices, leur date de péremption, ce qu’il faut faire ou non pour en révéler les saveurs vous permet, en cuisine comme en cosmétiques antiques, de faire enfin une expérience authentique et appropriée de ces merveilleux exhausteurs. En terme d’encens antiques, vous trouverez :

  • la cannelle de Ceylan, la vraie, que vous n’avez peut-être jamais connue comme ils vous la proposent : piquante, parfumée et sucrée à la fois. En encens, elle s’utilise en bâtons qu’on peut casser plutôt qu’en poudre qui se consume trop vite.
  • le safran, épice d’autant plus inconnue que chère, elle peut être frelatée quand elle est en poudre ou quand elle affiche un prix bas. La fiche produit vous permet d’en apprendre plus et donc de faire de bons choix.
  • la cardamome noire, qu’on appelait l’amome dans l’Antiquité et qui servait dans les parfums plus que dans la cuisine. Celles que j’ai reçues sont les plus grosses que j’aie jamais vues, comme l’illustre la photo ci-dessous ( à gauche, cardamome noire achetée dans une épicerie indienne, à droite, celle de l’Ile aux épices !). En encens, il faut retirer l’écorce, libérer les grains et les déposer sur le charbon pour en découvrir le parfum.cardamomes-noires

Le gros plus : les fiches techniques avec l’histoire des épices, des mélanges authentiques d’épices rares qu’on ne trouve que dans certaines gastronomies spécifiques et qui méritent d’être connus, et les épices aphrodisiaques.

  • Encens et aromate

Herborathèque est le site d’un spécialiste des plantes diplômé dans plusieurs disciplines croisées qui propose des plantes du monde entier pour divers problèmes de santé, des expériences olfactives, pour se détendre ou améliorer sa libido.

Parmi leurs propositions d’encens naturels, on note quelques parfums antiques : le bois de oudh, le nard jatamansi, l’oliban, un kiphy, la myrrhe, le storax et le labdanum.

Le gros plus : l’authenticité des produits du monde et la vraie connaissance scientifique et écologique des plantes issue des sociétés où elles sont encore utilisées pour se soigner, rêver, communier avec les dieux, c’est-à-dire des usages courants dans l’Antiquité.

  • Retrouvez également les authentiques encens et d’autres parfums poudreux de l’Antiquité que j’ai recréés et que je vends sur la boutique du Labo de Cléopâtre.

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Découvrir les encens de l’Antiquité

Les premiers parfums de l’histoire sont ceux qu’on a fait brûler, ce que révèle l’étymologie du mot parfum – « par la fumée ». C’était une pratique qui avait lieu un peu partout puisqu’on la retrouve dans les recettes religieuses de l’Egypte antique, dans les textes canoniques de l’Ancien Testament, dans les conquêtes d’Alexandre le Grand, et dans les différents textes de l’Antiquité européenne, qu’ils soient historiques, poétiques, naturalistes ou botaniques.

Dans l’Antiquité, les parfums avaient un statut à part qu’ils ont perdu à la chute de l’Empire romain, à la montée du christianisme et qu’ils ont commencé un peu à retrouver à la suite des Croisades, quand les Européens découvrirent les raffinements de l’Orient, qui avaient été les leurs autrefois.

Aujourd’hui, les encens sont toujours employés dans les églises, les temples et appréciés par ceux qui pratiquent la magie ou une spiritualité. Mais ils ont beaucoup moins la fonction de parfum, celle-ci étant assumée par les différents « jus » à base d’huiles essentielles, molécules chimiques et alcool qu’on ne connaissait pas dans l’Antiquité.

Pourtant, ce qu’on utilisait autrefois comme encens constitue toujours le sommet de la parfumerie d’aujourd’hui, c’est-à-dire la base des parfums orientaux les meilleurs et les plus chers, qu’on trouve toujours dans les grandes maisons comme Amouage, Serge Lutens, ou même les parfums du début du XX ème siècle des grandes maisons et même leurs nouvelles collections Prestige qui tentent de retrouver cette authenticité et cette qualité des premiers parfums.

Pour découvrir les encens de l’Antiquité, impossible d’utiliser comme aujourd’hui les bâtonnets ou les mélanges tout faits car les encens antiques étaient principalement :

  • Des résines

Les exsudations des arbres ou autres plantes sont un véritable réservoir de senteurs toujours plus étonnantes, subtiles et parfois même désagréables dont il faut refaire la conquête pour savoir ce qu’était un parfum antique.

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  • L’oliban

C’est la résine du boswellia, un arbre à encens dont plusieurs espèces peuvent donner des parfums. Le plus estimé et le plus cher, aujourd’hui comme hier, c’est celui du Sultanat d’Oman ( photo à la Une). Mais d’autres étaient aussi employés dans l’Antiquité, par exemple celui d’Ethiopie, offrande probable de la reine de Saba au roi Salomon et qu’on trouve toujours actuellement.

  • La myrrhe ( photo ci-dessus)

Aussi précieuse et chère que l’encens, on en connaissait autrefois plusieurs sortes. C’est toujours le cas actuellement, plusieurs commiphora donnant effectivement des résines odorantes. Néanmoins, il est difficile de savoir si celles employées aujourd’hui correspondent à celles qu’on utilisait autrefois. Seule la résine du commiphora myrrha est la myrrhe originelle et la plus précieuse de cette espèce.

  • Le labdanum

Résine du ciste, arbrisseau méditerranéen donnant des fleurs, les Anciens la croyaient produite par la crasse de leurs moutons dont la laine était pleine quand ils revenaient des pâturages. Les Crétoises le brûlaient pour parfumer leurs corps, cheveux et vêtements. Rare, il est très cher.

  • Le storax, l’opoponax, le mastic du lentisque et le galbanum figurent parmi les autres résines utilisées dans l’Antiquité mais plus dans des parfums huileux. Certains figuraient néanmoins dans la recette du kiphy, de l’encens du Deutéronome ou d’autres mélanges à brûler. img_6825

 

  • Des épices

Elles étaient effectivement beaucoup plus employées en parfumerie qu’en cuisine et certaines étaient utilisées comme parfums à brûler.

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  • La cannelle

La vraie cannelle venait d’Inde, mais les commerçants arabes faisaient croire qu’elle poussait chez eux. On connaissait déjà la vraie cannelle – d’Inde et du Sri Lanka – et la fausse, appelée casse, venue de Chine. Les deux étaient brûlées et c’est une bonne idée que d’essayer les deux.

  • La cardamome noire

Si aujourd’hui on préfère la verte qui est la seule qu’on consomme en Occident, c’était autrefois la noire, plus âcre et fumée, qui était appréciée et qu’on employait dans les parfums.

  • Le safran (photo ci-dessus)

On dit qu’Alexandre le Grand sentait le safran. Toujours aussi cher qu’autrefois, il était surtout utilisé comme parfum à brûler, même s’il était aussi utilisé dans les parfums huileux. Mais il était plus particulièrement estimé à Rome où son emploi atteignit des sommets dans le luxe et l’absurdité, et son excès fut critiqué chez les poètes et écrivains de l’époque.

  • Pour l’expérience olfactive de votre choix :

 

  • Matériel
  • Charbon
  • Pince à charbon
  • Plat ignifugé
  • Flamme
  • Résines et épices de votre choix

 

  • Utilisation

Après avoir complètement enflammé le charbon avec la pince, déposez-le dans le plat ignifugé. Déposez-y la résine ou l’épice de votre choix et laissez-la libérer ses huiles essentielles au contact de la chaleur. Mettez-vous au -dessus de la fumée et faites l’expérience des parfums originels, de ces toutes premières senteurs appréciées de notre histoire.

Quand le produit est presque complètement carbonisé et ne produit plus de fumée odorante sur le charbon, dégagez-le avec la pince et testez une autre senteur ou continuez avec la même selon votre désir.

Cet article, cette recette et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Recette antique: khôl aux pétales de rose (DIY)

Voici une authentique recette de khôl antique d’une très grande simplicité et qui va véritablement vous surprendre par son aspect naturel, économique, son efficacité et son innocuité. Elle a été rapportée par Pline l’Ancien :

« La rose est astringente et rafraîchissante. On distingue l’emploi de ses feuilles, de ses fleurs et de ses têtes. (…)On brûle les feuilles pour les fards à paupières. »

Pline l’Ancien. Histoire naturelle. Livre XXI.

Ce qui a été traduit par « feuilles » de rose dans l’édition 2013 de la Pléiade est en réalité traduit par « pétales » dans la plupart des autres versions. J’ai essayé les deux et je peux affirmer que ce qui possède une réelle douceur et un confort digne des fards à paupières les plus agréables, c’est le pétale. Il est donc possible que le terme latin n’ait pas été très clair pour les traducteurs.

Matériel

  • Pétales de roses
  • Bougie
  • Pince à charbon
  • Mortier et pilon 
  • Palette vide
  • boîte à khôl et son bâton applicateur

Marche à suivre

Faites sécher une rose complètement.

Ceci fait, brûlez avec la pince plusieurs pétales ou même toute la rose si vous voulez avoir une réserve et adopter ce khôl.

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La rose brûlée ainsi n’est que pour bien faire comprendre de quoi il s’agit. En réalité, il faut brûler avec la pince, pétale par pétale, car le feu prend mal.

Quand les pétales sont carbonisés, faites-les tomber dans le mortier et écrasez-les sous le pilon. S’il reste des morceaux de pétale qui n’ont pas été brûlés, écartez-les pour ne garder que la poudre noire. Vous pouvez pour cela vous aider d’un tamis si vous le voulez, même si ce n’est pas obligatoire.

Transvasez un peu de votre poudre sur une palette et maquillez-vous tout de suite si vous le souhaitez; sinon, mettez-le dans votre boîte à khôl au moyen d’une petite pointe de couteau ou d’une petite cuillère à cosmétique, qu’on peut trouver par exemple sur Aroma Zone.

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Mortier, pilon, reproduction de palette à fard égyptienne avec la cendre de pétales de rose, boîte à khôl et son bâton applicateur.

Application

Vous pouvez appliquer votre fard au doigt ou au pinceau si vous l’utilisez comme fard à paupières gris anthracite ou bien l’appliquer au bâton à khôl au ras de vos cils pour un effet plus noir, plus intense et plus antique !

 

Voilà, vous venez de découvrir un authentique fard utilisé dans l’Antiquité, facile à faire, peu coûteux et qui vous fera un vrai regard de reine d’Egypte !

Vous ne me croyez pas ?

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Cet article, cette recette et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Le mastic du lentisque

Grand amateur de soleil, le pistachier lentisque est un arbuste méditerranéen qui pousse dans les garrigues et les maquis. Employé pour ses nombreuses vertus médicinales, on utilisait des feuilles aux graines en passant par l’écorce, les fruits dont on fait l’huile, et surtout le mastic.

Dans son Histoire naturelle, en effet, Pline mentionne notamment l’utilisation de ses feuilles pour teindre les cheveux et du mastic pour tendre la peau du visage et parfumer l’haleine. A son époque, le mastic de l’île de Chios passait pour le meilleur. Deux mille ans plus tard, l’île de Chios produit toujours cette fameuse oléo-résine obtenue par incision de l’écorce et qui fait sa célébrité.

Car s’il est peu connu en Europe occidentale, le mastic du lentisque – qui a malgré tout laissé dans notre langue le verbe  mastiquer et le nom mastication – l’Orient n’a jamais cessé de l’employer, de l’Europe au Maghreb – dans les régions méditerranéennes globalement – dans les pâtisseries, liqueurs, mais surtout dans l’hygiène bucco-dentaire, puisqu’il était utilisé et l’est toujours comme gomme à mâcher pour parfumer l’haleine et renforcer les dents. En médecine, il a également pu être utilisé pour combler les caries à une époque où le plombage contemporain ne se faisait pas, et est toujours employé dans la lutte contre les ulcères gastriques dus à la bactérie Helicobacter pylori responsable de la majorité de ce type d’ulcère, car il est désormais prouvé qu’il est efficace contre celui-ci.

Comme certaines résines issues d’un arbre, le mastic du lentisque sent particulièrement bon, même si c’est assez léger, et c’est justement ce qui lui permet de parfumer l’haleine comme il le faisait au temps de Pline puis plus tard au temps des harems où les sultanes le consommaient. Sa senteur résineuse et boisée est unique, malgré sa proximité olfactive avec d’autres résines auquel il ressemble nécessairement un peu.

Conditionnées pour la mastication, les gommes-résines peuvent être moyennes ou grosses.

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Comme chewing-gum, le mastic du lentisque est une résine et non un dérivé du pétrole, possède un goût naturel durable et ne contient pas de sucre tout en étant délicieux . En outre, si on souffre d’ulcères gastro-duodénaux induits par Helicobacter pylori, mastiquer la résine peut s’avérer salutaire car c’est une bactérie souvent résistante aux médicaments. On peut acheter ce produit d’exception, décliné dans plusieurs autres délicieux produits alimentaires comme des bonbons, et cosmétiques comme des dentifrices chez Anemos, société basée à Chios.

Mais parfois, il est conditionné pour être exclusivement vendu comme encens, comme c’était le cas dans l’Antiquité puisqu’il fait partie des ingrédients du Kyphi, le célèbre encens sacré de l’Egypte ancienne. Dans ce cas-là, il est plutôt proposé sous forme de petits grains de couleur plus jaune dont la senteur est beaucoup plus concentrée, au point que quelques grains sur le charbon suffisent à embaumer délicieusement la pièce. IMG_6277.JPG

On en trouve dans cette autre magnifique boutique proposant résines et bois à brûler de toutes cultures et particulièrement ceux qu’on trouvait dans l’Antiquité, chez Arbor’essences,  petite société française.

Reste que malgré son usage dans l’hygiène bucco-dentaire, je n’ai toujours pas réussi à percer le mystère de son utilisation pour tendre la peau, comme le raconte Pline, n’étant parvenue, au bout de mes tests, qu’à réinventer la colle, de celles qui détruisent les casseroles…Enfin, Pline devait dire vrai, car eux ont l’air de très bien savoir comment l’employer : 

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Ingrédients et actifs cosmétiques de l’Antiquité

Les recettes de l’Antiquité emploient majoritairement des ingrédients naturels même si certains peuvent être issus de processus chimiques découverts lors d’analyses du contenu de fioles retrouvées intactes au cours de fouilles archéologiques. C’est le cas avec le khôl égyptien antique, par exemple, dont il est désormais avéré qu’un des composants se retrouve rarement à l’état naturel et qu’il a été chimiquement composé. Dans ces cas-là, il n’y a pas de doute quant à la volonté d’utiliser cet ingrédient plutôt qu’un autre. C’est d’autant plus vrai qu’il est désormais établi que le dérivé du plomb, chimiquement composé et toxique, était ce qui conférait au khôl égyptien son rôle médicinal et protecteur qui lui vaut encore sa réputation.

Mais ce cas est loin d’être majoritaire et d’une manière générale, c’étaient avec des ingrédients naturels de leur environnement direct, combinés ou cuits que les Anciens créaient leurs cosmétiques, parmi lesquels on peut compter les produits issus des animaux, des minéraux ou des végétaux. Un cosmétique antique, c’est en effet bien souvent un cataplasme à base de minéral, d’animal mais plus souvent un végétal, cuit ou cru mêlé à du vin, de l’huile, de l’eau miellée ou du lait. Pour autant, ce n’est pas n’importe quelle huile, ce n’est pas n’importe quel lait, n’importe quel animal ou végétal.

Mais en quoi est-ce dû à une véritable connaissance pratique ?

Les méthodes scientifiques basées sur l’observation, la reproductibilité de phénomènes et tests dans différentes situations pour vérifier un fait sont des méthodes modernes. Pourtant, certains ingrédients, voire produits, continuent d’être utilisés comme dans l’Antiquité. L’exemple le plus célèbre est le cérat de Galien, première cold cream de l’histoire à base d’eau, d’huile et de cire, qu’on continue d’employer et dont la formulation est l’exemple même de l’émulsion classique à la base de toute crème cosmétique. Sa conception remonte pourtant au II ème siècle après J-C.

Même si cet exemple est loin d’être le seul et donne l’impression que les Anciens possédaient une grande compréhension de ce que pouvait être un cosmétique efficace par leurs capacités d’observation et de compréhension auxquelles on doit la création de recettes de beauté qui fonctionnaient vraiment, il est en réalité difficile de distinguer ce qu’ils devaient à ces qualités de ce qu’ils devaient à un fond culturel à l’origine de leurs croyances, souvent erronées. Et la première d’entre elles est la théorie des humeurs sur laquelle se fondait toute la médecine dont les cosmétiques venaient, tout comme les médicaments dans la catégorie de laquelle les recettes de beauté entraient bien souvent.

Ainsi, si pour soigner les problèmes de vue à l’époque de Pline, on donnait des crottes de chèvres ( si, si !) parce qu’on pensait que celles-ci ne souffraient d’aucune affection oculaire grâce leur alimentation, c’est par une logique à peu près semblable qu’on recommandait à ceux qui perdaient leurs cheveux d’appliquer sur leur crâne la galle de l’églantier ( photo à la Une ), très certainement à cause de son apparence chevelue. Pareillement, on donnait de la graisse d’ours dans la même affection, sans doute en raison de son épaisse fourrure. Une logique qu’on conserva longtemps puisqu’au Moyen-Age, on donnait des noix à ceux qui souffraient de maladies du cerveau à cause de leur ressemblance avec celui-ci.

Dans d’autres cas, c’est la culture qui imprégnait le jugement. En médecine, par exemple, l’achillée était connue pour guérir les blessures. Mais on ne peut dire si c’est vraiment Achille – dont la plante porte en effet le nom – qui découvrit la plante comme le raconte Pline puisque Dioscoride, son prédécesseur et inspirateur n’en a pas parlé. Dans le cas qui nous préoccupe, celui des cosmétiques, Pline cite l’hélénium, une herbe attribuée à Hélène et de laquelle, quand on connaît la mythologie et qu’elle est la seule explication du monde, on doit nécessairement s’attendre à ce qu’elle améliore le teint et rende belle, vertus qu’on lui attribuait en effet. Néanmoins, objectivement, ça paraît peut-être exagéré pour une simple espèce de thym…

C’est à cause de tout cela, de ce qui fonctionne dans les produits utilisés dans l’Antiquité et de ce qui est dû à la logique – pas toujours synonyme de vérité pour autant – ou à la culture, toutes deux ayant pu avoir exercé un effet placebo sur ceux convaincus que ces remèdes fonctionnaient, qu’il faut savoir garder l’esprit curieux et attentif sans cesser de tester pour parvenir à établir ce qui peut avoir été effectivement efficace. Une tâche qui s’avère de toute façon d’un grand intérêt.

( Photo à la Une : Bédégar, galle de l’églantier due à un insecte. Image trouvée sur le blog Florémonts consacré à la connaissance des plantes sauvages )

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Recette de Cléopâtre : le chou séché (DIY)

La recette la plus simple de Cléopâtre est traduite ainsi par Anne-Lise Vincent dans son mémoire sur les fragments du Kosmètikon :

« Contre la chute des cheveux qui se produit en l’absence de maladie. Appliquez du chou séché broyé fin avec de l’eau. »

Ceux et celles qui viennent sur ce blog le savent : les recettes de beauté de Cléopâtre ne sont ni simples ni glamour, à part celle de son nettoyant parfumé qui, sans être simple, a quand même le bénéfice de sentir bon malgré les 2000 ans qui nous séparent. Cette recette est la plus simple de celles qui nous restent de Cléopâtre pour plusieurs raisons : elle ne nécessite qu’un seul ingrédient, elle  ne demande pas de plantes sauvages parfois difficiles d’accès, ni d’animaux ou de parties d’animaux comme c’était courant dans la médecine antique mais aujourd’hui parfaitement incompatible avec nos moeurs. Au contraire, le chou est un ingrédient commun que nous consommons toujours.

Malgré cela, cette recette a des inconvénients : comme la plupart des recettes de Cléopâtre, elle concerne l’alopécie, problème rare chez les femmes, elle demande de se mettre du chou sur la tête avec l’odeur que ça suppose, le contact inattendu et l’aspect déroutant si ce n’est rebutant d’un tel produit à se mettre sur la peau.

Enfin, un autre inconvénient qui ne frappe pas immédiatement avant l’exécution mais qui se révèle à la réalisation : que faisait-on du chou ? Combien de temps l’appliquait-on ? Etait-ce une cure, un produit qu’on gardait le plus longtemps possible ou qu’on appliquait un court laps de temps ? En l’absence d’indications, plus précises de la part de Cléopâtre comme des autres médecins donnant des recettes à cette époque-là, il faut deviner, reconstituer, comprendre inventer ce qui manque. Parce que c’était évident pour tout le monde à l’époque, rien n’a été précisé, mais pour nous, c’est un vrai défi !

  • Matériel pour cette recette
  • 1 gentil cobaye perdant ses cheveux
  • 1 chou vert
  • 1 grand couteau de cuisine
  • 1 four
  • 1 mixeur
  • 1 tamis
  • 1 large bol pour recueillir la poudre de chou tamisée à réutiliser pour le mélange
  • 1 bocal ou une boîte hermétique pour recueillir le chou séché
  • De l’eau

 

Soyons clair : le chou séché, ça se réalise. Or, le chou est le seul légume qu’on retrouve dans les contrées les plus froides aux climats les plus ingrats. Donc, quoi que vous fassiez, il est coriace : sa résistance est à toutes épreuves et s’il y a bien un super légume sur terre, on peut vraiment dire que c’est lui ! Le chou, il va donc falloir le sécher, mais pour obtenir la poudre fine qui fera que le cataplasme tiendra sur la tête, il faudra couper l’arête centrale sur chaque feuille, sans quoi, cela fatiguera le mixeur et le rendra moins efficace. La poudre sera donc moins fine et n’adhérera pas sur la tête.

  • Recette

Préchauffer le four à 1. Détachez suffisamment de feuilles de chou pour en remplir la plaque du four sans leur permettre de se chevaucher. Retirez avec votre couteau la grosse arête centrale de chaque feuille.

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Posez-les à plat sur la plaque en évitant de les faire se chevaucher pour permettre un séchage uniforme. Enfournez jusqu’à ce que les feuilles de chou soient complètement desséchées et craquent comme des chips quand on les manipule. ( Cela prend près de 5 à 6 heures environ.)

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( Pour mon premier essai, je n’avais pas pas compris qu’il fallait retirer l’arête centrale car Cléopâtre ne le précise pas : c’est à l’expérience que ça se comprend !)

Passez les feuilles de chou au mixeur, sortez la poudre et passez-la au tamis pour vous assurer de la conserver la plus fine possible, puis mettez-la dans un bocal hermétique en attendant de l’utiliser.IMG_4007

Le jour de l’utilisation, prélevez un peu de poudre, ajoutez peu d’eau, juste assez pour pouvoir faire un cataplasme.

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Appliquez le cataplasme sur les zones gagnées par la chute des cheveux. Vous pourrez vous apercevoir que le produit est stable et recouvre parfaitement la calvitie sans bouger.

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Ensuite, combien de temps faut-il laisser poser le mélange ? En l’état, je dirai autant de temps que votre cobaye peut l’assumer et le tolérer ! Nous, nous avons fait deux applications de 3 heures.

Quel a été le résultat ? Les cheveux n’ont pas repoussé, mais apparemment, le contact a été agréable et le confort du cuir chevelu s’est trouvé amélioré. Néanmoins, après l’application, le crâne a gratté partout où on avait posé le cataplasme, comme si la production de cheveux avait un peu envie de reprendre, de l’avis du cobaye. Néanmoins, les difficultés techniques que représente cette recette à tous les niveaux de sa réalisation et de son application font qu’il est assez délicat de multiplier les tests.

Dernière remarque : pendant le séchage du chou, voire un peu au-delà, votre appartement s’imprègne tellement de son odeur que les voisins vont s’imaginer qu’une famille de gens de l’est habite clandestinement à côté de chez eux. Moi, j’ai un nom polonais, je peux donc assumer avec humour ( d’autant plus que comme beaucoup de gens de l’est, je vénère le chou !), mais vous, réfléchissez-y à deux fois avant de tenter cette recette.

( Photo à la Une : ma première poudre de chou, avant que j’enlève l’arête centrale. On distingue bien les feuilles extérieures, vertes, des feuilles intérieures, jaunes, séchées en deux temps distincts puis superposés dans le bocal. La poudre est plus grossière : elle tenait mal sur la tête, c’est ce qui m’a fait comprendre que ce ne devait pas être la consistance du produit initial.)

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Une senteur antique : la cannelle comme encens (DIY)

Parmi les senteurs utilisées pour parfumer les temples et les pièces, il y a l’encens et la myrrhe, les plus employés autrefois et que les siècles suivants ont conservé jusqu’à nos jours. De façon plus surprenante, il y a aussi la cannelle, aujourd’hui employée pour parfumer les plats mais que, dans l’Antiquité, on n’employait qu’en parfumerie. Le goût pour la cannelle dans les plats remonte au Moyen-Age, tandis que celui qu’on en avait dans les parfums s’est éteint dans l’Antiquité.

Or, outre qu’elle faisait l’objet d’utilisation dans les couronnes et les parfums huileux, elle était également employée dans les parfums à brûler, même si, généralement, seuls l’encens et la myrrhe sont mentionnés dans les textes anciens, tandis que les autres ingrédients sont cités comme des « aromates ». Néanmoins, Oribase, médecin grec du IV ème siècle, cite la cannelle parmi les ingrédients du kyphi, l’encens sacré égyptien et l’un des premiers parfums au monde. En 1930, le livre Les produits coloniaux d’origine végétale, de G. Camus le confirme : « Les anciens employaient la cannelle à la fois comme parfum et comme encens« .

C’est cette utilisation de la cannelle comme encens que j’ai voulu tester pour l’aborder à la manière des Anciens et en faire une expérience olfactive inédite.

  • Cannelle et casse

Dans l’Antiquité, l’écorce de l’une et l’autre étaient employées, et partout, les textes anciens font la distinction tout en les rapprochant néanmoins. Dans nos cuisines, la casse est couramment appelée cannelle sans autre précision tandis que la cannelle se nommera cannelle de Ceylan. Cette dernière vient effectivement du Sri Lanka et est plus claire, plus chère et plus sucrée que la casse qui lui ressemble beaucoup mais qui vient de Chine. Cette dernière est en outre plus courante, plus foncée, moins sucrée et à meilleur marché.

La cannelle de Ceylan et la casse sont toutes deux vendues en bâton et en poudre. J’ai essayé les 2 et je recommande plutôt le bâton, dont l’odeur se diffuse mieux. Vous pouvez utiliser indifféremment casse ou cannelle selon ce que vous voulez ou avez sous la main. 

  • Matériel
  • Pastille de charbon à encens ou à chicha
  • Pince ignifugée pour manier le charbon
  • Récipient en terre cuite ou plat pouvant passer au four
  • Bâton de cannelle ou casse, au choix ( voire les 2)

 

  • Mode opératoire

Prendre le charbon avec la pince et l’enflammer avec la bougie ou le briquet de façon à avoir une étincelle le parcourant entièrement. Grâce à la pince, le poser alors sur le plat ignifugé. Y déposer alors le bâton de cannelle et souffler dessus si vous voulez l’enflammer plus rapidement. Attendre que la fumée se dégage pour humer son parfum puisque la chauffe active les huiles essentielles.

Pour une raison ou pour une autre, l’écorce s’est déployée comme un parchemin pour la casse…

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…mais n’a pas bougé pour la cannelle.

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Quand la partie en contact avec le charbon est brûlée, retournez le bâton avec la pince et renouvelez l’opération jusqu’à consommation complète du bâton ( bien évidemment, ici, ça a été plus facile avec mon bâton de casse puisqu’il s’est déployé, permettant au charbon de le consumer uniformément ).

( Bien entendu, si vous n’êtes pas équipé, vous avez toujours la possibilité de brûler votre bâton de cannelle à la flamme d’une bougie et de souffler pour faire prendre la flamme dans l’écorce. Mais outre que c’est long, cela ne prend pas et vous serez obligés de brûler, souffler en permanence sur votre bâton qui dégagera certes son parfum mais vous donnera le sentiment de faire beaucoup d’efforts pour peu d’effets, ce qui sera vrai.)

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( Enfin, il vous est aussi possible d’utiliser de la cannelle en poudre dont vous ferez un petit cône que vous enflammerez. Mais là aussi, il faudra souffler sans cesse pour peu de résultats puisque ça sent moins fort que le bâton.)

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Si vous avez choisi de la cannelle et de la casse, c’est le moment de comparer les deux senteurs en changeant de bâton pour terminer le charbon. Si votre odorat est émoussé, sortez de la pièce et rentrez-y de nouveau ou sentez des grains de café comme on le fait lorsqu’on doit sentir beaucoup de parfums différents.

Voilà, vous venez de faire l’expérience d’un authentique parfum antique oublié qui diffusera pendant longtemps dans votre pièce, sa fragrance d’un autre temps.

Alors, prêt à tenter l’expérience ? 

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

 

Qu’est-ce que le parfum dans l’Antiquité ?

Dans Odeurs antiques, leur ouvrage consacré aux textes anciens parlant des odeurs, Lydie Bodiou et Véronique Mehl nous expliquent que dans l’Antiquité, le parfum était bien loin des compositions puissantes et alcoolisées d’aujourd’hui. En effet, l’extraction des huiles essentielles par solvant n’existait pas encore; seuls l’enfleurage – graisse saturée de fleurs pour capturer l’odeur – et l’extraction par expression  – pression des végétaux pour en faire sortir les sucs – existaient . L’Antiquité offrait donc pour parfums des eaux et surtout des huiles consistant, d’après Pline l’Ancien, en « stymna », le suc contenant l’odeur, et « hédysma », le corps, c’est-à-dire l’huile devant la retenir.

« On fait de l’huile avec (…) toutes plantes qu’on fait macérer avec leur suc dans l’huile et qu’on presse. » Pline. Histoire naturelle. XV.28;31

On y trouvait aussi des ingrédients comme du vin, du sel, du miel qui venaient s’ajouter aux plantes odorantes. Les parfums étaient donc légers, à peine odorants, fugaces, à l’inverse de ceux que nous connaissons.

De fait, dans un monde où ce qui est parfum sent à peine, beaucoup de choses peuvent être considérées comme des parfums. C’est le cas notamment des couronnes de fleurs ou d’autres végétaux  qui pouvaient être odorants. La plus connue est celle de lauriers, mais il en existait en réalité beaucoup d’autres qu’on mettait pour toutes occasions spéciales : sur la tête des statues de dieux ou des convives d’une fête, pour les honorer ou pour commémorer un événement.

« Elle s’arrêta près de son père pour lui mettre autour de sa chevelure une belle couronne, jaccha, qui répandait une odeur suave. » Athénée. Livre XV. Les couronnes.

Les parfums antiques, c’étaient aussi l’encens, la myrrhe, la cannelle qu’on faisait brûler pour honorer les dieux, le mot parfum venant de « per fumum », par la fumée. C’est d’abord le cas du Kyphi, encens sacré égyptien consacré au dieu Râ, constitué de 10 à 30 ingrédients selon les recettes et dont les usages, multiples, allaient de l’hommage rendu aux dieux à l’hygiène en passant par la médecine. Dans leurs peintures, d’ailleurs, les anciens Egyptiens ont réussi à ajouter une dimension, un sens à ce qu’ils représentaient en ajoutant des cônes sur la tête de leurs personnages, exprimant ainsi qu’ils étaient parfumés.

En revanche, le parfum n’avait pas d’usage multiple chez les Hébreux où le « Dieu jaloux » faisait confectionner un parfum à brûler dont la composition était fixe et qu’il ne partageait avec nul autre puisque : « Quiconque en fera de semblables pour en respirer l’odeur sera retranché d’entre les siens. » Exode 30-38.

Dans l’Antiquité, les moyens pour capturer le parfum étaient moins développés que le goût qu’on en avait. De ce fait, leurs connaissances de l’odeur de chaque végétal, de sa partie odorante et du moment où elle sentait le plus selon la période de sa cueillette, sa provenance, la température à laquelle il fallait l’exposer étaient précises. Contrairement à nous, leur rapport à l’odeur, au parfum, était direct : il provenait des matières brutes avant de provenir du produit. Dans un monde urbain comme le nôtre, à l’inverse de ce que font les nez et les meilleurs artisans parfumeurs, nous lisons plus facilement qu’il y a de l’iris ou de la myrrhe dans un parfum que nous ne rencontrons réellement ces produits, dont le premier est une racine et le second, une résine.

De cette résine de myrrhe, qu’on fait toujours brûler comme encens, on pouvait faire un parfum : « La myrrhe elle aussi constitue un parfum à elle seule, sans huile. » Pline. Histoire naturelle. XIII. II. Réduite en poudre, elle était appliquée directement sur la peau pour que son odeur ne soit pas atténuée par la présence d’un liant. C’était déjà le parfum de la reine Hatchepsout, en Egypte.

Le parfum sec, constitué d’ingrédients purs réduits en poudre auxquels on ajoutait un siccatif existait dans l’Antiquité sous le nom de « diapasma », nous apprend Pline dans son chapitre sur les parfums. Ils servaient autant à parfumer qu’à lutter contre la sudation. Le parfum qu’il nous reste de Cléopâtre et qui nous a été transmis sous le nom de détergent ressemble à un de ces « diapasmas », un parfum sec plein de ces substances naturellement très odorantes auxquels on a ajouté un desséchant.

Ainsi, bien que je l’aie également fait en parfum huileux parfumé aux huiles essentielles, n’attendez pas du vrai parfum de Cléopâtre qu’il soit liquide ! C’est en réalité une poudre qu’on frottait sur son corps, comme l’étaient les meilleurs parfums, ceux qui avaient toutes chances de sentir un peu plus durablement que les huiles, comme j’ai pu le tester après l’avoir recréé !

(Photo à la Une : parfum détergent en poudre de Cléopâtre reproduit sur la base de la recette antique présenté dans une reproduction de palette à fard de l’Egypte antique )

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Recette : masques antiques aux poudres indiennes (DIY)

Contrairement à ce qu’on trouve habituellement sur le net en cosmétiques « maison » faits à base de poudres indiennes, ce n’est pas un soin pour les cheveux que je vous propose mais un soin pour le visage.Il est vrai que les indiens possèdent beaucoup de plantes réputées pour le soin des cheveux comme les très appréciés shikakaï et sidr et que le soin des cheveux est au coeur des rituels de beauté des femmes indiennes – comme il l’était des femmes de l’Antiquité -. Mais le soin le plus courant est avant tout l’huile sur les cheveux. C’est très bien sur cheveux secs, mais ayant le malheur d’avoir les cheveux gras et clairs, autant dire que ce type de soins, peu adapté à ma nature, ne va pas me pousser à concevoir des recettes qui ne seraient pas efficaces sur moi.

Les deux masques que je vous propose sont en réalité un seul masque visage décliné en un premier masque frais à utiliser immédiatement et un second masque auto-conservé – parce qu’exempt d’eau – qui peut donc s’utiliser des mois durant. Ils ont été conçus sur la base des enseignements reçus en atelier de conception de cosmétiques « maison » aux poudres indiennes mais avec des ingrédients uniquement choisis sur la base de leur utilisation dans l’Antiquité. Ils vous laisseront la peau douce et particulièrement lumineuse.

Ingrédients

  • Farine de pois chiches ou de lentilles
  • Poudre de fenugrec
  • Poudre de rose
  • Lait entier ( si peau sèche) ou eau (si peau grasse ) * uniquement pour le masque frais
  • Huile d’amande * uniquement pour le masque auto-conservé
  1. Recette de masque frais

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Ustensiles : bol pour mélanger, cuillère à expresso préférablement, le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Dans un bol, mélanger 5 cuillères à expresso de poudre de pois chiches ou de lentilles, 1 cuillère de fenugrec en poudre, 1 cuillère de poudre de rose, 4 ou 5 cuillères de lait selon la consistance préférée. Quand le produit est homogène, appliquer sur la peau pendant 20 minutes ( temps de pause habituel des cosmétiques indiens ) avant de rincer.

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2. Recette de masque auto-conservé ( pour 100 grs)

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Ustensiles : balance de précision, bol pour peser, bol pour mélanger, fouet ou fourchette, petite spatule ou cuillère pour transvaser, petit bocal hermétique pour conserver le produit,  le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Peser tour à tour :

  • 25 grs de farine de pois chiches
  • 12, 5 grs de poudre de rose
  • 12, 5 grs de poudre de fenugrec
  • 50 grs d’huile d’amande douce

Mélanger le tout jusqu’à consistance homogène avant de transvaser dans le bocal hermétique à l’aide de la spatule ou de la cuillère. Appliquer comme le premier avant de rincer au bout de 20 minutes. A faire une à deux fois par semaine.

Ce produit se conserve plusieurs mois à condition de ne pas le mettre en contact avec l’eau.

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3. Explications

Dans la culture indienne, certains masques de beauté sont faits à base de farine de pois chiches employée aussi dans la cuisine. Dans la culture occidentale antique, la farine de lentilles – même type de légumineuses – est employée pour adoucir la peau, une qualité remplie par la rose pour la culture indienne des soins de beauté. Ici, je l’ai employée autant pour cette qualité que pour son odeur. Pour les anciens Greco-Romains, le fenugrec lutte contre les desquamations, pour l’Ayurvéda, il tonifie et purifie la peau.Le lait de vache, très apprécié dans la culture indienne et dans les cosmétiques indiens, sert à lutter contre la sécheresse de la peau grâce à la présence d’eau et de gras. Pour l’Antiquité, on en connaît aussi les vertus, mais c’est le lait d’ânesse qui est considéré comme supérieur, d’après Pline l’Ancien qui lui attribue, comme le faisait Popée, des qualités anti-rides. Enfin, l’huile d’amande est réputée dans l’Ayurvéda pour améliorer le teint et nourrir la peau, tandis que dans son Histoire naturelle, Pline affirme qu’elle est anti-rides.

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.