Une senteur antique : la cannelle comme encens (DIY)

Parmi les senteurs utilisées pour parfumer les temples et les pièces, il y a l’encens et la myrrhe, les plus employés autrefois et que les siècles suivants ont conservé jusqu’à nos jours. De façon plus surprenante, il y a aussi la cannelle, aujourd’hui employée pour parfumer les plats mais que, dans l’Antiquité, on n’employait qu’en parfumerie. Le goût pour la cannelle dans les plats remonte au Moyen-Age, tandis que celui qu’on en avait dans les parfums s’est éteint dans l’Antiquité.

Or, outre qu’elle faisait l’objet d’utilisation dans les couronnes et les parfums huileux, elle était également employée dans les parfums à brûler, même si, généralement, seuls l’encens et la myrrhe sont mentionnés dans les textes anciens, tandis que les autres ingrédients sont cités comme des « aromates ». Néanmoins, Oribase, médecin grec du IV ème siècle, cite la cannelle parmi les ingrédients du kyphi, l’encens sacré égyptien et l’un des premiers parfums au monde. En 1930, le livre Les produits coloniaux d’origine végétale, de G. Camus le confirme : « Les anciens employaient la cannelle à la fois comme parfum et comme encens« .

C’est cette utilisation de la cannelle comme encens que j’ai voulu tester pour l’aborder à la manière des Anciens et en faire une expérience olfactive inédite.

  • Cannelle et casse

Dans l’Antiquité, l’écorce de l’une et l’autre étaient employées, et partout, les textes anciens font la distinction tout en les rapprochant néanmoins. Dans nos cuisines, la casse est couramment appelée cannelle sans autre précision tandis que la cannelle se nommera cannelle de Ceylan. Cette dernière vient effectivement du Sri Lanka et est plus claire, plus chère et plus sucrée que la casse qui lui ressemble beaucoup mais qui vient de Chine. Cette dernière est en outre plus courante, plus foncée, moins sucrée et à meilleur marché.

La cannelle de Ceylan et la casse sont toutes deux vendues en bâton et en poudre. J’ai essayé les 2 et je recommande plutôt le bâton, dont l’odeur se diffuse mieux. Vous pouvez utiliser indifféremment casse ou cannelle selon ce que vous voulez ou avez sous la main. 

  • Matériel
  • Pastille de charbon à encens ou à chicha
  • Pince ignifugée pour manier le charbon
  • Récipient en terre cuite ou plat pouvant passer au four
  • Bâton de cannelle ou casse, au choix ( voire les 2)

 

  • Mode opératoire

Prendre le charbon avec la pince et l’enflammer avec la bougie ou le briquet de façon à avoir une étincelle le parcourant entièrement. Grâce à la pince, le poser alors sur le plat ignifugé. Y déposer alors le bâton de cannelle et souffler dessus si vous voulez l’enflammer plus rapidement. Attendre que la fumée se dégage pour humer son parfum puisque la chauffe active les huiles essentielles.

Pour une raison ou pour une autre, l’écorce s’est déployée comme un parchemin pour la casse…

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…mais n’a pas bougé pour la cannelle.

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Quand la partie en contact avec le charbon est brûlée, retournez le bâton avec la pince et renouvelez l’opération jusqu’à consommation complète du bâton ( bien évidemment, ici, ça a été plus facile avec mon bâton de casse puisqu’il s’est déployé, permettant au charbon de le consumer uniformément ).

( Bien entendu, si vous n’êtes pas équipé, vous avez toujours la possibilité de brûler votre bâton de cannelle à la flamme d’une bougie et de souffler pour faire prendre la flamme dans l’écorce. Mais outre que c’est long, cela ne prend pas et vous serez obligés de brûler, souffler en permanence sur votre bâton qui dégagera certes son parfum mais vous donnera le sentiment de faire beaucoup d’efforts pour peu d’effets, ce qui sera vrai.)

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( Enfin, il vous est aussi possible d’utiliser de la cannelle en poudre dont vous ferez un petit cône que vous enflammerez. Mais là aussi, il faudra souffler sans cesse pour peu de résultats puisque ça sent moins fort que le bâton.)

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Si vous avez choisi de la cannelle et de la casse, c’est le moment de comparer les deux senteurs en changeant de bâton pour terminer le charbon. Si votre odorat est émoussé, sortez de la pièce et rentrez-y de nouveau ou sentez des grains de café comme on le fait lorsqu’on doit sentir beaucoup de parfums différents.

Voilà, vous venez de faire l’expérience d’un authentique parfum antique oublié qui diffusera pendant longtemps dans votre pièce, sa fragrance d’un autre temps.

Alors, prêt à tenter l’expérience ? 

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

 

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Recette : masques antiques aux poudres indiennes (DIY)

Contrairement à ce qu’on trouve habituellement sur le net en cosmétiques « maison » faits à base de poudres indiennes, ce n’est pas un soin pour les cheveux que je vous propose mais un soin pour le visage.Il est vrai que les indiens possèdent beaucoup de plantes réputées pour le soin des cheveux comme les très appréciés shikakaï et sidr et que le soin des cheveux est au coeur des rituels de beauté des femmes indiennes – comme il l’était des femmes de l’Antiquité -. Mais le soin le plus courant est avant tout l’huile sur les cheveux. C’est très bien sur cheveux secs, mais ayant le malheur d’avoir les cheveux gras et clairs, autant dire que ce type de soins, peu adapté à ma nature, ne va pas me pousser à concevoir des recettes qui ne seraient pas efficaces sur moi.

Les deux masques que je vous propose sont en réalité un seul masque visage décliné en un premier masque frais à utiliser immédiatement et un second masque auto-conservé – parce qu’exempt d’eau – qui peut donc s’utiliser des mois durant. Ils ont été conçus sur la base des enseignements reçus en atelier de conception de cosmétiques « maison » aux poudres indiennes mais avec des ingrédients uniquement choisis sur la base de leur utilisation dans l’Antiquité. Ils vous laisseront la peau douce et particulièrement lumineuse.

Ingrédients

  • Farine de pois chiches ou de lentilles
  • Poudre de fenugrec
  • Poudre de rose
  • Lait entier ( si peau sèche) ou eau (si peau grasse ) * uniquement pour le masque frais
  • Huile d’amande * uniquement pour le masque auto-conservé
  1. Recette de masque frais

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Ustensiles : bol pour mélanger, cuillère à expresso préférablement, le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Dans un bol, mélanger 5 cuillères à expresso de poudre de pois chiches ou de lentilles, 1 cuillère de fenugrec en poudre, 1 cuillère de poudre de rose, 4 ou 5 cuillères de lait selon la consistance préférée. Quand le produit est homogène, appliquer sur la peau pendant 20 minutes ( temps de pause habituel des cosmétiques indiens ) avant de rincer.

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2. Recette de masque auto-conservé ( pour 100 grs)

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Ustensiles : balance de précision, bol pour peser, bol pour mélanger, fouet ou fourchette, petite spatule ou cuillère pour transvaser, petit bocal hermétique pour conserver le produit,  le tout à désinfecter à l’alcool avant toute réalisation.

Peser tour à tour :

  • 25 grs de farine de pois chiches
  • 12, 5 grs de poudre de rose
  • 12, 5 grs de poudre de fenugrec
  • 50 grs d’huile d’amande douce

Mélanger le tout jusqu’à consistance homogène avant de transvaser dans le bocal hermétique à l’aide de la spatule ou de la cuillère. Appliquer comme le premier avant de rincer au bout de 20 minutes. A faire une à deux fois par semaine.

Ce produit se conserve plusieurs mois à condition de ne pas le mettre en contact avec l’eau.

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3. Explications

Dans la culture indienne, certains masques de beauté sont faits à base de farine de pois chiches employée aussi dans la cuisine. Dans la culture occidentale antique, la farine de lentilles – même type de légumineuses – est employée pour adoucir la peau, une qualité remplie par la rose pour la culture indienne des soins de beauté. Ici, je l’ai employée autant pour cette qualité que pour son odeur. Pour les anciens Greco-Romains, le fenugrec lutte contre les desquamations, pour l’Ayurvéda, il tonifie et purifie la peau.Le lait de vache, très apprécié dans la culture indienne et dans les cosmétiques indiens, sert à lutter contre la sécheresse de la peau grâce à la présence d’eau et de gras. Pour l’Antiquité, on en connaît aussi les vertus, mais c’est le lait d’ânesse qui est considéré comme supérieur, d’après Pline l’Ancien qui lui attribue, comme le faisait Popée, des qualités anti-rides. Enfin, l’huile d’amande est réputée dans l’Ayurvéda pour améliorer le teint et nourrir la peau, tandis que dans son Histoire naturelle, Pline affirme qu’elle est anti-rides.

Cet article, ces photos et recettes sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.