Cosmétiques antiques : une notion relative

Si aujourd’hui nous nous intéressons aux cosmétiques antiques, ça peut être pour des raisons très variées, mais généralement, c’est la curiosité historique qui est à la base de cet intérêt. Un historien, un chimiste, un pharmacien, une esthéticienne possèdent des clés pour comprendre plus ou moins la raison d’être d’un produit de beauté ancien. C’est moins le cas pour le grand public à qui on propose depuis plus d’un siècle des produits industriels pour tous les budgets, bardés néanmoins de multiples brevets et obligatoirement testés en laboratoires.

L’offre de ces produits cosmétiques industriels est considérable et cible toutes les portions du marché, allant de produits de marques luxueuses et historiques aux marques discount, bio, pharmaceutiques, voire à la simple vente de matières premières pour réaliser ses propres cosmétiques. Et tous ces produits peuvent bénéficier des dernières recherches technologiques en terme d’actifs, mais aussi de besoins réels de la peau, grâce, par exemple, aux soins cosmétiques calqués sur votre test ADN, que vous pouvez vous offrir pour plusieurs milliers d’euros : test ADN cosmétiques.

Oui, mais ailleurs ?

Dans le magazine Gala du 11 novembre 2015, un fascinant dossier Beauté propose un tour du monde des « rituels et produits de tous les continents », et force est de constater qu’en matière de cosmétiques, les pays ne se ressemblent ni en termes de goûts, sensibilités, ni en termes de capacités et d’offres. Et si la Corée sur Sud est à la pointe de la technologie cosmétique, que les USA et le Japon tiennent aussi les meilleures places, les femmes des autres pays consomment plutôt des produits français ou occidentaux en lesquels elles ont confiance. Mais ça, c’est quand elles ont un très bon niveau de vie.

Car d’une façon générale, en Namibie, au Maroc, chez les aborigènes d’Australie, à Hawaï, en Inde, ou de façon plus étonnante, en Russie, ce sont les recettes de beauté traditionnelles qui sont encore employées. Des recettes dans lesquelles on trouve des graisses animales ou végétales, des végétaux, de l’eau, des minéraux qu’on mélange selon la recette et les besoins, et qu’on applique une fois réalisés. Pas de produits chimiques, pas de produits industriels, pas de conservateurs.

Les cosmétiques de l’Antiquité ne différent absolument pas de cette formulation dans leur composition. L’antiquité, la caducité d’un produit quel qu’il soit peuvent être moins une question d’efficacité que de niveau de vie, d’offre, de demande, de mode ou de puissance économique, etc. Pour preuve, dans l’article consacré aux Himbas, tribu de Namibie, le magazine Gala révélait que des grandes marques comme Esthée Lauder et Yves Rocher récoltent et traitent désormais certains des végétaux que les femmes Himbas emploient elles-mêmes dans leurs soins.

( Photo à  la Une : recette traditionnelle de beauté des Himbas, tribu de Namibie, réalisée par Kaveavehe dans le Gala du 11 novembre 2015 )

Cet article est la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Qu’est-ce qu’un cosmétique antique ?

On définit le cosmétique comme une substance ou un mélange destiné à être en contact avec des parties superficielles du corps en vue de son entretien ou de son embellissement. Cela veut dire que c’est un produit améliorant l’apparence avec des effets superficiels n’entraînant donc pas de changements profonds comme le ferait la chirurgie.

Les cosmétiques sont très anciens, mais ils n’ont pas toujours eu la même image. Aujourd’hui financièrement très rentables, ils gardent pourtant malgré des cautions scientifiques la réputation de charlatanisme qu’ils ont depuis des siècles.

Dans l’Antiquité, il n’en était pas ainsi, et c’est dans les ouvrages de médecine antique égyptienne, grecque et romaine qu’on trouve les recettes de beauté qui nous ont été ainsi conservées, à partir du moment où elles concernaient le soin, la santé du corps et non le simple embellissement.

On en trouve ainsi dans les papyrus médicaux, surtout le papyrus Ebers, et chez des auteurs gréco-romains, médecins ou non : Pline l’Ancien, Ovide, mais surtout Galien, qui nous a laissé son célèbre cérat, première cold-cream à l’efficacité incontestée même s’il a fallu l’adapter parce qu’elle contient des ingrédients aujourd’hui reconnus comme toxiques, contrairement à son époque où on l’ignorait. Bien entendu, beaucoup de cosmétiques de Cléopâtre ont ce même défaut, en plus de tous les autres relatifs à l’époque lointaine où ils ont été conçus et utilisés.

Une bonne définition serait donc à peu près ceci :

  • un cosmétique antique, c’est un produit fait avec des ingrédients naturels, toujours frais même s’il peut parfois se conserver, toujours artisanal car il nous est parvenu sous forme de recette à réaliser de façon individuelle, parfois irréalisable, parfois répugnant, parfois dangereux tel quel, souvent incompréhensible mais toujours intéressant.

Néanmoins, il faut bien se rendre compte d’une chose : ce que les femmes utilisaient pour leur beauté il y a un siècle paraît aujourd’hui aberrant, et ce que nous utilisons actuellement paraîtra stupide,dangereux ou inefficace aux femmes du siècle suivant.

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Masques anti-rides avec système d’attaches derrière la tête et zones du visage ou visage entier recouvert. Institut Anglais de Beauté, Vers 1900. A l’époque, un sommet de technologie.Culture rationnelle et scientifique de la beauté

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