Cosmétiques du Labo dans le cadre de la reconstitution

Le Labo de Cléopâtre, c’est maintenant 10 ans de recherche en parfums et cosmétiques historiques. Une activité très confidentielle que je porte depuis l’enfance – où les produits de beauté me fascinaient déjà. Cette fascination ne m’a jamais lâchée malgré les critiques de « superficialité ». (Si c’était un intérêt superficiel, on ne le retrouverait pas depuis la nuit des temps dans toutes les civilisations humaines et L’Oréal n’aurait pu se hisser pendant longtemps jusqu’au statut de première fortune de France !)

Au fil du temps, j’ai reconstitué – au fur et à mesure que j’étudiais les recettes et accédais aux matières premières et aux techniques – quelques cosmétiques de l’Histoire. Un peu comme pour la cueillette raisonnée, je ne reconstitue que les produits sans danger, utilisant des matières premières auxquelles je peux accéder. Mon objectif étant toujours de viser le 100% fidèle, au moins dans les produits et les matières premières – pour les techniques, j’avoue ne pas être fâchée de bénéficier d’outils plus précis comme des balances de précision et hachoirs performants !

Ce savoir-faire a fini par se répandre parmi les reconstituteurs que je rencontre au Marché de l’Histoire de Compiègne, où se tient régulièrement mon stand. Mes produits, dont les recettes proviennent de livres anciens de médecine, se retrouvent alors peu à peu exposés dans les musées, lors de diverses expositions et démonstrations de cosmétiques anciens ou de reconstitutions d’histoire de la médecine. Ces cosmétiques, parfums et médicaments historiques viennent tout droit de mon atelier d’où ils mettent parfois 1 an à sortir pour atteindre la juste précision.

Je n’y avais jamais pensé auparavant, mais les reconstitutrices – et même reconstituteurs ! – qui ont la coquetterie dans le sang, ont pu se retrouver bien soulagées de découvrir que les cosmétiques allaient pouvoir entrer dans les camps de reconstitution, où seuls les objets « chronologiquement corrects » sont autorisés !

Mes maquillages et parfums sont donc passés à l’archéosite d’Aubéchies, en Belgique, par le biais de la belle Aelys de Ventour, renconstitutrice de la période romaine, et assidue de mes parfums et cosmétiques historiques depuis le début.

Sachant qu’ils avaient fait leur entrée dans le monde de la reconstitution officielle, je rêvais de voir mes produits vivants, en condition réelle. Aelys et le groupe Teuta Viromandui me l’ont offert par le biais de ces magnifiques photos en costume et dans un cadre idéal, au milieu d’autres accessoires de beauté de circonstance.

– Le khôl, de couleur grise assez légère est un fard historique dont la recette vient de Pline l’Ancien et est reproduite à 100%. La matière première est végétale et le résultat d’un procédé technique plutôt archaïque et long. (Je l’ai laissé tel quel et n’ai pas voulu ajouter de l’intensité à la couleur pour ne pas trahir la recette historique).

  • Le fard à lèvres est 100% issu du végétal, car Aelys a choisi, parmi d’autres propositions, un fard sur base de pigments de rose, évoqué dans l’ouvrage de François Gilbert et Danielle Chastenet : La femme romaine au début de l’Empire, aux éditions Errance Histoire Vivante, trouvé à la librairie du site archéologique de Gisacum.
  • Vous pouvez trouver ce fard à base de pigments de rose et d’autres végétaux utilisés aussi pour le maquillage dans l’Antiquité, ou encore actuellement dans les sociétés traditionnelles Ici.
  • Le cosmétique dans un coquillage, qui lui permet d’être protégé de l’air, de la lumière et des impuretés quand on le retourne m’a été inspiré par des pièces du musée archéologique d’Athènes, au milieu des autres pots à cosmétiques. Il m’a inspirée pour les fards à lèvres, mais aussi pour un kajal unique, à base de rose : Ici

  • Le khôl de Pline est un produit historique très technique, que je propose désormais uniquement au Marché de l’Histoire – et seulement quand j’en ai fait.- n’hésitez pas à me le demander, sinon, je ne suis jamais pressée d’en faire, tellement c’est exigeant -.
  • Vous pouvez retrouver par contre des kajal de composition traditionnelle et en version vegan : ici
  • Des kajal colorés de composition traditionnelle – et que je tolère bien, ce qui n’est pas peu dire – Ici
  • Enfin, si vous voulez savoir lequel je porte, par curiosité, j’ai longtemps porté un sarmeh traditionnel mais fabriqué à échelle industrielle et j’ai changé pour mon kajal vegan noir car il peut se mettre avec beaucoup de précision sans laisser de traces, et nettoie mes yeux des impuretés quand ceux-ci me démangent.
  • ( pour résumer rapidement : khôl, poudre, monde méditerranéen. Kajal : crème soin, Inde, Asie)

Un grand merci à Aelys de Ventour et Teuta Viromandui pour ces superbes photos de rêve à l’archéosite d’Aubéchies, un site majeur pour la reconstitution et la pédagogie.

Les autres photos et le texte sont la propriété du Labo de Cléopâtre, interdit de les reproduire sans autorisation.

Les étapes du kyphi en images

Depuis plusieurs années, déjà, ce blog délivre des articles sur les cosmétiques et les parfums antiques. Mais le Labo de Cléopâtre, c’est aussi un atelier et une boutique artisanale, dont vous retrouvez les produits sur Etsy, dans l’intimité desquels je ne vous fais pas assez entrer.

C’est pourquoi je vous invite dans l’intimité de la réalisation d’un kyphi tel que je le pratique, sachant que j’en propose plusieurs, sur la base des différents textes que j’ai rencontrés sur le sujet qui en parlaient et qui m’ont permis de tenter des recettes, jamais parfaites, jamais semblables, mais qui permettent de s’approcher néanmoins du produit d’origine.

Il y aurait en effet plein de choses à dire sur les végétaux de l’Antiquité contre ceux de l’époque moderne, l’utilisation de ce qu’on appelle une plante toxique et qui n’était pas crainte à l’époque, l’emploi du kyphi lui-même, le choix de remplacer certains ingrédients introuvables par d’autres leur ressemblant, etc. En somme, la question revient entre le « doit-on faire sachant que ce ne sera pas vraiment ça » et « renonçons car nous savons que ce ne sera pas parfaitement ça ».

Dans mon atelier, le verre du kyphi est à moitié plein. Ca tombe bien, outre sa fonction d’encens, il aromatisait aussi le vin, surtout dans sa fonction de médicament ! Et dans ma boutique, il en est le produit phare, puisqu’on m’en a commandé des Bermudes à l’Angleterre, en passant par  la France, l’Irlande, Hawaï, et les Etats-Unis où il est très apprécié – les pays anglo-saxons semblant vraiment être amateurs de kyphis et de culture égyptienne.

C’est d’ailleurs dans le vin que tout commence puisque les raisins secs y séjournent avant de s’y faire ajouter tous les aromates complexes qui viendront lui donner sa senteur si caractéristique. De tous les produits de ma boutique, le kyphi est celui qui demande le plus de travail. Le jour du mélange, déjà, puisqu’il faut réduire tous les ingrédients qui ne le sont pas en une poudre, que ce soit au mortier ou à la meule. Le tamis est justement là pour déterminer ce qui doit y passer. Enfin, le miel est ajouté et la préparation peut passer au mixeur.

Une fois devenue une pâte, le kyphi va encore patienter une semaine, évaporer le vin qui lui restait, gagner en arômes en séchant et devenir collant – à condition d’être retourné chaque semaine et protégé le reste du temps. La dernière étape – la plus longue après le mélange – est celle du façonnage en pastilles. C’est sous cette forme que je leur fais subir leur dernier et plus long temps de séchage dans un meuble dédié où ils sont à l’abri de la lumière et de la poussière. En toute dernière phase, je les empaquette dans de petits sachets individuels réalisés à la main. Ce sont eux qui rejoindront les colis et que vous déballerez un par un chaque fois que vous souhaiterez les faire brûler.

J’en propose plusieurs recettes, tous gréco-égyptiens pour l’instant, issus des livres des médecins de l’Antiquité. Les kyphis de la boutique sont ici

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.