Le cyprès, arbre caractéristique des régions méditerranéennes, élance son fin profil vers le ciel comme aucun autre arbre de la contrée ne sait le faire. En voyageant en train vers le sud, ce passage à une végétation à feuillage persistant, à un vert plus profond des végétaux et à l’omniprésence des cyprès nous indique, mieux que n’importe quoi d’autre, qu’on a changé de région et de climat.
Et pourtant, à l’époque de Pline l’Ancien – 1 er siècle de notre ère – il est considéré comme un étranger, de ceux qu’on aime détester car il ne s’adapte pas : « Le cyprès, venu d’ailleurs, fut aussi l’un des plus difficiles à faire pousser (…) sa plantation est exigeante, son fruit inutile, sa baie âpre à tordre la bouche, sa feuille amère, son odeur violente, et même son ombre n’est pas agréable. » Peine l’Ancien. Histoire Naturelle. XVI. LX
Pline le croit issu de l’île de Crète, Caton, de Tarente, mais dans ses recettes de cuisine babyloniennes publiées par Jean Bottero – très antérieures à l’époque romaine – on est surpris de rencontrer un cône de cyprès – celui-là même que Pline considère comme inutile – dans un plat longuement mijoté.
Arbre consacré à Hadès – Pluton ou Dis, c’est effectivement un arbre lié à la mort, au deuil. « Il est consacré à Dis et placé de ce fait devant les maisons en signe de deuil »(idem). Un symbole qui lui a été conservé. Si au sud de la France, le cyprès, omniprésent dans le paysage, n’évoque pas spontanément la mort, au nord, beaucoup moins présent, il annonce souvent la proximité du cimetière dont il est l’arbre presque exclusif, par habitude culturelle gréco-romaine, mais aussi parce que ses racines ont la particularité de ne pas détruire les tombes.
Si le cyprès a un lien avec la mort, il en a un tout aussi fort avec l’éternité : son nom grec de « toujours vert », révèle sa qualité de persistance tant appréciée des Anciens pour leurs parcs, leurs jardins et pour son rapprochement avec le divin, qui est censé être immortel.
Dans les Métamorphoses, Ovide nous raconte l’histoire de Cyparissus, enfant aimé d’Apollon, gardien d’un cerf sacré consacré aux Nymphes, et qu’il adorait. Ayant tué par accident son compagnon cervidé d’un coup de javelot, il sombre dans le désespoir, au point de demander aux dieux « que son deuil soit éternel ». C’est ainsi qu’il fut transformé en arbre. Les mots de la fin du cette histoire reviennent à Apollon : « Je verserai sur toi des larmes, tu en verseras sur les autres et tu seras le compagnon de la douleur. »
Et effectivement, outre dans les cimetières, on en dressait autrefois autour des bûchers.
Bien qu’associé à des symboles funestes, sa présence dans les Métamorphoses d’Ovide sous forme de récit mythologique témoigne de son importance dans la sphère spirituelle et sociale.
Mais le cyprès, c’est aussi une plante médicinale dans l’Antiquité, utilisé sous toutes formes possibles, pour soulager toutes sortes de maux : contre les hernies, les oreillons, les écrouelles, les enflures des testicules, etc…
Évidemment, de toutes ces qualités, aujourd’hui, on n’en reconnaît plus une seule.
Mais Oribase avait noté parmi les parfums secs et déodorants « la feuille du cyprès triturée »mêlée à la poussière de la terre du gymnase ( sa qualité déodorante et sa capacité à réguler la transpiration lui sont aujourd’hui toujours reconnues ). Après avoir mélangé argile et cyprès, j’ai certes eu un bon produit, mais je le trouvais un peu trop simple comme proposition en boutique. J’ai donc décidé de le transformer en un déodorant crème aux ingrédients 100% naturels, de très grande tolérance et à odeur légère.
Je pensais avoir fait une adaptation moderne pour le rendre plus accessible et avoir peut-être eu tort. Mais c’est en quoi je me trompais !
Ainsi, je trouvai chez Paul d’Egine, un médecin assez tardif, une recette de déodorant où le cyprès est intégré à une pommade, presque exactement comme la recette que j’ai faite !
Enfin, bien qu’on ne s’en rende certainement pas compte, le cyprès, abondant et à la puissante odeur boisée, comme l’avait constaté Pline, est une des matières premières privilégiées pour l’élaboration de parfums masculins des grandes marques.
Bien qu’ayant certainement rencontré plus d’une fois sa silhouette, si vous ne savez pas le reconnaître, je vous invite à en apprendre quelques caractéristiques – vous verrez, c’est très facile – et plus encore, si vous ne connaissez pas son odeur, allez rencontrer son feuillage et frottez-en vos mains pour vous offrir un vrai parfum de l’Antiquité.
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Enfin, si cet arbre peut vous donner une leçon dans notre société moderne, c’est que nous n’avons pas moins qu’autrefois ou dans les sociétés traditionnelles, des ressources simples, saines et bon marché dans notre environnement, pour faire face aux petits tracas éternels de l’humanité. Mais c’est à nous de le réapprendre…
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Photo : jardin du Musée de la Romanité de Nîmes.